La Guinée abrite une des mangroves les plus riches d’Afrique de l’Ouest, avec une surface de 2039 km2 et 7 espèces répertoriées selon des données de 2006. Focus sur les menaces et initiatives pour préserver cet écosystème unique.

Production de sel solaire dans la région de Boffa, Guinée
Production de sel solaire dans la région de Boffa, Guinée © Corbis / Pierrot Men

« Quand je suis venu la première fois dans ce village en 2005, la mangrove avait complètement disparu, et il y avait même des inquiétudes de voir le village englouti par l'océan», témoigne Ousmane Touré, directeur du Comptoir Sel Solaire.

Douprou est situé à moins d’1 km de la côte atlantique. Et comme dans de nombreuses autres localités de la région de Boffa, à une centaine de km au nord de la capitale guinéenne Conakry, la salicuture constitue depuis des décennies une source de revenus majeure pour la population. Sauf que la technique de production a longtemps consisté à utiliser le bois de mangrove comme source d’énergie. Un coût à la fois environnemental - la mangrove est un écosystème qui capte bien plus de CO2 que les forêts, protège les côtes, ou abrite une riche biodiversité - et humain. « C’était un travail très pénible. Après avoir coupé les palétuviers, il fallait les faire sécher 4 à 5 mois, puis les transporter sur le lieu de production. Et là, on passait notre temps à activer ou désactiver le feu, pour avoir la température optimale permettant la cristallisation du sel », se souvient Mamadou Bah Soumah, président d’une coopérative de saliculteurs convertis au sel solaire depuis 2010.

Le village de Douprou bordé par les marais salants à un mois de l'entrée  en production du sel solaire
Le village de Douprou bordé par les marais salants à un mois de l'entrée en production du sel solaire / Agnès Faivre

Le Comptoir Sel Solaire est une structure guinéenne créée par le Consortium Charente-Maritime Coopération, la Fédération des organisations paysannes de la Basse Guinée, et l’Association pour le développement agricole de la mangrove. Il appuie à la fois les saliculteurs en les formant à de nouvelles techniques, et favorise la commercialisation du sel qu’ils produisent. 

En 10 ans, à Douprou, le paysage s’est métamorphosé. Les palétuviers ont repoussé, atteignant jusqu’à 4-5 mètres de hauteur. Avec comme source d’énergie les rayons solaires, au lieu du bois, le processus de production du sel solaire préserve la mangrove qui se régénère naturellement. Grâce à un système de bassins reliés par des canaux permettant de contrôler la salinité de l’eau dans les aires de récoltes, et à des bâches noires disposées dans chacune d’elles, la cristallisation se fait « toute seule », par évaporation de la saumure sous l’effet de la ventilation et des rayons solaires. 

Sel solaire cristallisé dans les marais salants de la région de Boffa, Guinée
Sel solaire cristallisé dans les marais salants de la région de Boffa, Guinée / Pierrot Men

« Il faut entre un à deux mois de travaux préparatoires, et la récolte dure entre trois et quatre mois en saison sèche. Une fois les bâches noires posées dans les aires de récolte, on fait en sorte d’avoir un cm d'eau d’épaisseur, ce qui accélère le processus d’évaporation, et à partir de là, on peut obtenir du sel entre deux et trois jours. Selon la salinité de l’eau, on peut avoir 10 à 25 kg de sel pour 100 litre de saumure », détaille Ousmane Touré, qui œuvre à convertir les producteurs de sel « traditionnel » à cette méthode plus protectrice de l’environnement. Actuellement, elle permet de produire environ 400 tonnes de sel solaire par an. 

Une avancée significative depuis 2010, même si le sel solaire de Guinée peine encore à concurrencer "le sel ignigène ou le sel produit en masse par exemple au Sénégal selon des critères moins respectueux de l'environnement", note Clémence Faure, coordinatrice à Boffa de Charente Maritime Coopération. 

Ousmane Touré, directeur du Comptoir Sel Solaire
Ousmane Touré, directeur du Comptoir Sel Solaire / Agnès Faivre
Programmation musicale
  • FONTAINES D.C.Sunny (radio edit)2020