Frédéric Pommier nous raconte l'initiative singulière des habitants d'Ostritz, au sud-est de l'Allemagne. Pour gâcher un rassemblement organisé par des néonazis, ils se cotisés pour s'adjuger tout le stock de bières de la supérette de la commune. Résultat : plus de carburant pour les crânes rasés nostalgiques d'Hitler.

Sur leurs T-shirts, on peut lire "Division Berlin - Wir sind die Jungs aus der Reichshauptstadt", soit en français : "Division Berlin - Nous sommes les garçons de la capitale du Reich"
Sur leurs T-shirts, on peut lire "Division Berlin - Wir sind die Jungs aus der Reichshauptstadt", soit en français : "Division Berlin - Nous sommes les garçons de la capitale du Reich" © AFP / Daniel Schäfer / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance

Ostritz est une petite commune de Saxe, au sud-est de l’Allemagne, à la frontière de la Pologne et de la République tchèque… Environ 2400 habitants. Une ville « charmante », assure son site internet… « Ici, l’atmosphère est à la joie de vivre »… Un lieu historique à découvrir à quelques kilomètres : l’abbaye de Marienthal, au bord de la rivière. La plus ancienne abbaye cistercienne d’Allemagne. Le couvent se visite ; comptez une demi-heure, selon le guide Michelin.

Cela étant, ce n’est pas pour son patrimoine religieux que la bourgade a fait parler d’elle ces derniers jours, mais pour le festival qui s’y tient depuis l’an dernier. Des concerts, des débats, des combats d’art martiaux…  Présenté de cette manière, ça donne plutôt envie. Mais le rassemblement s’appelle Bouclier et Epée – en allemand : Schild und Schwert, autrement dit « SS » en ne gardant que les initiales… Là, tout de suite, ça fait moins rêver, sachant que le look des participants est à l’avenant.

Crânes rasés et tatouages ornés d’inscriptions célébrant le Troisième Reich

Là, une croix gammée, là, une tête de mort – la même que celle qu’on trouvait sur les casquettes des SS… Là encore, un tee-shirt floqué du prénom Adolph ! Bref, c’est un sympathique festival néonazi qui, pour sa première édition, était d’ailleurs organisé le jour anniversaire de la naissance d’Hitler.

S’il n’est pas interdit, c’est, parce que, bien sûr, il n’est pas présenté comme tel. Les organisateurs évoquent un festival de musiques « patriotiques »... Dans les faits : des chanteurs avinés qui beuglent leur détestation des immigrés. On peut, par exemple, entendre ces paroles : « La lune poursuit sa trajectoire au-dessus du royaume du Ku-Klux-Klan. » On est quand même loin de "la joie de vivre évoquée sur le site internet de la ville et, le weekend dernier, pour la deuxième édition de ce rassemblement qui draine des centaines d’extrémistes, les habitants de la commune ont décidé de réagir.

Les habitants se sont cotisés pour priver les néonazis de leur boisson préférée

En réalité, ce fut une action en deux temps. Premier temps : vendredi, quand la police déboule sur le lieu du festival, afin d’y saisir près de 4400 litres de bières. Compte-tenu des dérives violentes constatées l’an dernier, le tribunal administratif avait interdit la présence d’alcool sur le site… Et puis, second temps quelques heures avant le début de l'événement : cette fois, les habitants se sont rués dans la supérette de la commune, pour y acheter la totalité des stocks de bière. 

Ils ont rempli leurs coffres, chargé des caddies… 120 caisses au total. Et voilà : plus de carburant pour les crânes rasés qui comptaient venir se biturer ! Assoiffer les fêtards, saboter le festival : c’était ça, l’objectif. 

Certains se sont même cotisés pour s’offrir de grands panneaux publicitaires sur lesquels on pouvait lire qu’Ostritz « trouve que les Nazis ne sentent pas bon ». Un slogan accompagné du dessin d’une crotte… 

D’autres ont en outre imaginé une installation tristement poétique. 

Ils ont disposé des centaines de paires de chaussures dans une rue

2262 paires… Parce que 2262, c’est le nombre de migrants qui sont morts noyés l’an dernier dans la mer Méditerranée. Les habitants souhaitaient mettre en avant d’autres valeurs, des valeurs humanistes ; pas envie que leur patelin soit uniquement célèbre pour être le repaire de nostalgiques d’Hitler… 

Et ils ont organisé un contre-événement sur la place de la mairie, cette fois aux couleurs de la paix, de la diversité, de l’accueil, de l'échange, de la tolérance. Les enfants jouaient au foot, pendant que les adultes buvaient tranquillement les bières qu’ils avaient achetées !

Alors, c’est vrai, ils n’ont pas réussi à empêcher la tenue du festival, mais tout de même, en les privant de bibine, ils ont bien gâché la fête des néonazis. 

Une initiative collective bon-enfant qui fait plaisir à voir

On passe nos journées à entendre et à observer le pire ici et là, mais non, tout n’est pas noir… Quand on est imaginatif, qu’on a le sens du collectif et celui de l'humour, on peut s’opposer, résister, lutter contre des tarés dont le cerveau est rempli d’immondices. 

Les habitants d’Ostritz nous donnent finalement une sacrée leçon de vie. Parfois, face aux cons, la meilleure des choses à faire, c’est de les prendre… pour des cons.

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