Pour cette première chronique de la saison, Frédéric Pommier nous raconte l'histoire d'un octogénaire parisien qui, la semaine dernière, est tombé amoureux lors d'un trajet en bus. Problème : il ne connaissait ni le nom, ni l'adresse de la "jolie Dame" avec qui il avait conversé. Il a donc lancé un avis de recherche...

Jean-Pierre et sa "jolie Dame"
Jean-Pierre et sa "jolie Dame" © Getty / kamisoka

C'est un homme de 86 ans qui habite le 12ème arrondissement de Paris. Il s’appelle Jean-Pierre Meston. Il est ancien artisan peintre, veuf depuis trois ans, et son doux sourire inspire la confiance. Des cheveux gris-blond lissés sur le côté, des lunettes cerclées en métal, un gilet multi-poches sans manche couleur crème. C’est super pratique, un gilet multi-poches. Pratique pour ranger des choses… dans les poches ; un carnet, des chewing-gums ou un plan de métro. Mais, en l’occurrence, Jean-Pierre ne prend plus le métro. Il y a trop d’escaliers. Ça lui fait mal aux genoux. Il préfère le bus. En plus, on peut admirer le paysage. Le problème, c’est qu’on doit parfois attendre longtemps. 10 minutes, 15 minutes ; faut pas le rater quand il arrive ! Raison pour laquelle, mardi, la semaine dernière, sur les coups de 17 heures, Jean-Pierre a couru pour attraper le 46 qui s’approchait de l’arrêt Parmentier-République.

Il est essoufflé quand il monte. Une jeune femme lui laisse sa place et il s’installe en face d’une très jolie Dame. Mince, plutôt grande, les yeux clairs, coupée au carré, vêtue d’une robe blanche à fleurs bleues. 

Subjugué, Jean-Pierre sent son cœur qui s’emballe

Ils engagent la conversation, découvrent qu’ils ont le même âge, évoquent leurs pépins de santé. Elle aussi, c’est à cause de ses genoux qu’elle ne prend plus le métro. Ils discutent, mais ça passe trop vite et au bout de sept arrêts, le retraité doit déjà descendre. Maintenant, il faut qu’il prenne le 86 pour rentrer chez lui ! Le bus s’éloigne alors avec la jolie Dame et Jean-Pierre se dit : « Mince, je ne connais même pas son nom ! » Dès lors, comment la recontacter ? Et comment la revoir ? Parce qu’il veut la revoir : Jean-Pierre est tombé amoureux ! Dès le lendemain matin, il rédige un avis de recherche.

Afin de retrouver la passagère, Jean-Pierre a collé des affichettes sur quatre abribus de la rue de la Reuilly, où circule le bus 46. Un texte d’une page écrit à la main, et photocopié en 25 exemplaires, pour pouvoir venir en coller de nouveaux chaque fois que les agents de nettoyage en enlèvent afin de laver les vitres !  

Je recherche une jolie Dame, que j’ai rencontrée dans l’autobus 46, qui habite aux alentours de Reuilly Diderot, qui a 86 ans comme moi et qui est née le 6 avril 1933, et moi le 6 mai 1933. Quand elle m’a dit son âge, je lui ai dit qu’elle faisait facilement 10 ans de moins. C’était l’après-midi du mardi 20 août. Je lui ai dit que j’avais eu un cancer. Elle m’a répondu ‘moi aussi’. Avec toutes ces précisions, elle se reconnaîtra. Et moi, j’ai raté le coche parce qu’au lieu de descendre à Faidherbe-Chaligny pour rattraper mon autobus 86, j’aurais dû aller jusqu’à Reuilly Diderot pour faire plus ample connaissance et échanger nos numéros de téléphone. Je suis un idiot, car je suis tombé sous le charme de cette jolie dame. Je suis Jean-Pierre Meston. J’habite à la Porte de Vincennes et j’aimerais bien vous rencontrer de nouveau, si vous le désirez aussi, bien sûr. 

Sur son avis de recherche, Jean-Pierre donne donc ses coordonnées et puis, en post-scriptum, il ajoute cette phrase.

Je n’ai trouvé que ce seul moyen de vous retrouver, car je ne touche pas du tout à Internet. 

L’octogénaire a donc choisi la méthode à l’ancienne mais de jeunes habitants du quartier lui sont venus en aide : émus par son message, ils ont pris ses affichettes en photo, puis les ont diffusées sur les réseaux sociaux. Oui, parfois, il se passe des choses sympas sur les réseaux. Après quoi, les journaux se sont emparés de l’histoire. En premier lieu Le Parisien, qui titrait dimanche : « A 86 ans, il cherche la jolie Dame du bus »… 

C’est finalement une généalogiste qui a retrouvé le nom de la passagère du 46, suite à une enquête à partir de sa date de naissance

Elle a donc contacté Jean-Pierre, lui a donné le numéro. Aux anges, il a de suite appelé la jolie Dame. Elle semblait contente, ils se sont donné rendez-vous et ils se sont revus lundi. Jean-Pierre était un peu stressé dans son gilet multi-poches, mais après cette deuxième rencontre, il a confié qu’il était plus épris que jamais ! Que c’était « magique » et que le visage de la jolie Dame était « aussi adorable » que dans ses souvenirs. 

Du reste, elle vit seule ; ça, Jean-Pierre Meston n’en était pas sûr, ça le met en confiance pour la suite et, franchement, on espère que suite il y aura, parce qu’elles nous font du bien, les histoires comme celle-là. Des histoires qui nous mettent des paillettes dans la vie. Pas de limite d’âge pour tomber amoureux, pas de limite d'âge pour rechercher sa belle et tenter de la conquérir ! 

On n’en saura pas plus, car la Dame a dit à Jean-Pierre qu’elle souhaitait désormais que leur relation reste « intime ». Quant à lui, il assure que, depuis dix jours, il est redevenu jeune homme et qu’il se sent comme un gamin… Un gamin de 86 ans. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.