Frédéric Pommier rend hommage à un médecin urgentiste de Compiègne : Jean-Jacques Razafindranazy, mort samedi dernier du coronavirus. De nombreux soignants ont été contaminés depuis le début de l'épidémie en France et plusieurs en sont décédés. Jean-Jacques Razafindranazy est considéré comme le premier.

A midi le 23 mars, une centaine de soignants du centre hospitalier de Compiègne ont rendu hommage à l'urgentiste décédé, Jean-Jacques Razafindranazy
A midi le 23 mars, une centaine de soignants du centre hospitalier de Compiègne ont rendu hommage à l'urgentiste décédé, Jean-Jacques Razafindranazy © Maxppp / Alexis Bisson / Le Parisien

C’est un homme auquel, depuis le début de la semaine, on a déjà rendu de très nombreux hommages. À raison, et il faut continuer de l’honorer. Lui, comme ses collègues. Les vivants et les morts. Applaudir les vivants, et révérer les morts. Plusieurs soignants sont morts en France, tués par le coronavirus. Le premier s'appelait donc Jean-Jacques Razafindranazy, et tous les journaux nous ont raconté son histoire.

D’origine malgache, petite moustache, 67 ans. Il vivait à Soissons avec son épouse pédiatre. Trois grands enfants, six petits-enfants. Il adorait la pêche, adorait le bricolage, et plus encore que le bricolage et la pêche, adorait son métier. Médecin orthopédiste, il avait exercé dans l’Aisne et dans la Somme avant de devenir urgentiste dans l’Oise en 2013. Depuis deux ans, il était à la retraite, mais continuait à assurer plusieurs gardes par semaine au centre hospitalier de Compiègne. 

C'était un médecin très gentil, très discret et très humble

Cet hiver, il est allé passer des vacances sur son île natale. Il était en pleine forme. A son retour de Madagascar fin février, ses enfants s'étaient inquiétés de le voir reprendre sa blouse. Le fallait-il vraiment ? Le département était alors le principal foyer de l’épidémie. Mais il les avait rassurés. 

Ne vous en faites pas pour moi ! 

Ses collègues avaient besoin de lui. Et son boulot, c’était sa vie. 

Mais, début mars, il est revenu d’une garde extrêmement fatigué. Rapidement, il est tombé malade : la fièvre, la toux, puis la détresse respiratoire. En prenant en charge les premiers patients atteints du Covid-19, Jean-Jacques Razafindranazy a été infecté.

Il a d’abord été soigné dans son hôpital de Compiègne, puis au CHU de Lille quand son état s’est aggravé. Et c’est là-bas qu’il est décédé samedi dernier. C'est l'un de ses fils qui l'a annoncé sur Facebook. Le lendemain, le ministre de la Santé expliquait qu'il était, à sa connaissance, le premier soignant tué par le Covid-19. 

Sa mort bouleverse au-delà du milieu médical

Parce qu’il est mort d’avoir prêté main forte à ses collègues. Parce qu’il est mort d’avoir soigné sans être, semble-t-il, suffisamment protégé. Et cette mort est intolérable.

Lorsque l’on s’engage dans l’armée, on ne s’engage pas pour mourir, mais on sait que l’on peut mourir : on sait que mourir appartient aux risques du métier. 

Mais lorsqu’on enfile une blouse blanche, on n’est pas préparé à ça. Quand on est chirurgien, infirmière, aide-soignante, brancardier, on sait qu’on peut fréquenter la mort de près. Mais pas la sienne, celle des autres : celle des blessés, des malades.

Et pourtant, au moins quatre autres soignants sont morts ces derniers jours à cause du coronavirus. Certains redoutent que soit le début d’une hécatombe chez les professionnels de la santé. 

Il a ce gynécologue-obstétricien de Mulhouse : Jean-Marie Boegle, 66 ans. Figure de la clinique du Diaconat, il avait contracté le virus auprès de l’une de ses patientes. Et puis il y a des généralistes. 

Déjà trois médecins généralistes décédés

Le docteur Sylvain Welling, 60 ans, mort à l’hôpital de Saint-Avold en Moselle. 

Le docteur Mahen Ramloll, 70 ans, mort au CHU de Colmar.

Le docteur Olivier-Jacques Schneller, 68 ans, mort à l’hôpital de Trevenans dans le Territoire-de-Belfort. Il exerçait à Couthenans, village de 800 habitants. On ne sait pas comment il a été infecté. Ses petits-enfants l’appelait « papi-castor ». 

Lui aussi avait l’âge pour la retraite. Mais on ne trouve pas toujours de successeur pour un cabinet en campagne. Et puis il aimait son métier, à l’image de Jean-Jacques Razafindranazy, que l'on considère donc comme le premier soignant "tombé au front". Rien de romanesque dans cette expression : je l’emploie car le chef de l'Etat nous a dit que l’on était en guerre. Dès lors, à la fin de cette guerre, érigera-t-on des monuments devant les hôpitaux pour y graver les noms des morts au combat ? 

L’urgentiste de Compiègne est devenu un symbole 

Le symbole du courage, du dévouement, et même des sacrifices du personnel de la santé. C'est le mot qu’utilise un de ses fils. 

Mon père est un héros, et il s'est sacrifié. 

C’est donc parce qu’il voulait en sauver d’autres qu’il aurait donné sa vie. Mais savait-il vraiment qu’il risquait sa vie ? Sans doute pas, non. Soigner impose des sacrifices, mais pas celui de sa propre vie. 

Sa mort est donc intolérable. Et cet homme était admirable. Continuons, mes amis, de rendre hommage au docteur Razafindranazy.

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