Grâce aux dons de particuliers, l’ASPAS (association de protection des animaux sauvages) rachète des territoires de chasse pour créer des espaces protégés pour que la nature "se répare". Mais ces espaces font polémique. Cette semaine interroge le rapport entre humain et sauvage.

Episode 1 – Introduction à l’ASPAS par Madline Rubin
Episode 1 – Introduction à l’ASPAS par Madline Rubin © Philippe Chassepot

Episode 1  : Que sont les espaces de vie sauvage et à quoi servent-ils ? Depuis 2010, l'ASPAS gère plus de 1200 hectares de nature libre en France. Des terrains achetés grâce aux dons de fondations et de plus de 20 000 donateurs privés. Mais l’idée inquiète les agriculteurs et les chasseurs notamment. Les dirigeants de l'association, et notamment leur directrice Madline Rubin, font régulièrement l’objet de menaces. 

L'association pose des questions inédites sur l'activité humaine dans nos espaces naturels et plus largement, sur notre rapport au sauvage. Madline Rubin nous a emmenés faire un tour dans la Réserve naturelle nationale des Ramières, dans la Drôme : "On a pas mal d'anciens soixante-huitards qui sont venus s'installer ici. On est beaucoup dans des mouvements de décroissance ici, des gens qui essaient de chercher des alternatives.

Le souci de cette Réserve naturelle nationale des Ramières, comme en fait pour les trois quarts des aires protégées par l'Etat, c'est que la chasse y est totalement autorisée.

C'est une des raisons pour lesquelles on s'est dit qu'il fallait qu'on crée nos propres réserves.

Tout ce qui est réserves naturelles, parcs nationaux, en fait tout ce qu'on appelle "aires protégées" et qui sont gérées par l'Etat, forcément on met tous les acteurs autour de la table, et donc on y autorise du pâturage et de la coupe de bois, de la chasse. En termes de préservation de la biodiversité, pour nous, c'est nul.

Donc on s'est dit : 'on va créer notre propre niveau de protection'. On va acheter des territoires parce que la propriété nous permet d'imposer, d'autoriser, d'interdire… Ça nous laisse la totale liberté de faire ce qu'on veut. Et donc, on achète, on crée des réserves et sur ces réserves, on s'impose à nous-mêmes et à tous les gens qui vont venir dessus un niveau de protection supérieur, qui est le plus haut niveau de protection qui tolère l'humain

Les humains respectueux peuvent aller s'y balader, profiter et voir ce que c'est qu'une nature à qui on fout la paix. 

[Le TGV qui passe tout près de cette réserve], c'est vrai que ça défigure un peu les paysages et que c'est de la pollution, mais voilà, on habite aussi une planète. On est des êtres humains, on a des besoins, donc il faut aussi accepter certaines choses de la société actuelle. On va essayer de préserver d'autres endroits où l'impact humain sera minimum. Ces zones permettront d'être un peu des petits poumons, des îlots de quiétude où la nature va pouvoir s'exprimer librement pour essayer de combler tout ce qu'on détruit ailleurs". 

Pourquoi y a-t-il tant d'opposition à ces projets de réensauvagement ?

"Il y a un mot anglais qui est 'rewilding', qu'on a traduit en France par 'réensauvagement' - sauf que c'est une mauvaise traduction. Nous, ce qu'on veut faire, c'est de la libre évolution

On ne va pas réintroduire des espèces, on va juste laisser du temps et de l'espace à la nature. 

On associe ça au réensauvagement parce qu'effectivement, c'est un peu le retour de choses qu'on ne maîtrise pas. Et ça, ça fait un peu peur dans l'esprit, dans l'imaginaire. Le réensauvagement, c'est laisser la place au sauvage. On a l'impression qu'on va se faire dévorer par des choses qu'on ne maîtrise pas, qui seraient dangereuses. Des loups qui vont revenir près des habitations et dévorer tout le monde, des arbres qui vont venir et complètement engloutir des villages entiers. C'est vraiment de l'imaginaire là, on est loin des études scientifiques qui expliquent tous les bienfaits de laisser la nature tranquille

Et pour les gens qui ont eu l'habitude de maîtriser et de gérer les milieux, quand on leur dit qu'en fait les milieux peuvent très bien se débrouiller sans eux, ça vient toucher quelque chose de profond - "Mais alors, à quoi je sers ?". C'est vrai et ça n'est pas vrai : en fait, ce qu'on veut faire, c'est des petits îlots, des confettis à l'échelle d'un territoire. C'est ça qu'il faut qu'on arrive à faire comprendre"

Toutes les réserves de l'espace sont accessibles aux promeneurs. Pour y accéder, il faut se rendre sur leur site internet, accepter une charte de bonne conduite et l'association vous envoie alors les plans d'accès avec les sentiers balisés. 

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