En plein confinement, un respirateur artificiel d’un nouveau genre vient d’être créé par un collectif de 250 ingénieurs, informaticiens et professionnels de la santé. Spécifiquement dédié aux malades du coronavirus, le "MakAir" est un appareil à bas coût, et c’est un jeune Nantais qui est à l’origine du projet.

Le "MakAir" est un appareil à bas coût, et c’est un jeune Nantais qui est à l’origine du projet
Le "MakAir" est un appareil à bas coût, et c’est un jeune Nantais qui est à l’origine du projet © Makair

Quentin Adam a 31 ans, de grandes lunettes rectangles, une barbe de hipster, et, depuis tout petit, il nourrit deux passions : l’informatique et la musique. Au conservatoire, il a appris le violon, le solfège, la composition, le chant lyrique. Il a une tessiture de baryton. Il est par ailleurs titulaire d'un bac S obtenu en candidat libre et, suite au bac, il est entré dans une école d’ingénieur. Mais il a arrêté en deuxième année quand il a décidé de monter sa première boîte. 

Depuis 2007, le jeune entrepreneur nantais a créé plusieurs startups spécialisées dans l’ingénierie numérique

Le 16 mars dernier, comme de nombreux Français, Quentin Adam était devant sa télé pour écouter l’allocution d'Emmanuel Macron, celle dans laquelle il a annoncé le confinement. En écoutant le chef de l'Etat, Quentin Adam s’est demandé ce que lui-même pourrait faire pour se rendre utile.  

Concevoir des tests ? Il n’y connaît rien. Concevoir des masques ? D’autres peuvent le faire. Concevoir des respirateurs ? Après tout, pourquoi pas. Dans le monde entier, à cause de la propagation de la pandémie, on pourrait manquer de respirateurs artificiels. 

Il contacte alors trois copains entrepreneurs, et un praticien du CHU de Nantes. Ils définissent leur projet : imaginer un appareil de ventilation mécanique spécifique pour les malades du Covid-19 en détresse respiratoire. Un appareil robuste et simple à fabriquer, dont les plans seraient disponibles gratuitement sur l'ensemble de la planète et qui ne coûterait pas plus de 1 000 euros en série, soit 10 à 45 fois moins que les modèles actuels.

Avec ses amis, il lance le collectif « Makers for life », créateurs pour la vie, car ce sont bien des vies qu’ils veulent sauver grâce au « MakAir »

Chacun mobilise alors son réseau. Dès la première semaine, le collectif passe de 5 à 100 membres. A la fin de la deuxième, ils sont 250 ! Ils sont chercheurs, startupers, professionnels de la santé, fondus d’imprimantes 3D, designers, informaticiens, indépendants ou salariés du public comme du privé… La majorité de ces bénévoles travaillent confinés chez eux. D'autres, une vingtaine, "s’auto-confinent" ensemble au Palace, un espace nantais de bureaux partagés où ils commencent à fabriquer leurs prototypes. 

Ces gens-là ne se connaissaient pas quelques semaines plus tôt. C'est bien l'initiative de Quentin Adam qui les a réunis. 

C'est une caserne de scientifiques que nous avons mis sur pied.

Il y a des matelas çà et là, de la musique électro pour l’ambiance et une lumière au plafond qui donne l’illusion permanente d’un soleil de l’après-midi… La lumière maintient éveillé, car ils bossent jour et nuit

Ils fabriquent leurs pièces avec des composants disponibles dans le commerce, on leur envoie d'autres, ils décrochent des financements de l'Agence de l'innovation de défense et de la région Rhône-Alpes. Sur ce projet, de grandes entreprises se mettent à collaborer avec des startups. 

Ils obtiennent le soutien du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, qui propose d'accueillir l’équipe à Grenoble

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, ils partent en bus et profitent du voyage pour dormir un peu. Ils restent quinze jours en Isère, finalisent le design de leur appareil et les protocoles de tests. Les tests, ils les font à la fois sur des poumons artificiels et sur deux cochons bien vivants. 

Allié avec Renault, le groupe Seb s'est officiellement engagé à produire le respirateur nantais. Son PDG l'a annoncé cette semaine. 

Toutes nos équipes se préparent, on est dans les starting-blocks. Il s'agit de faire un véritable respirateur qui soit parfaitement conforme. Je suis persuadé, malheureusement, qu'il y aura des besoins.

Désormais, les « Makers for life » attendent les autorisations permettant les essais cliniques pour leur « MakAir ». C’est une incroyable aventure collective qu’a lancé Quentin Adam, qui, ces temps-ci, a vraiment l’impression d’être utile à la Nation. 

Ces dernières semaines, on a vu apparaître quantité d'inventions liées à la pandémie

A Arcueil, dans le Val-de-Marne, un ingénieur a conçu un distributeur de gel hydroalcoolique sans contact. Toujours en France, une société a créé une borne qui désinfecte les mains en quelques secondes. Une autre a inventé un accessoire à imprimer en 3D permettant d’ouvrir les portes avec les bras.

Aux Etats-Unis, une étudiante a élaboré des masques transparents, pour permettre aux sourds et malentendants de continuer à lire sur les lèvres. En Chine, certains ont imaginé des boutons d’ascenseurs holographiques, pour éviter de les toucher avec les doigts. Dans un autre genre, une société japonaise a réalisé une espèce de tente d’intérieur pour pouvoir s’isoler quand on doit télétravailler. J’ai regardé, ce n’est pas mal du tout. On tient debout à l’intérieur, on peut installer un bureau, ça coute 70 euros. 

Le confinement serait donc propice à la créativité, comme il est parfois propice aux découvertes. Au 17e siècle, c’est durant l’épidémie de peste noire, que, confiné dans sa maison natale, le jeune Isaac Newton a conçu la loi de la gravitation universelle. La fameuse pomme qui lui tombe sur le crâne.

On attend maintenant, et avec impatience, celui, celle ou ceux qui sauront concevoir un vaccin. 

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