Frédéric Pommier revient sur le parcours de celui qu'on présente comme le favori des candidats qui veulent porter les couleurs de la France au concours de l'Eurovision. La finale se déroule ce samedi, et c'est avec la chanson "Roi" que Bilal Hassani espère l'emporter ; une chanson dont le clip cartonne déjà sur le net.

Bilal Hassani
Bilal Hassani © Maxppp / Le Parisien

C’est un jeune homme de 19 ans qui, je l’avoue, était pour moi un parfait inconnu il y a encore dix jours et ce, alors qu’il était pourtant déjà très célèbre. 

En 2015, il avait participé à l’émission The Voice Kids… Honte à moi : je ne regarde jamais ce programme-là ! A l’époque, il ne s’épilait pas encore les sourcils et n’avait pas encore fait refaire son nez… 

Après ça, il avait lancé sa chaîne YouTube. Honte à moi : je ne suis jamais tombé sur cette chaîne-là ! Et je ne savais donc pas que les vidéos qu’il réalise chaque semaine cumulent des centaines de milliers de vues. Voire, parfois, des millions… 

Non, je ne savais pas que ce garçon disposait déjà d’un sacré bataillon de fans ! 

À ses fans, qu'il appelle ses "sisters", le jeune vidéaste raconte sa vie ; les hauts et les bas

Ses parents divorcés, d’origine marocaine et cadres dans l’informatique. Il explique son look, ses manières de diva, son plaisir à se maquiller, à mettre des jupes et des perruques qu’il se plait à baptiser… La rose fluo, c’est Sakura, la verte Vérona… Quant à Stormi, c’est un postiche blond platine qui le fait ressembler à Lady Gaga… 

À ses sisters, il raconte également son parcours ; le piano, la danse, le théâtre, l'anglais à la Sorbonne, l’exclusion du collège catho quand la direction découvre qu'il est homosexuel. 

Des injures et des agressions

Il s’est fait courser dans le métro, "une expérience traumatisante"… Et, régulièrement, il rend hommage à sa mère, qui l’a toujours laissé s’habiller comme il veut… C’est avec elle qu’ils vivent, lui et son frère aîné, en région parisienne. Sa mère, qui l’a mis au monde sur une chanson de Beyonce, devenue depuis l’une des idoles du Youtubeur… 

Ça, je l’ai découvert en entendant parler des sélections du concours de l’Eurovision… Ce sont les téléspectateurs qui votent pour choisir le chanteur qui représentera le pays. La finale se déroule demain soir sur France 2. Pour l’occasion, notre jeune homme portera Stormi, le carré blond platine, et il a, dit-on, de grandes chances de l’emporter. 

Une forte présence médiatique depuis dix jours

« Bonne chance ! » lui a dit Sonia Devillers. « Merci d'être venu ! » lui a lancé Antoine de Caunes… À l’heure qu’il est, Bilal Hassani n’est pas encore le candidat de la France à l’Eurovision, mais il est déjà venu à deux reprises sur France Inter, et il a eu droit à son portrait dans Le Monde, Télérama, Libération… 

Consécration d’un phénomène, car avant même d’être un chanteur, il s’agit bien d’un phénomène des médias et réseaux sociaux... Un garçon qui assume de jouer avec les genres : il aime être un garçon qui aime s’habiller en fille. Il le revendique et s’amuse de cette liberté, précisant qu’il n’est pas quelqu’un de différent : non, simplement, "ce sont les autres qui sont tous pareils"

Il n'a pas le sentiment d'être transgressif

Il n’est pas militant, pas porte-drapeau de la cause LGBT, non : le jeune Youtubeur évoque uniquement le plaisir de se déguiser, et ce, depuis le plus jeune âge… 

Se déguiser en princesse, devenir une princesse, mais sans pour autant changer de corps. Chanter, danser comme Beyonce ou comme Lady Gaga, mais sans pour autant changer de corps. Il dit aussi qu’il adore le style de Brigitte Macron… Il dit qu’elle est sa « queen »… 

Bien sûr, il y en a que ça dérange… Que ça met mal à l’aise – trop bizarre, vulgaire – ou que ça insupporte… Les racistes et les homophobes.

"Vermine", "sale bâtard", "fléau de l'humanité"... 

Des torrents de haine sur les réseaux sociaux… On le traite de tous les noms ; des « folle », de  « vermine », de « sale bâtard », de « fléau de l’humanité »… On lui souhaite de souffrir et on souhaite sa mort… Sous les balles. Au Napalm. On le menace de mort… Un cyber-harcèlement qui a redoublé depuis qu’il s’est lancé dans la course pour l’Eurovision… Certains refusent, disent-ils, de voir "un pédé maghrébin" porter les couleurs de la France… 

"Décadence, déchéance de notre beau pays", vomissent-ils sans pourtant parvenir à ôter le sourire de Bilal, qui sait qu’il est aimé par d'autres, par toute une partie de la jeunesse hexagonale. Et désiré, très fort, par une foule de maisons de disques qui voient en lui la Conchita Wurst tricoloreConchita Wurst, qui avait remporté le concours

La chanson de Bilal Hassani est taillée pour l'Eurovision

Avant de parler d'une victoire lors du concours en mai, encore faut-il remporter la sélection ce samedi sur France 2... Le titre de Bilal Hassani semble cocher de nombreuses cases : à la fois emphatique et pop, un appel universel à la tolérance dont le message se résume d’une phrase : sois toi-même et reste toi-même, quoi qu’en pensent les autres… 

La chanson s’appelle « Roi ». Ce garçon est un roi. Ce garçon est une reine… 

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