Frédéric Pommier rend hommage aux navigateurs de la Route du Rhum. Pas aux vainqueurs, non, mais à ceux qui n'ont toujours pas fini la course. Ils sont encore une petite trentaine sur l'océan, mais les médias s'intéressent peu à eux. Pourtant, ils ont pris les mêmes risques que les autres pour défier les éléments...

Le 4 novembre à Saint-Malo, 123 skippers ont pris le départ pour la Guadeloupe, sous les yeux de centaines de milliers de spectateurs, qui avaient investi la cote jusqu’au cap Fréhel. Tous les médias étaient présents ; la presse, les radios, les télés, qui ont ensuite suivi la course jusqu’à l’arrivée des premiers concurrents…

Victoire de Francis Joyon le 11 novembre : 7 jours, 14 heures, 21 minutes et 47 secondes.

Francis Joyon l’a emporté au terme d’un final très serré. Seulement 7 minutes d’avance sur François Gabard… Depuis, des dizaines d’autres marins sont arrivés, mais nettement plus discrètement. Eux, ils n’ont pas eu droit aux photos pleine page dans la presse, mais sur France Inter, une personne s’efforce, chaque matin, de nous donner leur nom. Elle s'appelle Laëtitia Gayet… Tous les jours, dans les flashs, Laëtitia prend le temps d'évoquer ces galériens de l’océan… 

Il reste aujourd'hui 26 navigateurs dans la course.

19 jours après la victoire de Francis Joyon, une petite trentaine de navigateurs tente encore de rejoindre la Guadeloupe… Pour eux, cela fait bientôt quatre semaines de mer… 

Quatre semaines à tirer des bords, empanner, manœuvrer les grand-voiles, les spis et les tourmentins. Quatre semaines à lutter contre les éléments. Quatre semaines à rêver, pour certains, de retrouver enfin la terre ferme, leur famille, leurs enfants… 

Moi, cela m’a toujours fasciné, les gens qui décident de prendre le large en solitaire… Des mois de préparation… Souvent, même, des années pour avoir le bateau le plus rapide possible… L’amour de la compétition… Maîtriser les vents et les eaux… Le résultat est incertain… Parfois, ça casse… Le bateau casse… Parfois, c’est le moral qui lâche… Et puis, ce n’est pas sans danger. On peut se blesser ou tomber, on peut mourir dans l’océan. 

La voile est un sport à haut risque et ceux qui terminent les derniers n’en ont pas forcément pris moins, des risques, que les concurrents qui finissent la course en tête…

Mais il en existe également qui ne sont pas là pour la victoire, non, mais uniquement pour le plaisir, pour la glisse et pour l’aventure humaine…  

Parmi ceux qui naviguent toujours, on trouve Dominique Dubois… Il explique qu’il dort très peu depuis quelques jours, mais ne s’ennuie pas une seconde… Il envoie des mails et il lit… 

Il y a le Sud-Africain Donald Alexander et Manuel Cousin, qui sont attendus à Pointe-à-Pitre aujourd’hui… Si tout se passe bien.

Ils sont talonnés par Emmanuel Hamez, Carl Chipotel, Olivier Magré, Morgane Ursault-Poupon, Olivier Roussey et Alexia Barrier qui, elle, vogue un peu plus au Sud. 

Quant à Jean-Marie Loirat, il espère arriver dimanche… Il a hâte, mais dit que, de son bateau, la lune est belle, notamment en fin de nuit…

Réfléchir, regarder la lune et les poissons volants.

Plus loin : Bertrand de Broc sur un catamaran de croisière. Il tricote dans les alizées, raconte que les jours sont chauds, que le lieu est paradisiaque et qu’il croise des poissons volants…

Plus loin : Eric Bellion dont la goélette n’est pas faite pour la vitesse. Mais il ne s’en plaint pas et confie que l’océan est un endroit magnifique pour réfléchir et pour se sevrer de la terre… 

Plus loin encore : Loïc Le Doyen, lanterne rouge de la flotte… En prenant le départ, il avait deux objectifs : réaliser un rêve et ne pas finir dernier. Il aura rempli le premier : réaliser un rêve…

Ces marins nous offrent du rêve.

De loin, on suit leurs aventures... Ils nous plongent dans les grands espaces... Les navigateurs ont un rapport au monde et au temps singulier… Par moments, ils donnent l’impression de vivre dans la poésie.

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