Toute cette semaine et ce vendredi soir dans Foule Continentale, cap sur Athènes pour évoquer les militants climat, mobilisés malgré le couvre feu. Parmi eux, Marc Delalonde, un français expatrié qui lui parle de l'engagement contre la nouvelle loi de modernisation de la loi environnementale.

Marc Delalonde sur la colline de Strefi
Marc Delalonde sur la colline de Strefi © Radio France / Caroline Gillet

Du haut de la colline de Strefi, Caroline Gillet prend pleinement mesure de la beauté de la ville. A ses côtés, Marc Delalonde, un jeune français expatrié en Grèce et investi dans la lutte contre le dérèglement climatique et... une tortue.

De là-haut, Marc lui explique les projets du maire pour la colline qui domine Exárcheia, le quartier anarchiste de la Grèce en pleine gentrification forcée. La colline de Strefi est l’un des rares espaces verts d’Athènes. Un lieu peu à peu laissé à l’abandon que la mairie entend restructurer en y ajoutant un parc, des bancs, de la végétation. Ce projet s’inscrit dans le programme municipal “Adopt your city”. Une politique qui prétend impliquer les citoyens, les résidents, les entreprises dans le redéveloppement de la ville. 

Néanmoins, certains pointent le désengagement des pouvoirs publics qui limitent l’accès des grecs aux espaces gratuits au profit de grands groupes privés. Le coût estimé pour le projet s’il est conduit par le prestataire privé Prodea est de l’ordre de 1,5 à 2 millions d'euros selon Nikos Stravelakis, économiste grec. Sur le site Ergatiki, il conclut : “Le fait est que la politique de Bakoyannis [le maire de la ville] est désormais provocante et dangereuse pour les citoyens d'Athènes, en particulier dans l'environnement actuel de la pandémie.”.

Avec les protestations contre les jeux olympiques d’Athènes en 2004, les feux de forêts en 2007, l’écologie s’est imposée dans le débat public grec. Mais la crise grecque a changé la donne. En témoignent une série de lois néfastes pour l’environnement qu’a recensé le Green European Journal comme la légalisation des constructions illégales, même dans les zones protégées, la loi de 2012, dite “fast track” qui restreint l’accès du grand public aux autorisations cédées aux entreprises par l’Etat, la privatisation massive d’hectares d’espaces publics… Face à ce durcissement des politiques mises en place, la résistance s’organise. Athènes, déjà largement bétonné, voit se développer des coopératives, quelques espaces d’agriculture urbaine. Sous le béton la plage résumait l’intertitre d’un article de Libération sur Athènes en 2017. Une formulation derrière laquelle on devine l’écart toujours plus grand entre les projets alternatifs qui croissent dans la capitale et les pouvoirs publics.

Marc met aussi en cause la loi plus récente de modernisation de la loi environnementale. Le 5 mai 2020, 158 députés grecs adoptent cette loi. Le but ? Écourter les délais pour que les entreprises obtiennent un label environnemental. D’ici 2030, le gouvernement compte atteindre 35 % d’énergies renouvelables dans la production totale.

Depuis la veille, des manifestants se regroupent devant le Parlement : “les citoyens éveillés." Les militants écolo dénoncent cette loi qui bien plus que les procédures accélère en fait la destruction des espaces protégés, les espaces “Natura 2000”. Selon Libération, ces territoires de l’Union Européenne consacrés à la protection de la biodiversité représentent 40% de la Grèce. 

Face à la simplification des permis de construire, le développement d’un parc éolien terrestre qui dénature les paysages,  l’opposition est massive. Reporterre parle de “42.000 citoyens signataires d’une pétition, 24 ONG environnementales, et plus de 80 mouvements écologiques.”. Sont également remises en cause les conditions du vote. Les consultations publiques sont alors mises à mal par le confinement du pays. Kostis Grimanis de Greenpeace Grèce explique dans l’article de Reporterre que « Pour répondre durablement au changement climatique, il faut faire participer la société civile aux décisions mais aussi à la production de solutions. » Il semble que les têtes du gouvernement se tournent en fait du côté des investisseurs alors que le pays sort péniblement de sa crise des dettes. Dans un article de The Guardian, Petros Kokkalis, membre du parti de gauche Syriza, conclut que le gouvernement a préféré la confrontation à la coopération. 

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