Cette semaine, en Chine, un homme de 34 ans a retrouvé ses parents biologiques, après une séparation de plus de trois décennies. Il avait été kidnappé en 1988, à l'âge de 2 ans, et n'avait aucun souvenir de son rapt. C'est finalement grâce à la technologie de la reconnaissance faciale que la police a pu le localiser.

 Mao Yin le 18 mai 2020 retrouvant sa mère Li Jingzhi et son père Mao Zhenping in Xian dans la province du Shaanxi en Chine
Mao Yin le 18 mai 2020 retrouvant sa mère Li Jingzhi et son père Mao Zhenping in Xian dans la province du Shaanxi en Chine © AFP / STR / AFP

Ces temps-ci, dans les médias, on parle beaucoup de retrouvailles. Après deux mois de confinement, des commerçants ont retrouvé leur commerce, des maîtres et des maîtresses ont retrouvé leurs élèves, et d'autres le plaisir d'aller se balader en forêt ou sur la plage. Certains ont retrouvé le sommeil, certains ont retrouvé le moral. Parfois parce qu'ils ont retrouvé leur amoureuse ou leur amoureux. 

Et permets, en ce jour, qu'en retrouvant l'amant, je retrouve l'amour...

Ce n'est pas de moi, c'est du Racine. 

Ces derniers jours, on nous a aussi beaucoup parlé de ceux qui ont retrouvé leurs amis, éventuellement sur des pelouses et sans les distances de sécurité imposées. Et puis, on a vu les images de retrouvailles familiales, cette fois sans rapport avec la sortie du confinement. Des retrouvailles qui ont eu lieu sans respecter aucun des gestes barrière : pas de masques, des embrassades, des accolades, des câlins.  

Lundi, Mao Yin a retrouvé ses parents, après avoir passé 32 ans sans les voir

Ses parents, ça faisait 32 ans qu'ils le recherchaient. Et tous les médias ont employé la même expression : "une histoire incroyable". 

Tout commence en 1988, avec le kidnapping du petit Mao Yin, 2 ans, devant un hôtel de Xi'an, au centre du pays, alors que son père le ramenait de la crèche. Ce n'est pas un cas isolé, loin de là. Plutôt un fléau national : on compterait au moins 20 000 enlèvements chaque année en Chine

Ce phénomène s'est développé à la faveur de la politique de l'enfant unique, en vigueur pendant 35 ans. Des gangs se sont spécialisés dans ce type de trafic, revendant des bambins à des couples stériles ou souhaitant à tout prix avoir un garçon. Selon les enquêtes menées sur le sujet, un garçon se négocierait 80 000 yuans au marché noir, soit environ 11 000 euros. Une fille, c'est plutôt 60 000 yuans, environ 8 000 euros.   

Mao Yin a été acheté par un couple habitant la province du Sichuan à 1 000 kilomètres de chez lui

Ses nouveaux parents - enfin, ses acheteurs - l'ont alors rebaptisé et, bien sûr, ils ne lui ont jamais dit qu'il avait été enlevé. Lui, il a "effacé" le rapt de sa mémoire. A deux ans, c'est le genre de chose qu'on peut oublier, "refouler". Puis, devenu adulte, il est resté dans la région où il a ouvert une boutique de décoration d'intérieur. 

Mais ses parents biologiques n'ont jamais cessé de le chercher. Juste après sa disparition, sa mère a démissionné pour se consacrer entièrement à ces recherches. En quelques années, elle a distribué et scotché sur les murs plus de 100 000 affichettes, 100 000 avis de recherche. Elle a lancé des appels à la télévision, a suivi des centaines de piste, en vain.

Au mois d'avril, c'est la police qui a recueilli un nouveau signalement, plus de trois décennies après le kidnapping : un informateur indique qu'un homme du Sichuan aurait acheté un enfant des environs de Xi'an à la fin des années 1980. Le signalement est vague, mais il relance l'enquête. 

Les enquêteurs décident d'utiliser un logiciel de reconnaissance faciale

A partir d'une photo d'enfance de Mao Yin - une photo prise quand il avait 2 ans -, ils vieillissent artificiellement son visage et le comparent ensuite, informatiquement, à tous les visages de la base de données des photos d'identité. C'est alors qu'ils découvrent une forte ressemblance avec un trentenaire vivant en effet dans le Sichuan… 

Ils partent dans la région, abordent Mao Yin, réalisent un test ADN. Bingo ! C'est bien l'enfant enlevé en 1988 !

Mao Yin est tombé des nues lorsque les policiers lui ont raconté son histoire. Il a été enlevé ? Et ceux qu'il pensait être ses parents l'ont acheté ? Pour lui, le choc est grand. 

Les retrouvailles de Mao avec ses parents biologiques se sont déroulées devant une nuée de micros et de caméras

Le jeune homme était en larmes, ses parents aussi, qui ne cessaient de le serrer dans leurs bras. Mao a confié qu'il avait l'intention de passer désormais beaucoup de temps avec eux. Il reviendra peut-être s'installer à Xi'an. Sa mère a confié qu'elle ne voulait plus le voir repartir. 

Je ne veux plus qu'il nous quitte ! Je ne le laisserai plus nous quitter !

Une séquence savamment mise en scène par la police chinoise, qui, ces dernières années, aurait permis a plus de 6 300 enfants kidnappés de retrouver leur famille. 

Mais ici, pour la première fois, c'est donc avec le concours de la reconnaissance faciale. Une technologie plus ou moins acceptée, plus ou moins décriée selon ce qu'on en fait. Or, c'est avec les techniques de la reconnaissance faciales que la Chine est en train de mettre en place un système de surveillance de masse, pour contrôler l'ensemble de sa population. Un système effrayant à bien des égards. 

Là, c'est un autre usage, beaucoup moins polémique, et qui laisse espérer à tous les parents d'enfants disparus de prochaines retrouvailles. 

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