Nous parlons ce matin de treize hommes courageux dont on a dit cette semaine les noms dans des villes en deuil, et que la France va honorer lundi aux Invalides.

Hommage aux treize soldats tués au Mali
Hommage aux treize soldats tués au Mali © AFP / Jeff Pachoud

Treize hommes dont nous ignorions tout 

Et qui sont devenus célèbre par accident et par terrible logique, un accident, deux hélicoptères qui se percutent dans la nuit malienne, mais une atroce logique, celle de la mort qui est pour des soldats un destin possible, non pas voulu, possible, combien parmi nous pourraient l’envisager… 

Les voilà donc promis aux noms gravés sur les pierres, aux photos muettes de rires éteints sur le meuble du salon et Victoire Frison Roche ne connaitra que par les récits de sa maman, de ses grands-parents son papa Clément qui était capitaine et qui est mort quand elle avait 7 mois dans sa première opération de guerre, 

L’enfant du lieutenant Pierre Bockel ne sait pas dans le ventre de sa mère qu’il naîtra orphelin, il faudra lui raconter un grand jeune homme aux teint clair qui aimait piloter, dont le père fut ministre et qui portait le nom d’un grand-oncle prêtre et grand résistant, comment s’appellera le fils du lieutenant? 

Dans mon âge adulte, j’ai pris l’habitude quand des soldats meurent là-bas au Liban, en Afghanistan, au Mali, de lire dans nos journaux qu’ils n’étaient pas seulement ces guerriers au regard droit mais des pères et des fils, des fiancés, des hommes ordinaires, ce mot est magnifique. 

C’est peut-être ainsi qu’ils étaient des héros, puisqu’ils enfantaient construisaient et aimaient le football, la coiffure, le skate, et partaient quand même le cœur plein de trésors, pensait-il là-bas à ses filles à sa belle maison à peine construite, l’adjudant-chef Carette que chez lui on surnommait Jim, pensait-il à ses filles, se souvenait-il qu’il avait été dans champion de voile, le lieutenant Nicolas Mégard dont les parents à Calais aident les migrants…

Ils avaient parmi nous des vies simples et splendides et pourtant ils partaient

Ce qu’ils vivaient là-bas chassant le djihadiste dans des pays exsangue ne nous appartient pas. A son voisin le capitaine Benjamin Gireud avait dit que la chaleur au Mali est accablante. Ils en disaient plus peut-être à leurs familles, je ne sais, parfois, j’ai lu, les soldats gardent tout et alors ils s’effondrent quand ils en réchappent… Je ne peux que les deviner, je n’ai pas fait l’armée, nous ne faisons plus la guerre tous comme autrefois, et quand le général d’armée Lecointre nous rejoint dans un studio de radio, nous lui demandons de nous expliquer.

Pour comprendre, j’ai lu ces jours-ci un roman vrai intitulé Jonquille, qui raconte des soldats partis en 2012 en Afghanistan, j’ai relu un document d’un officier écrivant, Michel Goya, sur le courage qui n’est pas distribué à part égale et la mort qui est une hypothèse de travail, il s’appelle Sous le feu et il dit notre histoire peut-être oubliée… Pour me souvenir, j’ai réécouté une très vieille chanson patriotique d’après 1870 La Strasbourgeoise, qui racontait une fillette dont le papa meurt face aux prussiens. Extrait :

Petit papa voici  la mi carême, car te voici déguisé en soldat. Petit papa dis-mois si c’est pour rire ou pour faire peur aux touts petits enfants. Non mon enfant, je pars pour la Patrie, c’est un devoir où tous les papas s’en vont…

Non plus tous les papas aujourd’hui, simplement eux, ces treize hommes cette semaine et ceux qui les ont précédé.

Nicolas MÉGARD, Benjamin GIREUD, Clément FRISONROCHE, Alex MORISSE, Pierre BOCKEL, Julien CARETTE, Romain SALLES DE SAINT PAUL, Romain CHOMEL DE JARNIEU, Alexandre PROTIN, Antoine SERRE, Valentin DUVAL, Jérémy LEUSIE, Andreï JOUK.

Treize hommes un instant célèbres et dont le courage me reste inconnu. 

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