Dans Le Quart d’Heure de Célébrité, Frédéric Pommier revient sur une naissance peu commune. Lundi, à Paris, une femme a accouché dans une rame du RER A, à la station « Auber ».

Mohamed, le bébé né dans le RER
Mohamed, le bébé né dans le RER © AFP / Kenzo Tribouillard

Lorsque naissent des enfants, on dit qu’ils arrivent « sur terre ». Mais là, c’est plus précisément « sous terre » qu’il est arrivé. D’ailleurs, c’est pour cette raison que les médias ont parlé de lui. Lundi, le 18 juin, sa mère l’a mis au monde dans la rame d’un RER.

Dès le lendemain, elle confiait à la presse les conditions de son insolite accouchement. Elle se rendait justement chez son obstétricien, car elle commençait à sentir des contractions. Avec ses deux aînés, âgés de sept et deux ans, elle s’était installée à l’étage du RER, et il n’y avait personne d’autre quand elle a brusquement perdu les eaux. Elle s’est mise à gémir, tandis que ses enfants se mettaient à pleurer. 

Alertées par ses plaintes, deux passagères ont alors surgi du premier niveau, et se sont improvisées sages-femmes, demandant que l’on tire la sonnette d’alarme et qu’on appelle les secours ! 

Le train s’est donc arrêté à la station Auber. Puis sont arrivés des pompiers, des policiers et des agents de la RATP… Il était 11H10 : l’enfant venait déjà de naître ! 

On a stoppé la circulation pendant trois quarts d’heure.

En temps normal, c’est le genre de truc qui agace prodigieusement. Mais comme les panneaux d’affichage indiquaient que le trafic était perturbé, non pas à cause d’une grève, ou d’un problème technique, ou d’un colis suspect, mais « suite à la naissance inopinée d’un bébé », les voyageurs ont pris la chose « avec philosophie ». Pas de messages râleurs sur les réseaux sociaux, mais des cœurs, des bisous, des félicitations.

Certains ont relevé qu’à cinq minutes près, le bambin naissait à la station Charles de Gaulle-Etoile. On était le 18 juin, ça aurait eu de la gueule ! D’autres ont évoqué son prénom : comme il était né à Auber, allait-on l’appeler Jean-Louis ? Sauf que le « Aubert » de Jean-Louis prend un « t » à la fin, comme celui de la marque de puériculture. Naître dans une station qui porte le nom d’un magasin de puériculture, là encore, fallait le faire ! 

Finalement, le petit s’appelle Mohamed et son premier cadeau de naissance, c’est la RATP qui le lui a offert : jusqu’à ses 25 ans, il pourra voyager gratis sur tout le réseau francilien. Toujours bon à savoir. Si vous êtes enceinte, organisez-vous pour accoucher dans un RER – il y a des économies à faire… Enfin : sur le RER A, parce que l’année dernière, quand une femme a accouché dans une rame du RER H près de la gare du Nord, elle a juste reçu de la SNCF un aller-retour pour deux pour la destination de son choix, mais rien de la RATP, aucun abonnement Navigo pour son bébé.

Voilà donc pour la belle histoire, sachant que cet heureux événement recèle aussi son côté sombre

On le perçoit dans le récit d’Eliane, l’une des deux voyageuses venues en aide à la maman. C’est elle qui a coupé le cordon de Mohamed, et elle raconte qu’avec Aurélie, la deuxième voyageuse, elles se sont retrouvées bien seules. Malgré les pleurs des enfants et les gémissements de leur mère, tous les autres passagers du premier niveau ont quitté la rame, dit-elle, « comme si de rien n’était ». Cette indifférence la révolte. 

Une autre évidence saute aux yeux, c’est celle que chantait Maxime Le Forestier : « Être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard. » Mohamed, il n’a pas choisi de naître à la station Auber. On ne choisit pas de naître dans un RER, pas plus qu’on ne choisit de naître en Syrie, en Libye, sur le ponton de l’Aquarius, au Honduras ou bien… dans l’Orne. C’est le fait du hasard. Le hasard est injuste. Longue vie à toi, Mohamed ! Et profite de ton Navigo !

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