Depuis le 17 novembre, les auditeurs critiquent la couverture du mouvement des Gilets jaunes sur l’antenne. Chaque semaine des messages de reproches nous parviennent et la plupart dénonce la surmédiatisation du mouvement. Pour répondre aux auditeurs, la médiatrice reçoit Catherine Nayl et Fabienne Sintès.

Quels reproches les auditeurs peuvent-ils adresser à la radio qui enregistre des records absolus d’audiences ?
Près de six millions et demi d’auditeurs quotidiens. Le 7/9 de Nicolas Demorand et Léa Salamé Première matinale de France. Toutes les tranches d’information sont en tête  le matin, le midi et le soir. Carton plein donc pour France Inter mais cela n’empêche pas les critiques. Je reçois environ 1000 messages d’auditeurs chaque jour et 75% d’entre eux concernent France Inter. Qui aime bien/ châtie bien. Et les auditeurs de cette station ne se privent pas de le faire. Ce qui peut /  de prime abord/ susciter parfois des crispations, des agacements lorsque je relaie vos remarques auprès des personnes concernées. Et c’est bien normal les critiques ne sont jamais agréables. Mais au fil de l’échange on s’accorde à dire qu’elles sont précieuses et qu’elles permettent aussi de réfléchir et d’avancer.

Pour répondre à vos remarques Catherine Nayl la directrice de l’information de France Inter  et Fabiene Sintès présentatrice du 18/20 : « Un jour dans le monde » et l’emblématique « Téléphone Sonne ». Retour sur le traitement journalistique des Gilets jaunes

Depuis le 17 novembre, les auditeurs critiquent la couverture du mouvement des Gilets jaunes sur l’antenne. Chaque semaine des messages de reproches nous parviennent et la plupart dénonce la surmédiatisation du mouvement.
« Ras le bol des gilets jaunes, des informations qui commencent par des "infos gilets jaunes" des interviews, des reportages des zooms, des mises au point, des recentrages, , ... bref nous sommes en overdose, nous écrit Evelyne ces 80 000 personnes qui monopolisent le débat depuis 10 samedis, sont insupportables. »

Catherine Nayl : C'est plutôt sain que nos auditeurs nous écoutent et nous fassent des griefs. Il faut les entendre. Ce mouvement a submergé le reste de l'actualité et tous les codes que nous connaissions dans ce pays. Chaque jour à chaque conférence, nous essayons d'équilibrer le traitement de notre actualité, ne pas parler que de ça. Mais ce serait contraire à notre métier de ne pas analyser tout ce qui se passe depuis 3 mois dans notre pays, pas seulement avec les Gilets Jaunes, avec des intellectuels, des politiques. Des Gilets Jaunes, certes mais pas surreprésentés à l'antenne, il y en a beaucoup dans nos reportages. Oui il faut traiter et beaucoup traiter cette actualité

Comment avez-vous menez les réflexions au sein de la rédaction quant au traitement du mouvement des Gilets jaunes ? Où a résidé la difficulté pour traiter ce mouvement au fil des semaines ?

Catherine Nayl : c'est très difficile. Cela a pris de cours les journalistes que nous sommes, car c'est un mouvement très hétérogène sans leader.  Il a fallu s'adapter au traitement de ce mouvement qui est un ressenti très profond dans la population française. Trouver un mode de représentation de l'ensemble de ce mouvement.

Est-ce que cela a suscité des débats dans la rédaction ?

Catherine Nayl : moi-même je suscite le débat. Il est plutôt sain de douter.  Nous n'avions pas la solution ni dans l'approche de ce mouvement, ni ensuite par les violences qui ont succédé y compris à l'encontre des journalistes. Oui il y a donc débat au sein de la rédaction.

Les auditeurs perçoivent le traitement médiatique des Gilets jaunes sur l’antenne  comme une course à l’audience

.A votre avis est-ce que ce mouvement a contribué a doper vos audiences ?

Catherine Nayl : Quand il y a une forte actualité quel quel soit, évidemment tous les médias profitent de cette audience. France Inter rencontre vague après vague rencontre un succès d'audience et pas seulement depuis les Gilets Jaunes. Certains des auditeurs nous ont rejoint pour écouter une information traitée autrement. La crédibilité de l'information de France Inter existe depuis longtemps.

Message de Michel  : « Vous continuez, au-delà de toute logique, à accorder dans l'information une place démesurée aux gilets jaunes ... Ils  représentent quoi et qui ?  Tout au plus 100 000 personnes ? Pour 65 millions de français ... Quid des autres Français qui en ont plus qu'assez de ces mouvements disparates, violents qui ne proposent rien de constructif ?
Cette question de Michel rejoint celle de Daniel : « - POURQUOI ne pas inviter DES CITOYENS qui veulent que la France réussisse, qui ont le sens de l'intérêt général et qui EUX AUSSI ont des choses à dire, et qui feront passer un AUTRE MESSAGE que de nombreux auditeurs sont prêts à écouter ? »Pourquoi vous ne leur donnez pas la parole ? » Donner la parole aux autres citoyens non Gilets jaunes est une demande très souvent lue dans les messages d’auditeurs

Est-ce que la  parole de ceux qui sont opposés à ce mouvement et qui en ont assez on l’a entendu dans le Téléphone Sonne Fabienne Sintès ?

Fabienne Sintès : oui on l'a entendu parfois. Le téléphone sonne repose sur les auditeurs mais seulement sur ceux qui appellent. Au fil des semaines, on a ressenti vraiment ce qu'on entend et ce qu'on lit dans les sondages. Au début du mouvement, on a eu surtout les sympathisants Gilets Jaunes, un peu plus ensuite, et encore après "on en fait trop". Les téléphones sonnent étaient surtout consacrés à des thématiques "pour ou contre le référendum" "pour ou contre le grand débat"... Tout le monde est invité à témoigner.

Beaucoup de propos conspirationnistes circulent depuis le début du mouvement y avez-vous échappé  ?

Fabienne Sintès : oui dans cette période là on a eu des choses intéressantes et sérieuses. Si on se faisait piégé par un auditeur, on ne le passerait pas.

La fonction sociétale du Téléphone Sonne ?

Fabienne Sintès : sûrement, si on n'est pas en prise avec le ressenti des gens, l'émissions serait ratée. On est le réceptacle de la fin de la journée. On a eu des propositions formidables des auditeurs durant ces trois derniers moisCatherine Nayl : on a le sentiment que quand on parle des Gilets Jaunes ce n'est qu'à travers leur parole, mais non on parle des débats de fond : la fracture numérique, la fiscalité, les services publics, la représentativité.. nos auditeurs se sont appropriés ce fond.

Le succès éclatant des éditions spéciales 

Au cours des deux heures d’antenne votre équipe reçoit habituellement entre 200 et 500 appels et environ 200 mails. Lors des émissions spéciales consacrées aux Gilets jaunes : 2200 appels

Fabienne Sintès : On a crevé tous les plafonds. On constate ce besoin des auditeurs de s'exprimer.

La confiance envers les médias reconsolidée ?

Fabienne Sintès : La défiance se situe rarement  à l'antenne mais plutôt sur les réseaux sociaux. Ceux qui me critiquent ne sont pas ceux qui m'écoutent.

Dans le baromètre publié par l’institut Kantar Sofrès pour La Croix sur la confiances des Français dans les médias seulement 32% des personnes interrogées se disent satisfaites  du traitement médiatique des Gilets jaunes. Depuis le début de cette crise la défiance à l’égard de la presse, si elle avait déjà été constatée par certains, est apparu pour tous au grand jour.

Est ce que cela incite à une remise en question, une auto critique ? Comment ce travail sur soi peut se traduire ?

Catherine Nayl : L'autocritique est salutaire. Cette crise de société doit nous faire réfléchir sur les valeurs journalistiques. Etre journaliste c'est répondre à un code de déontologie, c'est un métier. Ce n'est pas juste tenir un micro devant quelqu'un , c'est édito, faire des choix de hiérarchie de l'information. Faire du facebook live c'est autre chose, tout le monde peut le faire.

Comment faire ?

Catherine Nayl : Ecouter ce que les auditeurs disent. A travers les critiques exprimées dans ce baromètre apparaît une demande quant à une meilleure diversité de la société et des opinions, une attention particulière sur la qualité des invités. De nombreux auditeurs regrettent de ne pas pouvoir s’exprimer davantage notamment dans la matinale. Je vais vous livrer la remarque de Bernard, elle est assez dense. Il écrit : « Bon nombre d'émissions sollicitent les auditeurs pour intervenir sur un sujet ou un autre. Mais le samedi et le dimanche aucun auditeur n'est pris sur l’antenne !Les auditeurs se limitent à deux  dans la matinale de Nicolas Demorand. Par ailleurs les auditeurs remercient d'avoir été retenus pour intervenir mais quels sont les critères de cette censure qui écarte ou diffuse les questions ?il serait bon d'éclaircir la situation ! De la transparence indispensable à la déontologie ne serait pas de trop ».

Pourquoi n’y a-t-il que deux auditeurs qui peuvent s’exprimer dans la matinale ?

Catherine Nayl :Les auditeurs qui s'expriment dans la matinale sont beaucoup moins nombreux que dans le Téléphone Sonne. On est entre 20 et 50 alors qu'on est plutôt à 200. Un chargé de production sélectionne les auditeurs qui passeront à l'antenne. Ce sont des questions complémentaires après l'entretien qui dure 18 mn. Il n'y a pas de censure ! 

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