Une année de remarques, de critiques, de questions des auditeurs puisque ce mois de mars 2021 est marqué par le premier anniversaire de nos vies sous Covid. Pour en parler Catherine Nayl , directrice de l’information et Danielle Messager journaliste spécialiste santé à la rédaction de France Inter

Dans ce rendez-vous aujourd’hui nous allons revenir sur une année de remarques, de critiques, de questions des auditeurs puisque ce mois de mars 2021 est marqué par le premier anniversaire de nos vies sous Covid. Premier anniversaire et non pas « Les un an » comme il a été souvent entendu au cours de la journée du 17 mars dernier ce qui nous a valu une pluie de messages des auditeurs, je vous lis l’un d’entre eux :  « Faut-il rappeler que le pluriel ne commence qu’à deux ? La pensée semble parfois déserter le langage ».  
Emmanuelle Daviet : Alors pour évoquer cette année au cœur de la rédaction de France Inter, je reçois Catherine Nayl , directrice de l’information et Danielle Messager journaliste spécialiste santé à la rédaction de France Inter. Catherine Nayl, après une année sous Covid, comment se porte la rédaction de France Inter

Catherine Nayl : Je dirais que collectivement, il y a toujours cette énergie, cette envie d’aller chercher les informations, de décrypter, de tirer le vrai du faux parce qu’on baigne toujours dans un bain effectivement d’informations sans cesse renouvelé. Et ça, on a toujours cette envie qui est notre mission d’informer. Individuellement, je dirais que comme tous les citoyens français et même tous les citoyens sur la planète, nous pouvons être malades, nous pouvons être cas contact, nous pouvons faire du télétravail avec parfois des difficultés à le faire. Bien sûr que ça a aussi percuté la vie des journalistes de France Inter et de toute la rédaction de France Inter.

Emmanuelle Daviet : Pour remplir leur mission d’information, les journalistes ont travaillé dans des conditions difficiles que l’on ne mesure pas toujours quand on est de l’autre côté du poste… Et c’est là d’ailleurs que l’on a constaté que la radio est à la fois un média agile, parce qu’elle s’adapte avec beaucoup de souplesse mais c’est aussi un média fragile. Très concrètement Catherine Nayl, Qu’est ce qui a été le plus difficile pour faire tenir l’antenne ?

Catherine Nayl : D’abord du positif. Une mobilisation extraordinaire de la rédaction et une adaptabilité extraordinaire avec des conditions de travail sous la contrainte. Notre mission, c’est d’aller sur le terrain pour pouvoir recueillir des témoignages, pour pouvoir nous mêmes juger de la réalité. Au départ, c’était très compliqué d’aller sur le terrain parce que pour des problèmes de sécurité, même sanitaires pour les journalistes, on hésitait à aller sur le terrain, ce qui n’est absolument pas notre façon de travailler. Deuxième chose la difficulté, et Danielle Messager, qui est avec nous, en parlera certainement, la difficulté de faire le tri dans ces informations. Tous les jours, des centaines d’informations contradictoires nous arrivait et d’avoir, au sein de la rédaction des spécialistes qui nous ont aidés jour après jour, à cibler les bons interlocuteurs, à faire le tri dans ces informations. C’était énorme malgré la difficulté pour eux de travailler dans ces conditions,

Emmanuelle Daviet : Lors du premier confinement de nombreux auditeurs ont écrit pour remercier la rédaction de sa mobilisation, quand je dis de nombreux auditeurs ce sont des milliers d’auditeurs qui ont écrit. Dans leurs messages il y avait beaucoup de questionnements, d’inquiétudes, de désarroi. Certains demandaient aux journalistes de faire des reportages sur des sujets très précis. Dès les premiers jours du confinement France Inter a mis en place de grande sessions d’information dont celle de la mi-journée, pour accompagner les auditeurs. C’est un choix éditorial fort. Pourquoi l’avez vous maintenu à la rentrée de septembre ?

Catherine Nayl : Pour continuer à être justement sur ce fil qui nous relie, les auditeurs et nous, on a cette tradition sur France Inter. Vous le savez bien dans la matinale, évidemment, dans le Téléphone sonne. Mais sur ce carrefour de la mi journée, je trouvais important de continuer à donner la possibilité aux auditeurs de nous questionner. Bruno Duvic, qui anime, qui porte cette tranche d’une heure, le fait excellemment bien et je trouvais que c’était très important de continuer à travailler sur ce fil, justement, qui nous relie à eux.

Emmanuelle Daviet : Dans leurs messages, les auditeurs nous disent très fréquemment leur lassitude d’entendre parler du Covid et de la sinistrose qui en découle. Je vous lis un message parmi d’autres :
« Je n’en peux plus d’entendre des commentaires négatifs sur tout : le président Macron, la pandémie, le confinement, la déprime, les jeunes, les vieux. Passez un peu plus de messages positifs s’il vous plaît »
Catherine Nayl , que répondez -vous à vos auditeurs ?

Catherine Nayl : Je suis d’accord, mais que c’est extrêmement difficile d’en sortir. Il n’y a pas une conférence où on se dit « comment peut-on aussi amener des aspects positifs ? » Parce qu’il y a des aspects positifs dans la solidarité, dans les initiatives positives, dans l’inventivité des gens. Il y a tout ça. Mais quand, et le petit montage audio que vous avez passé au début de l’émission Emmanuelle l’atteste. Quand on en est à la troisième vague et qu’on a toutes ces problématiques successives de masques, de réanimation, de vaccins ou de non vaccins, etc etc. C’est très difficile et au niveau mondial, c’est effectivement très difficile d’en sortir. Mais ça fait partie, je dirais, de l’attention vraiment très active que l’on a sur ce sujet.

Danielle Messager : Oui, si je peux ajouter sur cet angle positif : dans ce malheur qui a été la pandémie et qui est toujours parce que c’est un grand malheur, il y a des des aspects positifs dans la recherche, dans la mobilisation qu’il a eu autour de la recherche, qui est un phénomène absolument unique, il y a des aspects positifs dans la découverte du vaccin. Imaginez l’année dernière, quand on était au mieux de notre forme, on se disait on aura peut être un vaccin à l’été, à l’automne, à l’hiver 2021. On a eu un vaccin en décembre et qui a permis de vacciner. Alors certes, pas assez vite, certes pas tout le monde. Mais voilà, ça, c’est un aspect positif. On a eu une grosse épidémie. On a quand même des moyens très lourds qui ont été mis sur place et qui nous donnent aujourd’hui une raison d’espérer.

Emmanuelle Daviet : Au cours de cette année intense qui vient de s’écouler qu’est-ce qui vous a le plus marqué en tant que journaliste ?

Catherine Nayl : Je trouve que c’est la première fois, malgré tous les événements sombres, parfois très violents, que nous avons pu vivre, les attentats, etc. Mais c’est la première fois que, à ce point, une information vient percuter notre vie de citoyen. Notre vie au quotidien. Il a fallu peu à peu être dans le recul entre notre fonction de journaliste et ce que nous devions faire et, malgré tout, les interrogations en tant que citoyen. La peur qu’on pouvait avoir pour nous ou nos familles. Je trouve qu’il a fallu gérer ça, en l’occurrence pour moi, puisque je suis patronne de cette rédaction, gérer ça aussi par rapport à l’ensemble de la rédaction. Et puis, la deuxième chose qui m’a marqué, c’est l’importance d’une expertise à l’intérieur d’une rédaction, des journalistes sur lesquels nous avons pu compter au quotidien, sur la voie très étroite sur laquelle nous étions, pour ne pas faire peur à nos auditeurs, pour les guider, pour les informer. Y compris si on devait revenir sur une information qu’on avait pu donner le lundi parce qu’elle n’était pas tout à fait exacte le mercredi. Et ça, vraiment, c’était très important.

Emmanuelle Daviet : Et parmi ces spécialistes que l’on vient d’entendre, il y Catherine Nayl ?

Catherine Nayl : Il y a évidemment Danielle Messager, qui est cheffe du service santé et santé environnement, mais c’est vrai que l’environnement a un peu moins existé durant cette année. Véronique Julia, qui s’occupe de la santé aussi. Sophie Bécherel, des sciences. Hélène Chevallier, qui est cheffe adjoint de ce service. Évidemment, toute la rédaction a travaillé presque uniquement au coronavirus pendant un an.

Un certain nombre d’auditeurs regrettent le manque de pluralité des points de vue dans le traitement éditorial de la pandémie.

Emmanuelle Daviet : Voici un message qui traduit bien ceux que nous recevons:
« Je suis un vieil auditeur de France Inter et je suis encore fidèle auditeur de votre station, que je trouve au dessus du lot, en particulier le matin . Mais il est un point qui m’interroge dans cette période où la COVID occupe le devant de la scène. Je n’entends que de personnes de la communauté scientifique et médicale du même courant de pensée. Pourquoi n’invitez vous pas des scientifiques aux CV tout aussi respectables défendant d’autres points de vues sur la manière d’agir, de prendre en charge.
Je pense entre autre à des collectifs de Medecin comme « laissons les prescrire » Il n’y a pas de vérité absolue pas plus en médecine qu’ailleurs.
Cela nous oblige a aller chercher de l’information contradictoire sur des médias qui on moins ma confiance encore aujourd’hui. Alors s’il vous plait plus de pluralité dans vos invités. »
Danielle Messager, que répondez-vous aux auditeurs ?

Danielle Messager : Je suis d’accord avec le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue. Mais il y a des connaissances, il y a des faits, il y a des études. Il y a ce qu’on appelle l’Evidence based medicine, la médecine basée sur des faits. Depuis le début de cette épidémie, on a un an de recul. Maintenant, on sait ce qui marche, on sait ce qui ne marche pas. Je ne vais pas revenir sur le débat sur l’Hydroxychloroquine, mais je suis obligée de dire quand même que ce collectif de médecins « laissons les prescrire » prône l’usage de l’Hydroxychloroquine comme l’usage d’un antibiotique, l’Azithromycine, dont les études ont démontré que ça ne marche pas non plus. Donc, les médecins auxquels nous donnons la parole, les scientifiques auxquels nous donnons la parole, se basent sur tout un tas d’études qui ont été vérifiées, et pas en France. Ce sont des études mondiales, ce qui ne marche pas et bien on n’en parle pas parce qu’il vaut mieux ne pas laisser des doutes s’installer, ce qui n’est pas reconnu, on préfère le passer sous silence, effectivement, au sujet des invités.

Emmanuelle Daviet : Au sujet des invités, outre le pluralisme des points de vue, la parité est régulièrement évoquée dans les messages, en voici un : «  C’est incroyable! D’abord on n’y prend pas garde et puis au bout d’un moment on se dit que quelque chose cloche. Au début on ne sait pas trop quoi et enfin une question s’impose: où sont les femmes dans les entretiens de la matinale ? » demande cette auditrice.
Donc nous avons fait les comptes pour le premier trimestre de l’année 2021 : dans la matinale c’est à dire le rendez-vous de 7h50 et le Grand entretien à 8h20,  près de 25% de femmes ont été invitées.
Catherine Nayl : à quelles difficultés êtes vous confrontée pour inviter des femmes dans la matinale ?

Catherine Nayl : Il y a des choses qui relèvent de notre propre responsabilité. Et effectivement, il faut être toujours proactif pour ne pas se laisser gagner par un courant qui est encore trop majoritaire qui est « Je fais appel à ce que je connais et ce que je connais en général, ce sont des hommes ». Il y a des phénomènes exogènes aussi. Pendant un an, c’est à la fois la communauté médicale qui a été omniprésente sur nos antennes et les politiques. Et malheureusement, dans ces deux classes, il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes. C’est la réalité. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas nous. Et nous avons cette responsabilité essayer, tester, les encourager, leur donner confiance. Parce que ça aussi, ça joue beaucoup.

Il faut que les auditeurs sachent que le CSA, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel incite les médias à se fixer des objectifs chiffrés en matière de parité. Dans son rapport annuel publié au début du mois du mars, le CSA indique que la proportion de femmes à la radio a plafonné à 41% en 2020, comme l’année précédente,  »les femmes s’expriment donc  moins que les hommes », Et pour la première fois, et c’est intéressant,  il a été demandé aux médias d’indiquer sur quelles thématiques les femmes étaient intervenues. Et bien quand elles sont expertes les femmes sont avant tout sollicitées dans trois domaines : l’éducation, la justice, les sciences et techniques – mais les thèmes les plus abordés sur les antennes  à savoir la santé, la société, et l’international et bien ces thèmes  l’apanage des experts masculins.  
Danielle Messager pour réaliser vos interviews avez vous rencontré des difficultés pour donner la parole à des femmes médecins, qui seraient par exemple des cheffes de service ?

Danielle Messager : La réalité, c’est ce que disait Catherine, c’est que les spécialités qui ont été mises en avant, ce sont la réanimation, l’infectiologie, l’épidémiologie. C’est vrai qu’il y a une surreprésentation masculine. C’est la réalité, donc c’est à nous d’aller chercher les femmes. Effectivement, il y a quand même des femmes qui ont émergé pendant cette épidémie. Je pense à Odile Launay, qu’on connaissait déjà, qui est une infectiologue qui travaille là, qui est très mise en avant sur les vaccins. Il y a la chercheuse Dominique Costagliola, qui a émergé aussi parce qu’on a réalisé à quel point ces travaux en épidémiologie étaient importants. Il y a Karine Lacombe, cheffe du service d’infectiologie de Saint-Antoine, une des rares femmes, justement chef du service d’infectiologie. Je pensais à l’animatrice Lila Bouadma aussi, qui fait partie du conseil scientifique. Il y a ces femmes aussi qui ont émergé, mais je suis d’accord qu’il faut travailler encore davantage. Moi, je remarque une chose aussi, c’est que chez les journalistes qui travaillent sur la santé, il y a une énorme majorité de femmes. C’est très bien qu’il y ait des femmes, mais j’aimerais aussi qu’il y ait davantage d’hommes parce que ce n’est pas une sous spécialité et on l’a vu cette année dernière. C’est une spécialité énorme qui recouvre des tas de domaines. Ce n’est pas moins noble que la politique ou l’économie. Moi, ce que j’aimerais, c’est qu’il y ait des femmes qui soient davantage interviewées, mais que derrière le micro, il y ait davantage d’hommes aussi pour les interviewer.

Emmanuelle Daviet : Danielle Messager, couvrir cette actualité hors norme depuis un an vous a-t-elle fait découvrir un aspect de votre métier que vous ne soupçonniez pas ?

Danielle Messager : Eh bien, je ne pensais pas. Je parle de moi, mais je parle aussi de mon service, des journalistes qui ont été cités, qu’on serait capable, Catherine parlait d’adaptabilité, mais franchement, là, avoir cette capacité de s’adapter, encore une fois, aux techniques de réanimation, aux calculs d’épidémiologie, à la virologie, à l’infectiologie. Tout ça, je trouve que c’est un travail de journaliste passionnant, à l’arrivée.

La place des auditeurs dans la matinale de France Inter. C’est un thème régulièrement abordé dans les messages

Voici les mots d’un auditeur:
« Après chaque interview de La Matinale, Nicolas Demorand estime utile de préciser qu’il y a « beaucoup d’appels »,mais de quels ordres de grandeur parle-t-on ? 50 appels ? 500 ? 5000 ? 50 000 appels ?
Il s’agit là d’une information qui serait intéressante à diffuser dans la mesure où elle apporterait de la précision et de la transparence. »

Emmanuelle Daviet : Catherine Nayl, combien d’appels et de messages sur l’application ou l’adresse mail de France Inter recevez vous en moyenne le matin ?

Catherine Nayl : Au total, en moyenne une cinquantaine de messages sur des invités. Plus précisément, soit dans le secteur médical, soit des invités politiques qui sont aux manettes un premier ministre, par exemple, il y en aura beaucoup plus.

Emmanuelle Daviet : Autre question, fréquente, : _« Pourriez-vous m’expliquer pourquoi il n y a si peu d interventions d’auditeurs dans la matinale de Nicolas Demorand et Léa Salamé ? »_demande un auditeur

Catherine Nayl : On aimerait toujours qu’il y en ait plus simplement, c’est d’abord un Grand Entretien et c’est vrai qu’on a besoin aussi d’entendre des questions qui doivent être des questions complémentaires et pas celles posées déjà par les journalistes qui seraient un peu redondants. Donc, oui, il y en a peu parce que l’interview est contrainte. C’est environ 20 minutes, 25 minutes. L’interactivité joue effectivement beaucoup plus sur le rendez-vous de la mi journée et dans le Téléphone sonne.

Emmanuelle Daviet : Et puis j’ai un message pour les auditeurs :  si vous souhaitez faire une remarque sur une émission, poser une question sur la ligne éditoriale de France Inter vous pouvez nous écrire sur le site « médiatrice de radio France ». Sur ce site sont publiés chaque jour une sélection des messages que vous nous adressés.
Alors il y a toutes sortes de thématiques puisque, ceux qui parmi vous nous écrivent  font des remarques sur les reportages, les émissions, le choix des invités, il y a des critiques aussi et beaucoup de commentaires sur l’actualité et son traitement éditorial sur France Inter.
Tous vos courriels sont lus et sont adressés ensuite aux journalistes concernés et puis chaque semaine , le vendredi vous pouvez retrouver la synthèse de toutes ces remarques et les réponses que nous apportons à vos questions dans la lettre de la médiatrice. Pour la recevoir il suffit de vous abonner sur le site médiatrice de Radio France. J’en profite pour remercier les auditeurs puisqu’en une année, depuis mars 2020, ce site a connu une progression de 142% de taux de visites et vous nous avez adressé plus de 220 000 messages. Merci à vous pour votre fidélité et votre exigence.

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