Il a 26 ans et, jusqu’à cette semaine, peu de médias français nous avaient parlé de lui. Si ce jeune coureur noir a surgi à la une de l'actualité, c'est parce que dimanche dernier, avant le départ d'une course, on a découvert une corde à nœud coulant dans le box où était garée sa voiture. Fallait-il y voir une menace ?

Bubba Wallace le 22 juin à Talladega, ( Alabama) le 22 juin
Bubba Wallace le 22 juin à Talladega, ( Alabama) le 22 juin © Getty / Chris Graythen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images

Ce garçon est un champion de stock-car. Littéralement, "stock-car" signifie "voiture de série". Dans les faits : des bolides aux moteurs surpuissants lancés sur des circuits ovales de plusieurs kilomètres. Aux États-Unis, surtout dans les État du Sud, c’est un sport bien plus populaire que la Formule 1, et le championnat d’élite s’appelle la NASCAR (National Association for Stock Car Auto Racing). Chaque année, il y a 36 compétitions, au cours desquelles s’affrontent une quarantaine de pilotes.

Parmi ces pilotes : Darrell Wallace Junior, que tout le monde appelle Bubba, surnom trouvé par sa grande sœur quand il était bébé - ça, je l'ai découvert dans L'Equipe, qui a brossé son portrait mercredi.

Il est né en Alabama, d’un père blanc et d’une mère noire, et il a commencé la compétition à 9 ans

IA l'époque, il faisait des courses de Bandolero, un genre de kart amélioré qui peut atteindre les 110 km/h. Ensuite, à 16 ans, il a intégré le programme Drive for Diversity, grâce auquel la NASCAR s’efforce d’aider des jeunes issus des minorités à progresser dans un milieu où tout le monde ou presque est blanc. 

Les propriétaires des écuries sont blancs, les organisateurs sont blancs, le personnel est blanc – excepté ceux chargés du ménage, et les spectateurs le sont aussi dans leur immense majorité. Tout comme les coureurs. Bubba Wallace est aujourd’hui l’unique Afro-Américain titulaire de ce championnat. 

Sa couleur de peau lui vaut d’ailleurs depuis toujours la détestation des racistes. Des flopées d’insultes sur les réseaux sociaux. Parfois, il répond aux internautes les plus virulents, comme on peut le lire sur Twitter.

Tu ne vas pas arrêter d’entendre parler du ‘pilote noir’ pendant des années. Alors accepte-le, fais avec et apprécie l’aventure !

Mais dimanche dernier, ce fut, pour lui, plus révoltant encore : peu de temps avant le départ d’une course sur le circuit de Talladega, en Alabama, on a découvert une corde dans le box qui lui avait été attribué, box où était donc garée sa Chevrolet. 

Une corde à nœud coulant accrochée à la porte de son garage

Le symbole est glaçant. Une corde à nœud coulant, ça rappelle les lynchages pratiqués aux États-Unis pendant les périodes esclavagiste et ségrégationniste. Bubba Wallace s'est dit "incroyablement triste", dénonçant un " méprisable acte de racisme". Une colère partagée par les instances dirigeantes de la NASCAR. 

Il n'y a aucune place pour le racisme au sein de NASCAR. Nous sommes furieux et outrés, et ne pouvons exprimer assez fort à quel point nous prenons au sérieux cet acte de haine. Nous avons ouvert une enquête immédiate et ferons tout ce que nous pourrons pour identifier la ou les personne(s) responsable(s) et les éliminer de notre sport.

Dans la foulée, le FBI a dépêché une quinzaine d'enquêteurs pour tenter d'identifier les coupables.  

Cette corde était-elle une menace pour Bubba Wallace ? Pour lui, ça ne faisait pas de doute. 

Mais ça ne me brisera pas. Et qui que ce soit qui a fait ça, vous ne m’enlèverez pas mon sourire. Je vais continuer à avancer !

Avancer et lutter contre les discriminations, ainsi qu’il le fait depuis quelques semaines. 

C'est le meurtre de George Floyd qui a déclenché l'engagement de Bubba Wallace contre les discriminations

Le 7 juin, lors d’une course à Atlanta, il est apparu vêtu d’un tee-shirt floqué de l’inscription "I Can’t Breathe", "Je ne peux pas respirer", les mots de Floyd avant de mourir, asphyxié par un policier blanc. Après quoi, lors d’une course en Virginie, il a fait peindre sur le capot de sa voiture une poignée de main noire et blanche, et à l’arrière le slogan "Black Lives Matter", "Les vies des Noirs comptent".

Il a par ailleurs réclamé qu’on bannisse le drapeau confédéré dans le public du championnat. Le drapeau des États esclavagistes pendant la guerre de Sécession. Drapeau fréquemment agité autour et même sur les circuits, surtout dans les États du Sud, là encore. Trois jours plus tard, il a obtenu gain de cause. La bannière est dorénavant interdite sur tous les événements organisés par la NASCAR. 

Mais il y a des irréductibles, des racistes indécrottables, et dimanche dernier, aux abords du circuit de Talladega, on la voyait encore, cette bannière, dans les mains de certains spectateurs. Un petit avion a même survolé la piste en la faisant flotter au vent. Une banderole disait également : "Coupez les vivres à NASCAR". 

Finalement, ce jour-là, la course n’a pas eu lieu. Il y avait des orages. Mais elle s’est déroulée lundi. Afin de lui manifester leur soutien, tous les autres coureurs et les mécaniciens ont poussé la Chevrolet de Bubba Wallace jusqu’à la ligne de départ. Image inédite. Le coureur en a pleuré d’émotion. Puis, mardi, le FBI a rendu ses conclusions. 

Après enquête, le FBI a conclu que Bubba Wallace n'avait pas été la cible d'un acte raciste

La corde accrochée à la porte du garage était déjà là à l’automne. Les enquêteurs ont analysé des vidéos. Qui a donc attachée cette corde ? Et qui a fait ce nœud coulant ? Personne ne le sait. Et on ne le saura peut-être jamais. Mais, pour faire taire ceux qui ont accusé le jeune pilote d’avoir perpétré un canular, la NASCAR, ce jeudi, a publié une photo. "Le nœud coulant était réel, comme notre volonté de protéger Bubba", a déclaré le président de l’organisation. 

Bubba Wallace est aujourd'hui devenu l'une des figures de la lutte contre le racisme aux États-Unis. Le visage du mouvement "Black Lives Matter" dans le milieu des compétitions de stock-car. La corde à nœud coulant ne lui était donc pas destinée. Mais, depuis, il aurait reçu de multiples menaces de mort. 

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