Il faut savoir terminer une grève. Tout le monde connaît la formule de Maurice Thorez. Pour ceux qui ont un trou de mémoire elle remonte à juin 36 alors que venaient d’être signés les premiers accords de Matignon.

Tout le monde connaît enfin, pense connaître. Car la formule complète c’est : « il faut savoir terminer une grève… dès que satisfaction a été obtenue. »

Cette formule, selon le Médiateur s’applique plutôt bien à ce qui s’est passé à Radio France. La grève avait été reconduite pour un 29e jour en dépit de la décision de quatre des membres de l’intersyndicale d’appeler à la reprise du travail. A l’appel de la seule CGT la grève a donc continué une journée de plus. Le syndicat ayant décidé de lever son préavis après une ultime assemblée générale, la grève s’achève officiellement ce 16 avril à 13h. Radio France aura connu le dernier jour de sa grève la plus longue. Cela est un fait mais quant à savoir si satisfaction a été obtenue, là le débat est ouvert. Et cette incertitude, ce questionnement, le Médiateur de Radio France les ai ressentis à la lecture des centaines des messages d’auditeurs reçus pendant le conflit.

Pour essayer de résumer il y a eu trois temps.

  • Au début une majorité de réactions négatives sur le thème : « encore une grève de nantis, de privilégiés, de planqués. »

  • Deuxième temps un soutien assez massif aux grévistes par des auditeurs qui demandent que l’on protège leur radio, leur Service Public.

  • Troisième et dernier temps ces derniers jours, un net ras-le-bol sur la prolongation du conflit qui pourrait se résumer ainsi « il faut savoir terminer une grève ».

Pour par exemple, Jean-Jacques qui écrivait la semaine dernière « Je soutiens votre mouvement mais je suis privé de cerveau à cause de cela ».

Pour aussi et plus politique, François avec cette question : «Pourquoi l’Etat encore une fois se désengage-t-il de ses devoirs dont l’un, essentiel, est d’assurer l’accès à une culture indépendante des intérêts financiers. Il faut que Radio France persiste tel quel, un merveilleux moyen de culture. »

Les contre ? Ils étaient en général plus brutaux exemple Bernard : le pays a continué à l’évidence de tourner ni mieux ni plus mal. Comment peut-on être à ce point suicidaire ?

Autre coup de gueule, Laurent : « Ma radio vous les 10% de grévistes vous la faites fonctionner ou vous la quittez ».

« Vous êtes devenus dingues » formule envoyée avant-hier par Michel.

Au milieu de tous ces messages pour ou contre, il y en a eu beaucoup qui, sans prendre parti, penchaient du côté de l’ironie. Exemple celui d’Alain : « Message à transmettre à votre Ministre : Suite à une grève qui m’a privé des émissions de France Inter je ne serai pas en mesure de m’acquitter de l’intégralité de la taxe sur l’Audiovisuel. Je vous prie de m’en excuser. »

Pour terminer, quelques extraits d’un long courriel envoyé par Françoise. A sa lecture on ne sait pas si elle est pour ou contre la grève. Ce qui est sûr en revanche c’est qu’elle est pour Radio France. « Comment imaginer qu’on puisse nous priver nous auditeurs, auditeuses, de la source la plus précieuse d’enseignement de plaisir, de rencontres, de culture, d’émotions, de présences humaines, d’envies d’engagement… et j’en passe. Radio France est là chaque jour pour ceux qui l’écoutent, fidèle chaque longueur d’onde avec ses spécialités. Pitié, ne mélangez pas tout, ne privez pas la France de ces richesses à portée d’écoute, de ces concerts gratuits, de ces débats qui aident à comprendre le monde. Ne cassez pas Radio France, j’en ai besoin, c’est absolument vital pour le plus grand nombre et pour notre santé à tous. »

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