Premier épisode de cette série sur les plastiques en mer. Alors que se développent de nouvelles initiatives contre cette pollution, coup de projecteur sur la dernière expédition en Méditerranée du bateau "7e continent". Les scientifiques ont passé une semaine entre Sète et La Ciotat à la recherche de micro-plastiques.

L'équipage de cette goélette de 28 mètres, ici à quai à La Ciotat, qui entoure le capitaine, Patrick Deixonne (en bas à droite) est toute dédiée à la recherche sur la pollution plastique.
L'équipage de cette goélette de 28 mètres, ici à quai à La Ciotat, qui entoure le capitaine, Patrick Deixonne (en bas à droite) est toute dédiée à la recherche sur la pollution plastique. © Radio France / Célia Quilleret

Après une semaine en mer, la goélette de 28 mètres est de retour à quai, à La Ciotat. L'équipage commence à nettoyer le voilier. Sous un soleil radieux, Jean-François Ghiglione, biologiste, directeur de recherches au CNRS à l'observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer, et sa collègue Alexandra Ter Halle, chimiste, et également directrice de recherches au CNRS, à l'université Paul Sabatier de Toulouse, s'apprêtent à partir sur leur zodiac pour un dernier prélèvement d'eau de surface au large de la Ciotat. Le soleil se couche à peine, les scientifiques attendent une mer d'huile, parfaite pour leurs analyses.  Ils s'intéressent à la surface de la Méditerranée car l'eau y est très concentrée en micro, voire en nano-plastiques.  Ils prélèvent de l'eau grâce à un tamis puis versent le contenu dans leurs flacons, en verre forcément. Ils portent d'ailleurs des blouses en coton pour éviter que des fibres synthétiques ne viennent troubler leurs prélèvements.

"Il faut qu'on prélève l'eau de surface et l'eau juste en dessous pour comparer et voir si on a un enrichissement de plastique à la surface", explique Jean-François Ghiglione. "Nous nous servons d'un tamis expérimental que nous avons créé pour cela, ajoute-t-il, "c'est notre invention", "on va chercher tout ce qui est fibres des vêtements, petits plastiques, qui vont s’accumuler en surface et on va analyser leur composition", précise-t-il.

Les scientifiques Magalie Albignac et Alexandra Ter Halle, chimistes à l'université Paul Sabatier de Toulouse, analysent ici, dans le laboratoire du voilier, les micro-particules de plastique.
Les scientifiques Magalie Albignac et Alexandra Ter Halle, chimistes à l'université Paul Sabatier de Toulouse, analysent ici, dans le laboratoire du voilier, les micro-particules de plastique. © Radio France / Célia Quilleret

Près d'un kilo de plastique par kilomètre carré en Méditerranée

Pendant une semaine, ces chercheurs ont également puisé des plastiques grâce à un filet manta, qui en principe sert à analyser le plancton. Mais aujourd'hui, il y a davantage de plastiques que de plancton dans ce genre de filets. "On a tiré le filet manta une quinzaine de fois", précise Alexandra Ter Halle, "et il y en a systématiquement dedans"."Le premier jour, on a récupéré 16 petits morceaux dans le filet mais aujourd'hui (mardi 15 septembre, NDLR), on en a collecté plus de 50", se désole-t-elle. "Et ils ont tous une histoire et une composition différente". De quoi occuper de nombreuses journées en laboratoire ! "En 2016", ajoute-t-elle, "on a démontré que les plastiques se dégradaient à l'échelle nanométrique, c'est ce qui se passe ici, et sur cette mission, on a échantillonné la surface de la mer, en plusieurs points".

Ce filet manta sert à puiser des micro-plastiques ou du plancton, mais comme le disent les scientifiques, il est devenu plus facile de trouver des dérives de pétrole que des micro-organismes.
Ce filet manta sert à puiser des micro-plastiques ou du plancton, mais comme le disent les scientifiques, il est devenu plus facile de trouver des dérives de pétrole que des micro-organismes. © Radio France / Célia Quilleret

Dans le laboratoire, situé dans le voilier, le flacons sont tous étiquetés, en fonction du lieu où l'eau a été puisée, et des conditions météo du jour. Ces particules microscopiques seront ensuite analysées dans leurs deux laboratoires, à Toulouse et à Banyuls-sur-Mer. Ce qui intéresse Alexandra Ter Halle, c'est la composition de ces tout petits bouts de plastique, encore mystérieuse, après différentes étapes de fragmentation, et les recherches de Jean-François Ghiglione portent, elles, sur les conséquences toxicologiques de la présence de ces plastiques sur les organismes marins. 

Des larves de poissons contaminées

"Une bouteille de plastique va se fragmenter et ensuite ces micro ou ces nano-particules vont avoir des conséquences sur toute la chaîne alimentaire", constate Jean-François Ghiglione. "À la surface, quand l'eau est calme, un écosystème se créée, le phytoplancton est très présent et c'est là que le plastique s'accumule, donc on essaie de comprendre les effets de ces plastiques sur les animaux", ajoute-t-il. Or les poissons à l'état de larves mangent ces plastiques. Ce qui n'est pas sans conséquence. "Dès que les animaux sont très petits, ils sont contaminés", assure le scientifique, plus que jamais déterminé à creuser encore plus ses recherches sur les effets de cette pollution. 

Aujourd'hui, les deux responsables de cette expédition sont repartis dans leurs laboratoires respectifs, les congélateurs remplis de prélèvements.  Leurs résultats doivent être publiés au printemps. Ils espèrent comprendre enfin quels enzymes seraient finalement capables de digérer ces plastiques, car, si c’était le cas, ce serait peut-être une piste pour dépolluer la mer, ou plus modestement nettoyer l’eau qui sort de nos machines à laver et qui est gorgée de fibres plastiques.
 

La goélette "7E CONTINENT" parcourt les mers depuis dix ans pour faire progresser la recherche sur les plastiques.
La goélette "7E CONTINENT" parcourt les mers depuis dix ans pour faire progresser la recherche sur les plastiques. © Radio France / Célia Quilleret
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