Elle voulait devenir maire d'un slogan fédérateur, "Aimons Bezons de toutes forces", le rire s'est emparé d'elle, nous rions de Sophie, nous rions de Bezons où nous ne vivons pas, dont nous ne parlons pas, sur laquelle pourtant il y aurait tant à dire.

On parle d’une femme que le rire a saisi et il n’est rien de plus idiot que le rire, car la voilà célèbre sans que nous ne sachions rien d’elle, célèbre parce qu’elle est moquée. Elle se nomme Sophie Stenstrüm, elle a 47 ans, elle a deux grandes filles, elle a milité chez les parents d’élèves dans sa ville du Val d’Oise et aimerait qu’on vive mieux dans sa ville et depuis six ans a basculé en politique, au centre droit citoyen dira-t-on pour faire simple, elle mènera une liste l’an prochain aux municipales, que soutient la République en marche, et elle sourit sur des affiches près d’un slogan qu’elle avait pensé fédérateur, « Aimons Bezons (c’est le nom de sa ville ) de toutes nos forces »…  

Aimons Bezons de toutes nos forces. Avez vous saisi? Bezons, Baisons, Bezons de toutes nos forces. Allez vous pouvez rire aussi.  

SON 1 A la Garenne Bezons 

Sophie n'a rien vu venir, à Bezons, personne n’avait trouvé ça drôle. Mais loin de Bezons, quelqu’un a montré l’affiche de Sophie à un de nos amis, ici à Inter, Cyril Graziani, fin journaliste politique, et il l’a trouvée amusante et il l’a twittée deux jours avant Noel, à l’heure où les grands fauves de l’information se relâchent sur le réseau social, et le tweet de Cyril a pris et des dizaines des centaines des milliers des centaines de milliers de fois depuis, on a moqué parodié partagé Sophie et son slogan,  "Bezons de toutes nos forces", est-ce drôle, et du rire on est passé au graveleux, et quand le numéro de téléphone sa campagne a été inscrit à des groupes porno, quand on lui a demandé ses tarifs, Sophie s'est sentie victime,: je lui ai parlé hier, elle m’a avoué qu’elle se sentait « comme dans du coton »… Elle a rejoint la cohorte des femmes pour qui c’est moins facile:  il y eut par le passé à Bezons d’autres listes, "Bezons, ensemble" "Bezons notre avenir ensemble" qui n’ont fait rire personne, évidemment, des hommes les menaient.  

Et sans avoir rien fait de mal, nous pouvons avoir honte, une espérance est salie, nous rions de Sophie au lieu de la connaitre, nous rions de Bezons où nous ne vivons pas, dont nous ne parlons pas, sur laquelle pourtant il y aurait tant à dire.  

SON 2 Allez Bezons 

Bezons donc, parlons-en. Une ville ouvrière, une ville communiste depuis bientôt un siècle, qui avait refusé le monument aux morts après la Grande guerre,et bascula chez Lénine quand il organisa son Internationale, en 1921, et depuis Bezons est restée au Parti, mais cela sent la fin. Bezons aux casses de voitures et logements insalubres, a été connectée au monde par une ligne de tramway, qui lui a apporté une bourgeoisie possible venue des Hauts-de-Seine, mais aussi le trafic de drogue devenue une plaie. Bezons rase un vieux stade pour faire du logement bétonné, mais Bezons découvre qu’au sous-sol d’une école, des dealers dissimulent de la drogue, le maire communiste Lesparre, a décidé d’armer sa police municipale, il voudrait garder au parti Bezons qui accueilla la première fête de l’Humanité, mais les temps menacent, des jeunesses socialistes ou libérales, des dissidences le bousculent. Bref il y aurait une histoire politique et sociologique à raconter sur Bezons si nous n’étions pas amorphes de rire sur les réseaux associaux, où des autres ne nous importent que leur ridicules.  

SON 3 Je suis né au Pont de Bezons… 

Il y eut cela dit bien pire que nos petite infamies. En 1940, le maréchal Pétain ayant mis la main sur la France défaite, un écrivain de génie qui était aussi médecin et un sale type obtint en intrigant auprès des nouveaux pouvoirs le poste de directeur du dispensaire de Bezons, à la place d’un toubib d’origine haïtienne chassé par les lois raciales, qu’il crut d’abord etre un juif, il ne les aimait pas s’il aimait la banlieue et ses pauvres. Le docteur Destouches, Louis Ferdinand Céline, passa donc l’occupation à Bezons où le PC était devenu clandestin. Il y devint ami d’un érudit local, et lui offrit une préface pour un livre sur l’histoire de Bezons, et ce que j’en lis pourrait parler de nous. « Pauvre banlieue parisienne, paillasson devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui songe à elle ? Personne. » Céline, ce salaud, nous avait deviné.

(Ajout: je présente ici mes excuses à Dominique Lesparre, maire de Bezons, dont j'ai  écorché le nom à l'antenne.) 

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