Une vache est dans le "Quart d'heure de célébrité" cette semaine. Une vache de race normande, reconnaissable à sa tête blanche sur une robe délicatement marbrée, et dont on nous a dit cette semaine qu'elle espère, notre vache, le bon-vouloir des hommes pour repeupler les grasses prairies de sa race.

Vache de Normandie
Vache de Normandie © Getty / Enrique Díaz / 7cero

Une vache, cent vaches, 25 000 vaches en plus en Normandie peut-être d’ici quelques années ai-je lu, pour l’instant des vaches en projet, des embryons à peine, mais qui un jour, ai-je lu, vivront dans les fermes normandes et produiront le bon lait gras qui les caractérise et que l’on attend pour une œuvre d’art. Fromage.

Le camembert que chantait Dalibert, un barde normand du siècle dernier

Le camembert normand authentique issu du lait de vaches normandes ayant brouté l’herbe de Normandie, camembert lait cru moulé à la louche au petit goût de noisette et pour lequel on se bat... 

Car il est, ce fromage, menacé d'indignes parodies. A côté mais si loin de l'authentique et labellisé Camembert de Normandie, des industriels proposent des « camembert fabriqués en Normandie » qui n'ont de normand que leurs usines, qui sont faits de lait pasteurisé venu d’on ne sait où… 

Cela fait des années qu'on dispute ferme pour en finir avec cette confusion. Sous l’égide de l’INAO, l’institut national de l’origine et de la qualité, on a imaginé un nouveau label AOP pour le camembert normand, qui rapprocherait les espèces en forçant les industriels à utiliser, même pasteurisé, au moins 30% de lait de vaches normandes nourries au pâturage… 

D’où le besoin de ces vaches authentiques, dont le charme, avait même impressionné un parachutiste américain de 1944, chanté dans les années septante par Stone et Charden.

Mais dans la vraie vie, la vraie guerre ne fut pas bucolique pour les vaches normandes massacrées dans les batailles et les bombardements… Et après la bataille survint l'envahisseuse, une autre vache arriva en Normandie, de plus petite tête sombre et d’une robe bicolore, la frisonne, la Holstein, une stakhanoviste des rendements de lait, moins crémeux pourtant qui petit à petit a pris la Normande…

Vache Holstein
Vache Holstein © Getty / DaydreamsGirl

Jusqu'au moment de la revanche ?  

Le besoin d’authentique et la perspective d’une AOP intégrant l’industrie a rendu à nouveau la vache Normande indispensable, d’où son retour programmé, subventionné par la région Normande à 400 euros la bête… Le destin tournait mais hélas… Les hommes sont volages. 

Hier on entendait cela sur France Bleu Basse-Normandie :

Toujours pas d'accord sur un nouveau cahier des charges pour l'AOP sur le Camembert de Normandie. 

Les fabricants  de camembert, les industriels et les PME ne s'entendent pas sur les conditions à remplir pour afficher le très convoité label camembert AOP de Normandie.

Et nous sommes revenus à la case départ, cela peut arranger l’industrie qui n’aime guère les contraintes, et aussi les puristes qui au fond ne voulaient pas partager le label avec du camembert de lait pasteurisé fut-ce un lait normand. Nos vaches vont alors attendre, revenir moins nombreuses, mais le lait de leur pis sera noblement traité...  Pour des camemberts  au parfum vrai de la Normandie d’antan, tels que Dalibert, encore lui, les racontait jadis, dans un conte ferroviaire où un voyageur dégustait le divin fromage.

"Qu’il est bieau", qu’il est beau, étonnante résonance , splendide proximité de notre Graal, le bio, et du vieux normand, bieau, le signe de l’espérance et du retour des vaches grasses ? 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.