Ce matin, Frédéric Pommier revient sur le parcours d'une sportive val d'oisienne âgée de 35 ans, dont les médias ont dit qu'elle allait "entrer dans l'histoire du football français" dimanche. Lors de la rencontre Amiens-Strasbourg, Stéphanie Frappart deviendra en effet la première femme arbitre d'un match de Ligue 1...

Stéphanie Frappart
Stéphanie Frappart © Getty / Dean Mouhtaropoulos

Stéphanie Frappart est née dans le Val d’Oise en 1983. Deuxième de quatre enfants, une famille modeste, milieu ouvrier, et des parents qui, depuis toujours, la soutiennent, y compris quand ses projets sortent du cadre habituel… Petite, elle décide de se lancer dans un sport qu’à l’époque, on réserve plutôt aux garçons. On est début des années 90 et elle veut faire du foot ! Taper dans un ballon, dribbler, marquer des buts… On l’inscrit au club de Pierrelaye où, longtemps, elle va porter le numéro 10.Elle est douée, elle court vite et, dès l’âge de 13 ans, elle commence en outre à lorgner du côté du sifflet… Tunique noire, cartons jaunes, cartons rouges : la voilà qui arbitre des rencontres de poussins ou benjamins sur les terrains, souvent très animés, de la banlieue parisienne... Ça forge le caractère.

Elle est pourtant timide, pas grande gueule pour un sou, mais ça lui plaît beaucoup d’être celle qui fait respecter les règles

Jouer aussi, ça lui plaît, mais au bout d’un moment, Stéphanie doit choisir… Meneuse de jeu ? Arbitre ? Seule certitude : elle veut travailler dans le footC’est finalement vers l’arbitrage qu’elle se tourne… Pensant alors qu’elle aura sans doute une carrière plus longue. Judicieuse intuition… Elle enchaîne les formations, la théorie et la pratique, puis enchaîne les rencontres… Matchs de filles et matchs de garçons… Patiemment, elle grimpe un à un les échelons, et sa carrure fluette – 1 mètre 64 pour 54 kilos – ne l’empêche pas de se faire respecter par les solides gaillards porteurs de crampons… Un parcours sans faute qui fait d’elle une pionnière… 

En 2014, elle devient la première femme arbitre à atteindre le niveau de la Ligue 2

La première et toujours la seule… Stéphanie découvre alors les caméras et les flashs : la médiatisation… Et puis ça s’est tassé. On s'est habitué. On n’a quasiment plus parlé d’elle. A peine quelques mots pour signaler sa présence au Mondial, à l’Euro ou encore au tournoi féminin des JO… Mais cette semaine, la jeune Val d’Oisienne a, de nouveau, fait les gros titres des journaux, car ce dimanche, Stéphanie Frappart deviendra la première femme de l’histoire du football français à arbitrer une rencontre de la Ligue 1… Le match Amiens-Strasbourg…Pour elle : une préparation à la Coupe du monde féminine qui se tiendra en France à partir du 7 juin… Pour la presse : l’occasion de rappeler le parcours d’une autre pionnière : Nelly Viennot, qui, elle également, a arbitré en Ligue 1, mais  en tant que juge de touche, c’est-à-dire arbitre assistante. Stéphanie Frappart, elle, sera arbitre principale… On a vu, entendu sa joie… 

Stéphanie Frappart a, en quelque sorte, brisé un plafond de verre

La ligue 1, une consécration ! Même si, pour l’heure, il s’agit d’une promotion temporaire… Et puis, çà et là, des portraits nous en ont appris davantage. On sait que l’arbitrage lui prend une centaine de journées par an, et qu’elle travaille ailleurs la moitié de la semaine… On sait que l'arbitrage lui a permis de vaincre sa timidité. On sait, de surcroît, que les footballeurs l’apprécient : avec elle, on peut discuter, elle explique ses décisions, et elle connaît vraiment le terrain, elle a joué avant d'arbitrer, ce n'est pas le cas de tous les arbitres... Du reste, elle-même a l’impression qu’on lui parle avec moins de virulence qu’à ses collègues… Non, la misogynie, elle ne la perçoit pas. Certes, il a bien eu les remarques de l’ancien entraîneur de Valencienne… C’était en 2015. Un match contre Laval. Il lui avait reproché de ne pas avoir sifflé un penalty.

Le penalty, il était bien là, mais l'arbitre ne l’a pas vu… Elle faisait du patinage peut-être… Quand on est une femme et qu'on vient arbitrer un sport d'hommes, c'est compliqué.

Par la suite, David Le Frapper s’était excusé publiquement, puis lui avait plusieurs fois téléphoné… Mais Stéphanie Frappart n’a jamais décroché. 

Des insultes sexistes, elle sait qu’il en existe dans les tribunes

Des supporters qui l’invitent par exemple à rentrer chez elle faire la cuisine ou le ménage... Elle le sait, mais, de la pelouse, elle n’entend pas… En revanche, ses parents entendent. Souvent, ils assistent à ses matchs. Pour eux, ce n’est pas toujours facile…Mais aujourd’hui, ils se réjouissent : ils sont fiers que leur fille entre donc, ce dimanche, "dans l’histoire du football français", ainsi que l'ont dit les médias… Avec elle, la France imite, avec deux ans de retard, l'Allemagne où, en septembre 2017, Bibiana Steinhaus était devenue la première femme arbitre dans un grand championnat professionnel. Cette saison, elle a continué à arbitrer en Bundesliga. Stéphanie Frappart rêve d'un avenir similaire : être promue arbitre principale de Ligue 1 sur la durée. Pour l'heure, c'est uniquement pour un match, 90 minutes en Ligue 1...

Un grand pas pour elle et un petit pas pour l’égalité dans le football

Un petit pas, car ça ne dérange personne quand ce sont des hommes qui arbitrent des matchs féminins. Là, on trouve ça normal, tout à fait normal, alors que dans le cas inverse, dès lors que l'on atteint l'élite, ça tient donc de l’exceptionnel ! Stéphanie est sans doute une fille exceptionnelle, mais franchement, on aimerait qu’un jour, elle ne soit plus une exception.

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