Cette semaine : non pas une, mais sur plusieurs personnes, plusieurs individus, ou plutôt plusieurs phénomènes dont on nous parle comme s'il s'agissait d'individus.

Ces derniers jours, on nous a donc beaucoup parlé de Maria : Maria, cette vandale qui a ravagé l'île de la Dominique. Avant cela, il y eût José, et puis surtout Irma : Irma, cette barbare qui a dévasté les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Il y eût aussi Harvey : Harvey, le sanguinaire – lui, il a fait des morts au Texas, en Louisiane et dans le Tennessee.

Harvey, Irma, Maria sont des tueurs en série

Mais la police ne peut rien faire et la justice non plus, personne ne peut les arrêter, les juger, les incarcérer. On ne peut faire rien face à eux. Juste décompter leurs victimes. Ce sont des ouragans.

Et pour les distinguer, ils ont donc des prénoms. Une idée lancée à la fin du XIXème siècle par un météorologue australien. Lui, il avait choisi de les appeler du nom des hommes politiques qu'il n'aimait pas : l'ouragan Jean-Marie, l'ouragan Donald, l'ouragan Laurent, l'ouragan Florian.

Puis, pendant la Seconde guerre mondiale, les militaires américains, eux, donnèrent aux tornades le nom de leur femme ou de leur maîtresse. La tornade Hélène, la tornade Dorothée, la tornade Corinne, la tornade Sophie. Uniquement, bien sûr, des prénoms féminins parce que le mot catastrophe est, lui également, féminin. Mais le mot élégance aussi... Comme le mot combativité. Et ce n'est qu'à la fin des années 70, précisément sous la pression des mouvements féministes, qu'il fût décidé d'alterner désormais nom de fille et nom de garçon, en suivant l'ordre alphabétique.

Harvey, Irma, José, Katia, Lee puis Maria : H – I – J – K – L – M

Pour les continents nord et sud-américains, il y a des listes de prénoms qui reviennent tous les six ans. Mais en Europe et pour les phénomènes moins ravageurs, si vous avez envie d'un peu de célébrité, sachez que vous pouvez proposer aussi votre nom – ou celui d’un collègue, ou celui de belle-maman. C’est 150 euros pour baptiser une dépression, et 350 euros pour baptiser un anticyclone. Pas vraiment de très bon goût. Et dès lors, on se demande pourquoi l'on ne fait pas pareil avec les autres catastrophes : les incendies, les avalanches, les tremblements de terre, les inondations... les concerts de Maria Carey ?

Cela dit, pour les ouragans, on se mélange parfois les pinceaux. On veut parler de José... Finalement, on parle d'un autre. A l’antenne, l’un de nos confrères a expliqué qu’aux Antilles, les habitants attendaient l’arrivée de Jésus. Et puis non, Jésus n'est jamais arrivé... Cela étant, ce lapsus n'est pas sans intérêt, car en nommant ainsi les phénomènes climatiques, en les personnifiant, cela fait un peu penser aux Dieux de l'Antiquité, ces Dieux qui régnaient sur le monde et sur les éléments.

C'est comme si la nature se vengeait du mal qu'on lui fait

Comme si les Dieux de la nature venaient se venger en soufflant : « Qui sème le vent, récolte la tempête. Qui réchauffe le climat, récolte l'ouragan... »

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.