Vous pensez probablement à la mortalité des abeilles domestiques, un sujet fort préoccupant, mais il est bien possible qu'il soit en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt.

Syrphe (pollonisateur)
Syrphe (pollonisateur) © Getty / Jayanta Bordoloi / 500px

J’ai discuté avec Véronique Sarthou, ingénieur agronome, agroécologue et spécialiste des relations entre biodiversité et agriculture. 

Nous allons voir ou plutôt entendre que le sujet est sans doute plus complexe et plus large que la seule activité apicole.

Quand on pense pollinisation, on pense souvent aux abeilles domestiques, mais il y a tout ce qui est abeilles sauvages (plus de 1000 espèces en France). Il y a tout un tas d'autres insectes [...].

Les syrphes, les bourdons, les papillons, toute cette biodiversité au service du végétal, nous voyons bien que c’est par le foisonnement et la disparité de ce petit monde que le Vivant se perpétue.

Notre monde vivant est extrêmement complexe et cette complexité est la condition même de sa résilience. 

Mais ce n’est pas seulement sa nature qui est complexe, c’est aussi son fonctionnement.

Coutones Véronique Sarthou :

En fonction du type d'abeille ou d'insecte qui va faire la pollinisation, on aura des insectes qui vont voler plus tôt dans la journée, plutôt à midi, plutôt dans l'après-midi. En fait on a tout un cortège qui va assurer la pollinisation des fleurs, en fonction de la température, en fonction de la période de l'année, en fonction aussi du type de fleur car toutes les fleurs ne sont pas pollinisées par les mêmes insectes [...]. S'il ne restait que les abeilles domestiques, on ne pourrait pas polliniser la carotte.

Et voilà, pas de mouches, pas de papillons, pas de carotte. Par exemple.

Toutes ces petites bestioles que nous regardons à peine et qui même nous ennuient un peu l’été à l’apéro sur la terrasse sont absolument essentielles pour nous.

Chacune d’entre elles a sa partition dans la grande symphonie du Vivant.

Mais revenons à nos petites « vaches à miel » les abeilles domestiques et interrogeons nous sur les raisons de leur déclin.

On parle beaucoup du déclin des colonies d'abeilles. C'est un déclin multifactoriel, lié à l'utilisation des produits phytosanitaires, au manque de nourriture dans l'environnement des ruches. La façon dont certaines ruches sont élevées s'apparente à de l'élevage intensif : on fait de la sélection de reines, de la sélection d'abeilles. Les abeilles sont plus productives mais de fait elles sont beaucoup plus sensibles à tout ce qui peut les attaquer. Et comme on enlève le miel et qu'on les nourrit en hivers en partie avec du sucre, et bien on affaiblit les ruches [...] et on a des mortalités qui peuvent être importantes.

« Elles produisent beaucoup mais elles sont sensibles à tout ce qui passe ». Ça nous rappelle quelque chose non ?

Alors, gardons notre sens de l’humus et nourrissons nos pollinisateurs avec leur régime préféré : Des fleurs, partout et tout le temps.

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  • Arnaud DaguinAncien chef étoilé, expert en stratégie alimentaire
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