Pour en parler Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes reçoit Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice.

Cette émission est consacrée aux questions que vous, auditeurs, vous posez aux animateurs de France Inter et aujourd’hui, les humoristes vous répondent. Quelle est la fonction du rire en temps de pandémie ?  Vous savez que pendant le premier confinement, chacun a pu constater à quel point cette situation anxiogène a été détournée par l’humour et la dérision. L’humour comme un réflexe salutaire, un mécanisme de défense où la légèreté s’oppose à la lourdeur du quotidien.  C’est donc un humour absurde, loufoque, contestataire, tendre ou moqueur comme le vôtre, intelligent parfois décalé. Et le rire peut être ce qui nous unit. Il l’a bien prouvé pendant ce début de pandémie. Et puis, comme un virus, il peut être aussi ce qui nous divise. Le rire, donc. A l’heure du coronavirus, on en parle avec vous, Charline Vanhoenacker « Bonjour Emmanuelle daviet, Bonjour aux auditeurs, surtout ceux qui écrivent. ils sont très nombreux à écrire. » Et donc, Charline on vous retrouve le matin avec un billet, l’après midi productrice et animatrice de l’émission par Jupiter devenu par Jupidémie et avec une variante le mercredi par Jupiclasse. Et donc à vos côtés, Guillaume Meurice.

Emmanuelle Daviet : Le Covid est une source d’inspiration permanente. Diriez-vous que l’époque est un beau terrain de jeu pour les humoristes ?

Charline Vanhoenacker : Ah oui, le deuxième confinement ? Un peu moins que le premier, parce qu’il y a beaucoup de choses qui se ressemblent. C’est la même chose que le premier confinement, mais avec des grosses chaussettes et des gros pull.  

Guillaume Meurice : C’était mieux avant. Avant, c’était mieux avant, du monde d’après. On est d’accord.  

Charline Vanhoenacker : Toutes nos convictions ont été complètement balayées. Tout est inversé. On ne va pas voir mamie. On lui dit Mamie, si je ne vais pas te voir depuis six mois, c’est parce que je t’aime. À Cannes, le Palais des festivals a été ouvert quand même, mais pour accueillir les SDF, donc, tout est complètement à l’envers. Et donc, oui, ça fait un terrain de jeu. La deuxième fois, c’est un petit peu moins rigolo. C’est un petit peu plus difficile de trouver des sujets, mais là, comme dans la chanson qu’on a entendu avec Frédéric Fromet, les produits essentiels et non essentiels, il y avait davantage l’accent là-dessus. Et il y a toujours des paradoxes. Cette période est encore plus paradoxale qu’avant, qui l’était déjà fameusement.

Emmanuelle Daviet : En tout cas, ça semble bien plaire aux auditeurs puisque nous avons reçu de nombreux messages comme celui-ci. « Merci aux humoristes qui offrent des tranches de rire, car c’est un exercice pas facile de faire rire en ce moment »  Charline, est-ce que l’humour, c’est ce qu’il nous reste quand la situation ne prête pas à rire ?

Charline Vanhoenacker : Oui, exactement. C’est à dire que c’est la dernière chose qui nous reste, en fait. Le rire, c’est ce qui nous libère des angoisses qui nous libère, des peurs qui permet de les affronter. C’est pareil pour la colère quand on est très, très, très en colère. Moi, si je ne faisais pas de l’humour, peut-être que j’aurais déjà pété la vitre d’une banque. Gardez-moi pour faire de l’humour, sinon je ne réponds plus de rien. C’est un canalisateur, ça nous permet de nous libérer des angoisses. D’ailleurs, même face à la mort, il ne faut pas hésiter à rire de ça. Les plus grands auteurs et les plus grands acteurs, de Charlie Chaplin à Romain Gary, ont toujours expliqué que face à la mort ou face à l’extrême difficulté, le rire permet de montrer qu’on a encore la force de surmonter les choses.

Emmanuelle Daviet : Il y a un auditeur que vous lirez dans les Echos, le réalisateur et romancier, Marc Dugain a signé le 6 novembre dernier une chronique intitulée « En rire », où il écrit « Je suis Charline, un jeune. Charlie Hebdo, mais j’écoute chaque matin, un peu avant 8 heures, la chronique de Charline Vanhoenacker sur France Inter. Elle réussit l’exploit d’être amusante tous les jours, ce qui est un sacré sacerdoce. Cette insolence fait un bien fou, sauf à certains invités qui se font écorcher en direct. Elle ne tombe jamais dans la bien pensance ni dans le politiquement correct, dont on commence à comprendre qu’il est une arme de censure phénoménale. Elle est une des incarnations les plus représentatives de la liberté d’expression. Et quand elle finit sa chronique du lendemain du discours d’Emmanuel Macron. « Enfin, une bonne nouvelle les cimetières resteront ouverts. » Ça met du baume au cœur pour la journée. «  Ça semble extrêmement élogieux. Comment reçoit-on un tel compliment, Charline ?

Charline Vanhoenacker : Ça me fait très, très plaisir. Il faut rappeler que c’est quand même très rare et précieux. Je pense que de toutes les années où j’exerce ici sur France Inter, c’est la première fois qu’un texte pareil a été écrit sur mon travail et c’est un encouragement, c’est à dire qu’on a beaucoup de phases, voir beaucoup de phases de découragement parce que les journées sont très longues et que je suis dans un espèce de fonctionnariat du rire. Je dois donc dire que c’est le genre de choses auxquelles on pense pour se dire allez, j’y serai quand même demain matin. Après, on n’est pas à l’usine non plus, mais que la page blanche nous guette tous.

Emmanuelle Daviet : À l’opposé de l’éloge, il y a aussi la critique. Que répondez vous, Charline, à ceux qui ne vous trouvent pas drôle ?

Charline Vanhoenacker : Eh bien, je les remercie parce que heureusement, je pense que moi, j’envisage l’humour comme quelque chose qui, justement, ne plaît pas à tout le monde, qui peut être gênant, qui peut être un peu clivant, qui fait débat. Donc, je suis rassurée de savoir qu’il y a plein de gens qui ne me trouvent pas drôle parce que si tout le monde me trouvait drôle, ça voudrait dire peut être que c’est hyper lisse, très consensuel. Et ensuite, le créneau dans lequel je suis, ne prête pas toujours à rire. Je peux arriver derrière l’interview de Léa Salamé sur la Shoah, sur un témoignage de viol ou ce genre de choses. Et ensuite, il y a l’ouverture du journal de 8 heures. Moi, j’ai deux minutes 15. Je m’autorise très souvent à faire de l’ironie, à marcher sur des œufs et à essayer de faire sourire ou d’appuyer là où ça fait mal. Mais je revendique de ne pas devoir être drôle tous les jours. Ça, c’est sûr.

Emmanuelle Daviet: Les auditeurs ont également beaucoup commenté et apprécié la version « Télétravaillée » de votre émission par Jupidémie.  On vient de l’entendre : fabriquer l’émission en télétravail, ça a parfois été acrobatique.

Charline Vanhoenacker : Oui, le son qu’on a entendu est tout à fait révélateur de ce qu’on a vécu quand on était complètement confinés. Pour expliquer aux auditeurs, nous étions donc tous, chacun chez soi et malgré tout, ensemble pour faire une émission. Et le son qu’on a entendu est très révélateur parce que je pense qu’il parle à tous les gens qui nous écoutent. Cette émission confinée, elle a rencontré les mêmes écueils que les Français dans les entreprises qui devaient faire des réunions teams ou des apéros Skype, zoom

Emmanuelle Daviet : A propos de ces émissions confinées. Une auditrice écrit « Depuis le confinement, l’équipe de Charline s’est surpassée pour concocter chaque jour et une heure d’esprit pétillante et irrévérencieuse, ce qui a ensoleillé cette période difficile. Merci à eux et merci à France Inter pour ces moments sans invités, sans devoir de promotion. L’émission s’est bonifiée, retrouvant la vivacité de ses débuts ». Et puis un autre message « merci pour tous ces moments de grande décontraction. Dommage que le confinement prenne fin. La forme actuelle de l’émission est plus intéressante et dynamique qu’en version studio. »

Charline Vanhoenacker : Alors ce qui est amusant, c’est de voir que si cette situation n’était pas arrivée, on n’aurait jamais pensé ne pas avoir d’invités. Parce que moi, ce qui est ma crainte, c’est de rester dans l’entre-soi. Apparemment, on ne tombe pas dans cet écueil et j’en suis ravie. Mais je pense qu’il est intéressant aussi d’avoir au moins, de temps en temps et on en a deux fois par semaine, encore un invité parce que ça permet d’ouvrir l’émission et ça permet de découvrir des gens et ce qu’ils font, de rester curieux. Je pense que c’est bien d’avoir un équilibre entre les deux, mais je remercie ses auditeurs et ça nous fait très, très plaisir d’avoir réussi à s’adapter, selon la formule d’Emmanuel Macron, Car Guillaume Meurice, Alex Vizorek et moi et Juliette Arnaud. Bien sûr, on écoute beaucoup ce que dit le Président : se réadapter, se réinventer, ce qui est un petit peu le débrouillez-vous avec les formes.

Emmanuelle Daviet : Parmi tous ceux qui se sont réinventés, il y a Guillaume Meurice. Les habitués du moment Meurice auront évidemment reconnu Roger, dernière recrue de vos déambulations dans la rue ? Comment vous définissez votre registre? Avec quel type d’humour vous tordez le réel ?  

Guillaume Meurice : Moi, je vois ça comme de la caricature, de la mauvaise foi, de la fausse naïveté, de la satire, satire sociale, si on veut utiliser des grands mots.

Emmanuelle Daviet : Donc, lorsque les auditeurs écrivent que vous manquez de nuances, évidemment, vous partagez complètement leur analyse ?  

Guillaume Meurice : Evidemment, puisque mon travail, c’est de manquer de nuances. Je vois ça un peu comme un dessin de presse de prendre un événement de l’actualité du réel et de grossir le trait. C’est sûr qu’il y a des gens parfois, comme mon mode de fonctionnement s’apparente à ce qu’utilisent parfois d’ailleurs à tort, les journalistes, le micro-trottoir, la parole récupérée au tout venant. Il y a des gens qui me confondent avec un journaliste et qui me disent « tu n’es pas très objectif ». Du coup, je dis merci, ça veut dire que j’ai bien fait mon boulot.

Emmanuelle Daviet : Alors où s’arrête la mauvaise foi ?  

Guillaume Meurice : Je n’ai pas tant de mauvaise foi que ça. J’utilise plutôt le procédé de la fausse naïveté pour faire accoucher un discours. Il faut poser des questions, questionner en toute naïveté, arriver ou en tout cas, essayer d’arriver sans a priori et essayer de voir où la personne va et essayer de suivre son raisonnement. Ça, ça m’amuse.

Emmanuelle Daviet : Vous avez un esprit très service public. Vous adorez répondre aux auditeurs. Comment vous recevez les critiques qui sont formulées sur votre travail ? Parce qu’il y en a quand même des sévères. Comment vous êtes vous armé contre ça ?  

Guillaume Meurice : Il n’y a pas besoin de s’armer. Comme ce qui me passionne, c’est le débat d’idées. Ça m’intéresse toujours. Des gens qui ne sont pas d’accord avec moi, évidemment, parce que ça m’intéresse de voir ce qu’ils n’ont pas aimé, ou est-ce qu’ils ont été d’accord et leurs arguments. Donc ça, ça me plaît bien. Il y a des critiques constructives qui permettent de faire évoluer, de me remettre en question. Il y a aussi des critiques qui valident. C’est à dire que, par exemple, prenons un exemple récent Pascal Praud qui dit « Guillaume Meurice doit démissionner ». Ça valide quasiment tout ce que je fais depuis le début. Ça aurait même été une faute professionnelle que Pascal Praud dise « formidable Guillaume Meurice, continuez »

Emmanuelle Daviet ; Dans les messages que vous adressent les auditeurs, ils vous tutoient d’ailleurs. A ma connaissance, vous êtes le seul à Radio France. En tout cas, c’est la preuve de la grande complicité et proximité qu’ils ont avec vous et un auditeur écrit depuis des années. « Je suis mort de rire à chacune de tes chroniques. Mais plus ça va, plus je ris jaune. Par pitié, dis-nous que tu tries les témoignages que tu reçois et que tu n’en prends qu’un sur 2000 parce que ces gens fachos, haineux et stupides sont majoritaires. C’est trop déprimant. » Et une auditrice ajoute. « Qu’est ce que je me Bidonne en t’écoutant. J’ai découvert Roger cette semaine. Il est génial, celui-là. Mais d’où ils sortent ces gens ? Des pépites de rigolade, même si leurs idées font peur ? » Ça, c’est sûr. Alors, Guillaume Meurice, une chronique réussie. Évidemment, ça repose beaucoup sur le choix des internautes. Est-ce que vous en interviewez beaucoup avant d’avoir le matériau d’une chronique ? 

Guillaume Meurice : Oui, j’en n’interroge pas beaucoup. C’est rare que j’interroge plus de vingt personnes pour une chronique, par exemple, mais je ne dirai pas, contrairement à ce que disait le premier ou la première auditrice. Je sais plus. Je ne dirai pas c’est des cons ou des fachos. En fait, je vais chercher, ce qu’on a, nous, de conneries à l’intérieur de nous-mêmes. On a tous en chacun de nous, des choses à questionner. C’est plutôt ça que je vais chercher plutôt que « tiens, voilà un con, je vais l’interroger ». Et puis on va se moquer de lui.

Emmanuelle Daviet : Alors il y a un message d’une auditrice qui nous dit « Guillaume est courageux, mais pas téméraire, vu qu’il a bien choisi son panel des beaufs bien franchouillards avec une légère tendance raciste ou islamophobe. Pour ma part, j’attends avec impatience qu’il pose les mêmes questions à la sortie d’une mosquée ou sur un marché de Trappes ou Montfermeil ». Guillaume Meurice. Voilà la question êtes vous tout terrain ? 

Guillaume Meurice : je ne me considère pas comme courageux du tout.  Soigner des gens ça c’est courageux, je fais des blagues, donc ça nécessite ni de témérité ni de courage. C’est aussi une question ou une réflexion qu’on nous fait souvent, qu’on me fait souvent. Il se trouve que comme je fais une connerie par jour, oui, j’ai déjà été devant une mosquée. C’est facile à retrouver sur Internet. Mais oui, c’est souvent une critique sur les religions d’ailleurs.

Emmanuelle Daviet : Vous dites « je fais tous les sujets. » Mais avez-vous des tabous ?  

Guillaume Meurice : Les thématiques, ce sont toujours les mêmes dans l’actualité. Ça revient toujours, en permanence. Mais non, non, je ne crois pas que j’ai de tabous.

Emmanuelle Daviet : Et puis, comme on l’a dit au début de l’émission, l’actualité est un vaste terrain de jeu pour vous, Charline, Guillaume. L’histoire a prouvé qu’après chaque crise, après chaque guerre, on observe une explosion de créativité. Est ce que vous pressentez que l’après Covid sera inspiré pour le monde artistique et pour le monde de la culture ?  

Charline Vanhoenacker : Bien téméraire celui qui pressent quelque chose aujourd’hui. Bien sûr, il y aura une forme de libération, C’est progressif. Tout est très, très progressif. Quand on déconfine, c’est progressif. On est en train de tellement étouffer la créativité. Bien malin celui qui peut savoir.

Emmanuelle Daviet : Avec votre chef, vous préparez des émissions spéciales pour les Fêtes pour les auditeurs ?  

Charline Vanhoenacker : Oui, tout à l’heure. Déjà, à 17 heures, on va faire une émission très, très, très, très spéciale. Comme nous même, on a du mal à dire à quoi ça va ressembler. Parce que c’est quelque chose qu’on n’a jamais fait. Pas tout à fait. Une émission hybride, elle ressemble à une fiction. On ne sait pas très bien. On se dit on va utiliser cette dernière émission comme un laboratoire. Si ça réussit, tant mieux, ça sera. Bon, c’est pas grave, c’est la dernière de l’année.

Thèmes associés