La Guinée abrite une des mangroves les plus riches d’Afrique de l’Ouest, avec une surface de 2039 km2 et 7 espèces répertoriées selon des données de 2006. Focus sur les menaces et initiatives pour préserver cet écosystème unique.

Riz de mangrove Bora Malé avant la récolte, Guinée
Riz de mangrove Bora Malé avant la récolte, Guinée © Gret

En Guinée, la riziculture est une des principales cultures vivrières. Elle s’étend sur 67% des superficies cultivables et occupe 37% de la population active selon des données du ministère guinéen de l’Agriculture de 2019. 10 à 15% de la production nationale est cultivée dans les mangroves.

« Je ne me souviens plus depuis quand nos parents cultivent le riz ici, mais ça dépasse une cinquantaine d’années! », assure Sankoumba Fadiga, président de l’Association des usagers des périmètres rizicoles (AUP) de Koundéré. Les AUP regroupent des riziculteurs de mangrove depuis 2012. Celle que préside Sankoumba Fadiga dans le secteur de Mamya-Tougnifily, à environ 2 km de la côte atlantique, se compose de 263 riziculteurs. Leurs parcelles totalisent 108 hectares, au beau milieu des palétuviers et de quelques palmiers.

Si la culture du riz de mangrove est en réalité bien plus ancienne – elle remonterait à 4 siècles selon certaines études – les pratiques culturales se sont transformées récemment, à la faveur de divers projets mis en œuvre par l’Etat guinéen en appui avec l’Agence française de développement (AFD). 

Sankoumba Fadigua, président de l’Association des usagers des périmètres rizicoles (AUP) de Koundéré, Guinée
Sankoumba Fadigua, président de l’Association des usagers des périmètres rizicoles (AUP) de Koundéré, Guinée / Agnès Faivre

« Aujourd’hui, on parvient à cultiver jusqu’à 4 tonne par hectare ! Vu qu’un ménage consomme entre 1 à 2 tonnes de riz par an, ça permet de commercialiser une grande  partie de la récolte, résume Sankoumba Fadiga. Pour atteindre de tels rendements et permettre aux riziculteurs d’être sédentarisés sur une même parcelle sans avoir à s’étendre et à défricher la mangrove, le projet riz Basse Guinée a associé diverses compétences. Celles de chercheurs de l’Institut de recherche agronomique de Guinée (IRAG) ou du Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), mais aussi de la Fédération des organisations paysannes de Basse Guinée et de l’Association pour le développement agricole de la mangrove (ADAM) qui concourent à la formation des riziculteurs à de nouvelles pratiques culturales. 

"On dépense moins, et le rendement est meilleur. Si vous prenez les champs éloignés des mangroves, ils sont pleins de mauvaises herbes. Il faut donc désherber et labourer plusieurs fois. Mais ici, le labour, c’est une seule fois. Car pendant la saison sèche, on fait entrer l’eau de mer qui neutralise toutes les mauvaises herbes. Et en plus, l’eau salée dépose une vase. Et quand les premières pluies arrivent, cette vase se transforme en engrais qui amende la terre pendant toute la campagne agricole. On n’a donc pas besoin d’engrais chimique», poursuit Sankoumba Fadiga.

En saison sèche, avec les marées, les plaines rizicoles sont submergées par l’eau de mer, riches en limons fertiles qui amendent les sols. Puis, ce sel est balayé par l’eau douce en saison des pluies. Un phénomène qui permet de produire un engrais naturel grâce à une gestion minutieuse de l’eau, et à l’installation de tuyaux PVC. « La riziculture de mangrove a plusieurs spécificités. Elle combine de l’eau salée, de l’eau douce, de l’acidité, donc la gestion de toutes ces eaux nécessite une certaine technicités », explique Etienne Tolno, assistant technique du Gret (professionnels du développement solidaire) auprès des producteurs de Basse Guinée.

Le Gret, aux côtés notamment de la Maison guinéenne de l’entrepreneur (MGE), contribue de son côté à commercialiser ce riz de mangrove baptisé Bora Malé.

Riziculture de mangrove, Guinée.
Riziculture de mangrove, Guinée. / Gret