Suite et fin de notre série de reportages à Flaine, station de ski de Haute Savoie, à l'épreuve de la Covid-19. Pour les défenseurs de l'environnement, c'est le moment de changer de modèle économique et de sortir la montagne du "tout-ski".

Une remontée mécanique fermée à Flaine pendant les vacances scolaires de février 2021
Une remontée mécanique fermée à Flaine pendant les vacances scolaires de février 2021 © Radio France / Sandy Dauphin

Dans les Alpes, la situation inédite suscite des interrogations sur l’avenir du modèle économique des grandes stations de sports d'hiver et leur dépendance au ski alpin. Avec la fermeture des remontées mécaniques, les stations de ski ont misé sur d'autres activités : ski de randonnée, ski de fond, raquettes, luge, pour attirer une clientèle éprouvée par les restrictions sanitaires, en quête de grands espaces et de nature.

À Flaine, le directeur de l'Office du tourisme, Pierre Claessen, estime que la crise actuelle a certes accéléré la diversification "hors ski alpin", mais celle-ci était déjà bien entamée pour faire face au changement climatique : "La diversification on l'a commencée il y a 13 ans. On a fait un gros travail de repositionnement sur l'été ce qui nous a permis de multiplier par cinq notre fréquentation pendant la saison estivale". 

Reste que la station savoyarde s'attend à un bilan désastreux cette saison avec une baisse de fréquentation globale de 80 %. 

Une tribune pour sortir du tout-ski

Dans ce contexte, une quarantaine d'amoureux de la montagne, des guides, des moniteurs, mais aussi des élus comme les maires d'Annecy François Astorg et de Grenoble Eric Piolle, ou encore le champion olympique de ski alpin Franck Piccard, ont signé une tribune dans le magazine Reporterre. Un appel pour dire qu'il faut profiter de la crise sanitaire pour réfléchir à l'avenir de la montagne et pour appeler à sortir du tout-ski. C'est l'heure des choix estime ce nouveau Collectif pour une montagne en transition. "Soit on s'adapte" écrivent ses membres, "Soit on s'obstine et c'est la fuite en avant le plus longtemps possible pour s'accrocher au monde d'avant, avant les 2°C, +4°C."

Pour le Collectif, il est illusoire de vouloir encore "fabriquer une neige artificielle à grands coups de canon, rendant toujours plus chère la pratique du ski et du snowboard (...) s'obstiner à dynamiter la montagne pour proposer de nouvelles pistes (...) s'obstiner à créer toujours plus de retenues qui modifient la ressource en eau. (...) pour finalement se heurter tout de même au mur du réchauffement climatique".

Parmi les signataire de cette tribune, Fred Caizergue, guide de haute montagne aux Carroz-d’Arrache, station village situé près de Flaine. "Ce n'est pas un groupe extrémiste qui dit qu'il faut démanteler toutes les remontées mécaniques. On ne crache pas dans la soupe", explique le trentenaire, bien placé pour savoir que le ski fait vivre des milliers de personnes, mais, note-t-il, "peut-être qu'il fait arrêter de construire à outrance et envisager notre activité de manière un peu plus vertueuse", suggère Fred Caizergue. "On développe encore des canons à neige, des infrastructures, et on se rend bien compte que les canons n'arrivent parfois pas à produire de la neige car les hivers ne sont pas assez froids".  

Une remise en cause du modèle existant jugée excessive par le directeur général du Grand Massif, l’un des plus importants domaines skiables d’Europe qui comprend cinq stations dont Flaine. "Il ne faut pas croire que nous sommes dans le déni", explique Frédérique Marion. Il étudie de près les modélisations sur les perspectives d'enneigement pour les décennies à venir et estime que Flaine (1600 m-2 500 m) sera moins menacée par les problèmes d'enneigement que les stations situées plus bas, de part sa position géographique mais aussi parce qu' "il y a un enneigement naturel et une capacité d'adaptation qui nous permet de dire qu'il y a une viabilité pour notre activité".   

La station de Flaine au début des vacances scolaires de février 2021
La station de Flaine au début des vacances scolaires de février 2021 © Radio France / Sandy Dauphin

Le grand patron du domaine skiable explique qu'il est inconcevable aujourd'hui de ne pas prendre en compte les enjeux environnementaux dans l'exploitation d'une station, l'utilisation des canons à neige et l'aménagement d'une piste. "On laisse par exemple des rideaux d'arbres le long des pistes pour avoir de l'ombre et ainsi conserver le plus longtemps possible la neige". La station savoyarde revendique d'ailleurs une image de station éco-responsable avec son Observatoire de la biodiversité, son centre piéton ou encore un certification de tourisme durable baptisée Green Globe. "Ca nous fait mal au coeur quand on nous attaque avec des propos extrêmes. Nous avons une activité dans un milieu naturel, nous vivons ici, nous aussi nous sommes interpellés par tout ce qui se passe" estime Frédéric Marion qui mise sur la capacité d'adaptation et de résilience en montagne.