Cette semaine, Frédéric Pommier revient sur les mésaventures judiciaires des parents d’un petit Finistérien d’un an et demi. Un petit bonhomme dont on parle dans les médias depuis le jour où ses parents, Lydia et Jean-Christophe Bernard, sont allés déclarer sa naissance à la mairie de Quimper…

Le petit Fañch retrouvera-t-il son tilde ?
Le petit Fañch retrouvera-t-il son tilde ? © AFP / FRED TANNEAU

L'histoire commence en mai 2017, dans le bureau de l'état civil de la mairie de Quimper. Lydia et Jean-Christophe Bernard ont choisi de donner à leur fils un prénom breton : Fañch, la forme bretonne de François. Fañch, écrit avec une vaguelette couchée sur le "n" : un tilde, cela s’appelle – signe qu’on retrouve dans l’alphabet espagnol. 

Oui, mais il ne figure pas dans l’alphabet français, relève alors l’officier de l’état civil. 

D’accord pour Fanch, mais sans tilde.

Branle-bas de combat dans le bureau. On appelle la première adjointe, qui prend le parti des parents et, à la main, sur le registre, elle vient ajouter le tilde juste au-dessus du "n" de Fañch.

On aurait pu en rester là, mais non…

Invoquant le respect de la langue française, le procureur de la République saisit le tribunal de Quimper qui, six mois plus tard, donne raison à l’officier de l’état civil : non, on ne peut pas accepter le tilde de Fañch. Et l’autoriser – je cite les mots du tribunal, ça reviendrait « à rompre la volonté de notre Etat de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine ».

Lydia et Jean-Christophe font appel de la décision… Ils obtiennent le soutien de nombreuses associations, le soutien de certains élus – des député, une vingtaine, interpellent la Garde des Sceaux. La polémique n’est plus seulement régionale.

L'affaire devient nationale. 

Le petit Fañch au cœur d’une affaire nationale... Tout de même, avec son tilde, il menacerait donc l’unité du pays… Et lundi dernier, après dix-huit mois de procédure, la justice a enfin rendu sa décision : finalement, l'orthographe que souhaitaient Lydia et Jean-Christophe est validée.

Mais la cour d’appel a notamment rappelé que le tilde figurait dans certains dictionnaires et même sur des actes officiels de nomination ; notamment à propos du nouveau secrétaire d’Etat Laurent Nuñez – il a un tilde sur le deuxième "n" de son nom…

Victoire des parents de Fañch !

Les radios, les télés nous ont raconté leur bonheur.

La joie de Jean-Christophe.

Dorénavant, mon fils va pouvoir grandir sereinement.

Dorénavant, mon fils va pouvoir grandir sereinement.

Maintenant, on va pouvoir retomber dans l’anonymat. 

Mais la joie et le soulagement ont été de courte durée. 

Hier après-midi, nouveau rebondissement.

Le parquet général de la cour d’appel de Rennes a annoncé qu’il venait de se pourvoir en cassation… 

Réactions ulcérées sur les réseaux sociaux… « Une honte, un scandale ! Un mépris révoltant de la classe dominante à l’égard du breton ! Intolérance ! Absurdité ! Un acharnement judiciaire… »

Honnêtement, on n’est pas loin de penser la même chose. 

Ça devient même grotesque… N’y a-t-il pas déjà assez de dossiers en attentes dans les tribunaux ?

Dans d’autres cas, oui, on comprend les réticences des officiers de l’Etat civil. Quand des prénoms vont à l’encontre de l’intérêt de l’enfant.

Nutella, Fraise, Zigzag, Titeuf, Tic et Tac, Prince-William, Mini-Cooper...

Ces dernières années, les tribunaux français ont ainsi refusé différents projets farfelus… Ils ont refusé Nutella - Nutella pour une fille, c’était dans le Nord… Nutella est devenue Ella. 

Ils ont refusé Fraise - dans le Nord, là encore – refus à cause de l’expression « Ramène ta fraise ! » 

Et Fraise, ramène ta fraise !

"Fraise" est devenue Fraisine, un vieux prénom du XIXème… 

Dans l’Aube, on a refusé Zigzag. Dans l’Oise, on a refusé Titeuf - faut quand même être un peu givré pour vouloir appeler son gamin Titeuf… Titeuf Pommier – non, ça ne passe pas.

Et puis, pour les jumeaux, les gens font preuve d’une imagination formidable… Des parents souhaitaient donner comme deuxième prénom aux leurs "Tic et Tac" - proposition retoquée… 

Dans ce cas-là, "Bâbord et Tribord" ! 

Retoqué, là encore… Retoqué également le duo "Patriste et Joyeux". Le juge a proposé de rebaptiser les deux nourrissons "Roger et Raymond"… Pas sûr que cela soit très adapté pour des bébés.

Çà et là, on a refusé aussi les prénoms Prince-William et Mini-Cooper... Mini-Cooper Pommier – non, ça ne passe pas non plus… 

La petite Mégane est devenue grande.

En revanche, la justice a donné raison à monsieur et madame Renaud – vous savez, les parents de la petite Mégane. Ça, c’était en 2000… Et c’est l’association du nom et du prénom qui posait problème. Désormais, Mégane Renaud est en âge de conduire une Mini-Cooper…

Quant à Fañch, franchement, Fañch, notre tout petit Breton du Finistère, arrêtez de l’embêter, laissez-lui son tilde.

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