Au programme : l’émission Questions Politiques et la façon de mener les interviews. Pour en parler, Emmanuelle Daviet reçoit Ali Baddou et Carine Bécard. Au micro de la médiatrice également, Thomas Legrand revient sur l’idée d’un « journalisme militant » suite à l’affaire Taha Bouhafs.

La chanson de Frédéric Fromet 

mise au point  Mais avant cela, juste une mise au point, pour revenir sur ce qui a généré le plus de messages ce mois-ci à France Inter : la chanson de Frédéric Fromet diffusée le 10 janvier dernier. Cette prestation a suscité des milliers d’interpellations sur les réseaux sociaux, des centaines de mails de la part de catholiques, de la droite, de l’extrême-droite et d’associations LGBT. J’ai pris connaissance de tous ces courriels et je comprends l’indignation, la colère, également la tristesse. Laurence Bloch, la directrice de France Inter, et Frédéric Fromet, ont répondu à tous les auditeurs. Je me suis également largement exprimée sur le sujet dans mon édito du 17 janvier dernier. J’invite tous ceux que ces réponses intéressent à consulter le site de la médiatrice de Radio France  Je voudrais également ajouter ici que tout aussi inacceptable soit-elle pour une ou plusieurs communautés, la prestation d’un artiste qu’il soit chansonnier ou caricaturiste, ne vaut pas des menaces de mort. Cela ne vaut pas non plus l’agression d’un journaliste de France Inter qui couvrait le dimanche 19 janvier la manifestation anti-PMA.

Retour sur l’émission avec Jean-Michel Blanquer

Chaque lundi matin, nous découvrons les messages envoyés par les auditeurs au cours du week-end. Et chaque lundi matin, dans le courrier une émission écrase toutes les autres c’est « Questions politiques ». Vous êtes nombreux à écrire à Ali Baddou, Carine Bécard et leurs acolytes du Monde et de France télé.

Ali Baddou : Gros succès, c’est la première émission politique du week-end, et j’en suis très fier car il y a maintenant, 1 million et demi de personnes qui écoutent l’émission. C’est assez comparable au nombre de personnes qui l’écoutaient pendant la campagne électorales des présidentielles…cela montre qu’il y a encore une passion pour la politique en France [....]

Interruptions des invités

Emmanuelle Daviet : « Pourquoi inviter un personnage politique et l’empêcher de parler. Les journalistes lui coupent la parole, posent des questions et y répondent, je ne vois pas l’intérêt ? » écrit un auditeur.  Ali Baddou, vous empêcher vos invités de s’exprimer ?   

Ali Baddou : Je ne les inviterais pas. La parole qui compte c’est celle de l’invité. En revanche le micro de France Inter, n’est pas un micro dans un meeting, une tribune dans laquelle un homme politique peut venir, et parler sans être contredit. Nous on est là pour le contredire, le relancer, discuter, débattre avec lui, mais d’abord pour l’écouter. ...

Emmanuelle Daviet : Je vais citer Yvonne, c’est une fidèle auditrice, elle vous fait régulièrement cette remarque Carine Bécard: « Votre seule stratégie est de tenter de mettre votre interlocuteur en difficulté ». Et puis Marie, une auditrice m’écrit ceci : « Elle coupe sans arrêt ses invités, ne les écoute pas et sa manière de se comporter laisse très clairement apparaître qu’elle est loin d’être neutre or un journaliste doit rester neutre et en aucun cas l’auditeur doit percevoir les tendances politiques de l’intervieweur. » Carine Bécard que répondez-vous à Marie
 

Carine Bécard : Marie je la met au défit de me dire ce que j’ai voté aux dernières présidentielles. Il y a quelque chose de systématique, quand on reçoit un invité macroniste, je reçois de nombreux messages pour me dire que je suis une affreuse insoumise, et quand on reçoit un insoumis, je suis une très farouche macroniste. Donc effectivement, on joue ce jeu de la contradiction, on essaie de mettre l’invité dans sa contradiction. Là où Marie a raison c’est que je coupe beaucoup….L’invité politique est là pour prendre son temps puisqu’on l’invite sur une émission d’une heure. C’est important de le laisser parler, mais il n’est pas pour nous dire que ce qu’il a envisagé de nous dire. Donc nous on est obligé d’aller le chercher, car sinon il va dérouler ses arguments […]

Emmanuelle Daviet : Une émission politique peut-elle/ doit -elle être le lieu d’une joute verbale ?     

Ali Baddou : oui et non. Non si la joute est un pur plaisir, à la polémique de plus en plus répandu dans le PAF aujourd’hui. Oui, si on pense que notre société, notre époque on besoin de retrouver quelque chose comme l’art du débat démocratique…  

Emmanuelle Daviet : Un auditeur souhaite un peu de calme et de sérénité dans Questions Politique pour débuter l’année est-ce possible dans une émission politique … le calme et la sérénité Ali Baddou ?    

Ali Baddou : je crois qu’il a raison. C’est la formule « keep calm et carry on », « Restez calme et continuez » c’est la devise de Marc Voinchet, le directeur de France Musique. Cela devrait être la devise de Questions Politiques

Taha Bouhafs et le journalisme militant  

La police est intervenue en force vendredi 17 janvier alors que plusieurs dizaines d’opposants à Emmanuel Macron s’étaient rassemblés devant le théâtre des Bouffes du Nord où il passait la soirée. Ils ont tenté d’entrer avant d’être repoussés par les forces de l’ordre. La présence du président de la République avait été signalée sur Twitter par Taha Bouhafs. Ce dernier se présente comme un « journaliste des luttes » et son cas suscite questions et scepticisme chez les auditeurs : voici un message :« Je ne considère pas que les seules vidéos de son téléphone portable soient des actes de journalisme ! Je sais qu’il y a des soutiens des médias envers ces nouveaux journalistes autoproclamés ,je ne comprends pas. Autre question posée aux rédactions :« Les journalistes font état de la qualité de « journaliste-militant » de Taha Bouhafs. Peut-on avoir une définition permettant aux auditeurs que nous sommes de cerner cette nouvelle espèce journalistique ? ».
Thomas Legrand qu’est-ce qu’un journaliste militant ?

Thomas Legrand : c’est un journaliste qui poursuit un but politique mais qui est journaliste dans son rapport aux faits. On a l’habitude de dire qu’un journaliste de Libération et qu’un journaliste du Figaro, quand ils débattent entre eux, ils ne se disent pas « tu mens », non, ils respectent les faits. Le rapport aux faits doit être journalistique. Les faits doivent être réels, recoupés . Il y a des codes et une procédure pour être journaliste. Mais il y a une limite, c’est de ne pas provoquer les faits.     Taha Bouhafs a été un grand journaliste quand il a révélé l’affaire Benalla (c’est grâce à ses images que l’affaire a pu naître). Par ailleurs, il a créé une infox avec Tolbiac… Il a une formation de journaliste et il a travaillé pour de grands médias, il est journaliste d’opinion, puis il dérive… Et moi si j’étais chef d’une rédaction, je ne l’embaucherais pas.      Thomas Legrand : je fais une différence entre journalisme d’opinion et journaliste de point de vue. Moi je suis journaliste de service public et je donne un point de vue.

Emmanuelle Daviet : Lorsqu’on est journaliste politique sur une antenne de service public quels sont les principes à appliquer pour ne pas confondre carte de presse avec carte d’électeur?

Thomas Legrand : Lorsqu’on est journaliste il faut avoir cette capacité de schizophrénie. Ce n’est pas une maladie mais en l’occurrence c’est plutôt positif. C’est à dire que je suis électeur, et puis à côté je suis journaliste. Quand je suis journaliste, je me fiche de savoir, pour qui j’ai voté. En 1988 j’ai voté Mitterrand et deux ans après vous publiez un livre « La main droite de Dieu » et qui dénonce François Mitterrand.

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