Dans son "Quart d'heure de célébrité", Frédéric Pommier revient cette semaine sur deux personnes : un jeune garçon et une femme, qu’on a vus tous les deux dans une vidéo largement diffusée depuis la semaine dernière. Deux inconnus qui ont subitement surgi à la Une de l'actualité.

Le braqueur et la braquée
Le braqueur et la braquée © Capture d'écran

On ne connaît pas le nom du jeune garçon. Ni celui de la femme. En revanche, on connaît leur âge. Lui, il a 16 ans. Elle, elle en a 60, et il est peu probable que cette vidéo vous ait échappé. Dans la vidéo, on voit le jeune garçon pointer une arme sur la femme, qui est assise devant un ordinateur. Il braque sur elle un pistolet, tout en lui criant dessus, tandis qu’un de ses amis filme la scène avec son téléphone portable. On a vu ces images sur toutes les télés. Toutes les radios en ont parlé. 

Le jeune garçon est lycéen et la femme est l’une de ses profs.

C'était dans un lycée de Créteil dans le Val-de-Marne, et on entend le rire du garçon qui filme la scène. Celui-ci est hilare. En revanche, celui qui tient le pistolet ne rigole pas, pas plus d’ailleurs que l’enseignante en biotechnologie. Cette dernière connaissait bien l’élève. Elle l’avait déjà eu dans sa classe l’an dernier et il s’était présenté à l’heure à son cours. A huit heures du matin. Tout premier cours de la journée. Un cours qu’il a quitté sans autorisation, avant de revenir dans la classe, un peu avant dix heures. 

La porte était ouverte. La prof ne l’a pas vu entrer, ni lui ni ses copains, mais elle a vu ensuite cette arme pointée à seulement quelques centimètres de sa tempe. 

Une arme factice. Un pistolet à billes. Mais comment le deviner ? 

Sur la vidéo, on entend ce que réclame le garçon : il veut que l’enseignante écrive qu’il était présent à son cours. Il la rudoie, il la tutoie.

Tu me mets présent, et que ça saute ! 

Se faire braquer dans sa classe, c’est d’une violence inouïe, mais l’enseignante reste d’un calme olympien. "Pour ne pas envenimer les choses", a expliqué son avocate… Mais elle est aujourd’hui choquée, extrêmement perturbée. 

L'enseignante ne dort plus, ne mange plus, et se sent pour l’heure incapable de reprendre le travail. 

Le soir de l’agression, elle s’est uniquement confiée à son époux. Puis,  le lendemain, elle est allée déposer plainte. Mais entre-temps, la vidéo avait déjà largement été diffusée dans ce lycée de Créteil, avant de se retrouver sur Internet… Une vidéo "virale" comme on dit, et l’émotion qu’elle a provoquée s’est aussi propagée à la vitesse de la lumière. 

Indignation générale dans le monde politique. Jusqu’au chef de l’Etat, en passant par les ministres de l’Intérieur et de l’Education, chacun exigeant des sanctions exemplaires pour l’agresseur, mis en examen pour violences aggravées, et chacun expliquant que la nation devait soutenir ses enseignants. Des enseignants qui se retrouvent pourtant souvent bien seuls pour gérer les problèmes d’insécurité. Tous seuls et, parfois, méprisés par leur hiérarchie. 

C’est que certains racontent depuis le début de la semaine sur les réseaux sociaux. 

La vidéo du jeune garçon qui met en joue son enseignante a eu pour effet de libérer la parole.

Sous le mot-clé « pas de vague » : des dizaines de milliers d’anecdotes de profs dépités. 

Un élève me crache dessus et menace de me castagner à la sortie. Il est exclu trois jours, mais le principal me reproche d’être trop dans le répressif, pas assez dans l’éducatif.

Des élèves dézippent leur braguette devant moi en plein cours. Je vais m’en plaindre à mon principal, et là, il me répond que je dois mieux gérer ma classe.

Un élève me traite de sale pute. Réaction de la principale : « Vous avez dû mal entendre, ça n’est pas sa version des faits. »  

Autre prof : même insulte. Et même déni du principal. 

Avez-vous déjà eu des soucis dans d’autres collèges ? 

En somme, c’est chaque fois aux enseignants de se justifier. Et quand on lit ça, on comprend les déprimes et les dépressions… On comprend ceux qui disent qu’ils vont bosser la trouille au ventre et ceux qui finalement décident de quitter leur poste… 

Trop de brutalité, et trop peu de respect.  

Quand on observe l'incroyable émotion suscitée par cette nouvelle agression, on se dit que c'est comme si l'acte totalement inconscient d'un élève avait enfin provoqué une prise de conscience nationale.

Là, c’était donc un pistolet braqué vers la tempe. Factice, mais qu’importe : le geste est terrorisant. Le braqueur n’a aucune excuse. Ne lui en cherchons pas. La braquée, de son côté, s’est montrée d’un sang-froid exemplaire. 

C’est à elle qu’on pense. À elle et aux autres. Continuez à raconter, oui, continuez à témoigner, oui, continuez à faire des vagues et que ces vagues se transforment en raz-de-marée. 

A France Inter, on aime particulièrement les profs. Parce que les profs écoutent beaucoup France Inter. Message aux élèves : rangez vos pistolets.

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