C'est une jeune femme dont on a beaucoup entendu parler depuis le milieu de l’été, précisément depuis le 25 juillet, jour où cette étudiante de 22 ans a posté sur les réseaux sociaux une vidéo de l’agression qu’elle avait subie la veille à Paris.

Depuis son agression, Marie Laguerre a ouvert un site pour recueillir la parole des victimes
Depuis son agression, Marie Laguerre a ouvert un site pour recueillir la parole des victimes © AFP / ALAIN JOCARD

C’était en fin d’après-midi. Elle rentrait chez elle, vêtue d’une robe rouge. Si la robe avait été verte, ça n’aurait sans doute rien changé. 

Soudain, un passant lui adresse des propos graveleux, des coups de langues dégoûtants, des grognements obscènes.

Elle est fatiguée, se sent outragée, lance à l’homme : 

Ta gueule !

Puis elle poursuit sa route. 

Mais l’autre s’empare alors d’un cendrier sur la table d’un bar. Il le jette à la figure de la jeune femme. 

Elle l’insulte, presse le pas, il la suit, l’interpelle encore, elle s’arrête, se retourne. 

Il la frappe au visage, sous les regards ahuris des clients attablés à la terrasse d’un café.

Certains se lèvent de leur chaise, courent vers l’agresseur, parlementent mais le laissent partir.

La caméra de surveillance du bistrot a enregistré la scène. Le patron donne le film à l’étudiante à la robe rouge. Si la robe avait été bleue, sans doute le lui aurait-il donné également. Et c’est donc le lendemain, après avoir déposé plainte, qu’elle diffuse la vidéo sur sa page Facebook. Elle l’accompagne d’un message.

Ces hommes qui se croient tout permis, qui se permettent de nous humilier et qui ne supportent pas qu'on s'en offusque, c'est inadmissible. Il est temps que ce genre de comportement CESSE.

Les images provoquent un déluge de réactions. Elles sont vues des millions de fois, même diffusées à la télé. La jeune femme est invitée à témoigner. Elle enchaîne les interviews. Chaînes françaises et chaînes étrangères. 

Son histoire devient le symbole du harcèlement de rue.

Les images sont la preuve d’un phénomène qu’on a souvent du mal à illustrer : oui, des hommes embêtent les femmes, et quand elles leur tiennent tête, elles peuvent se faire frapper. 

Dorénavant, l’étudiante à la robe rouge est présentée avec son prénom et son nom.  Elle s'appelle Marie Laguerre.

Grâce aux images de la vidéo-surveillance, l’agresseur présumé de Marie Laguerre a donc été interpellé lundi. Il a reconnu les faits. Mais d’après lui, Marie Laguerre serait exprès passée devant lui en se dandinant. En somme, elle l’aurait allumé… Lui, il a 25 ans. Il a déjà été condamné pour violences, et devait comparaître hier devant le tribunal. Finalement, la présidente a demandé le renvoi du procès. Avant l’audience, elle souhaite une nouvelle expertise psychiatrique du suspect. 

Il est possible que cet homme soit un déséquilibré.

S’il ne l’est pas, il encourt jusqu’à trois années de prison. Marie Laguerre dit qu’il faut laisser la justice faire son travail. Elle ne cautionne pas les messages de haine diffusés à l’encontre de son agresseur. 

Profitant de sa soudaine notoriété, c’est un message de combat qu’elle porte. 

D’abord, le combat contre les préjugés sexistes. Il faut, dès l’école, éduquer les enfants. Faire changer les mentalités. Apprendre aux garçons à respecter les filles… Et le respect, en général. Ensuite, le combat pour que toutes celles qui se font harceler dans la rue portent plainte. Ce n’est pas inutile, on retrouve parfois les auteurs. Souhaitant que son expérience serve aux autres femmes, elle  a ouvert un site afin de recueillir la parole des victimes. 

Elle-même, depuis qu’elle a posté sa vidéo, a reçu des mots de soutien venus du monde entier. Les soutiens, ça rassure. Pourtant, désormais, Marie Laguerre dit qu’elle n’est pas rassurée quand elle met les pieds dehors. Il suffit d’une remarque et elle se met à paniquer… D’autant que cette agression n’était pas la première. 

On lui a déjà craché au visage dans la rue. On lui a déjà attrapé l’entre-jambes.

Aux hommes, on ne fait pas ça. Ce sont les femmes qu’on « importune ». Y compris celles qui ne souhaitent pas être « importunées »… 

Marie Laguerre a dit « Ta gueule ! » Elle a eu le courage de répondre et si elle s’exprime aujourd’hui, c’est aussi pour celles qui se taisent et qui, face à leur harceleur, choisissent de baisser les yeux. 

Par peur, certaines n’osent même plus porter de robe rouge, de robe verte, de robe bleue...

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