La valeur accordée à l'agriculture serait-elle plus complexe qu’on ne le pense ?

La Valeur, pas l’avaleur de sabre des fêtes foraines ni l’avaleur de couleuvres du ministère de l’écologie non, simplement la Valeur globale issue de notre agriculture.

Quand je dis notre, il faut entendre planétaire bien sûr, nous savons bien aujourd’hui que notre destin d’humains se joue à cette échelle. Pendant des siècles, des millénaires même, la question fondamentale posée à l’agriculture ce fût : « Combien ? » Et oui, on l’a oublié un peu de nos jours mais pendant des siècles et partout sur Terre le problème c’était de produire assez.

Même si nous étions déjà 9 MDs sur Terre nous pourrions tous manger à notre faim. A notre faim, certes, mais pas les mêmes choses qu’aujourd’hui.

Nous savons bien que la faim dans le monde n’est pas un problème de production mais un problème de géopolitique.

Et si l’on veut raisonner froidement là-dessus, il suffit de rappeler qu’aujourd’hui sur Terre il y a plus de gens qui vont mourir de trop et mal manger que de gens qui vont mourir de faim. Si ce n’est pas la quantité, quelle est la valeur agricole ?

Qu'attendons-nous de notre agriculture aujourd’hui ? Que faudrait-il produire, et surtout comment ?

L’agriculture peut se résumer à de la production de biomasse, une production qui, dans un monde idéal, pourrait nourrir d’abord le sol qui la produit, ensuite nous nourrir nous, les humains et nos bêtes et enfin produire de l’énergie et des matériaux.

Ca c’est le « quoi » mais les valeurs de l’agriculture adressent surtout le « comment » et c’est sans doute là-dessus que nous avons le plus de chemin à faire, et peu de temps pour le faire.

Alors les voilà les valeurs de l’agricole aujourd’hui, je vous les livre en vrac, il n’y a pas de hiérarchie là dedans car tout doit être fait en même temps :

  • Le carbone : l’agriculture que nous souhaitons doit capturer et stocker dans les sols le maximum de carbone et ce pour deux raisons, d’abord parcequ’on sait maintenant que c’est le carburant de la fertilité et aussi parcequ’il y en a trop dans l’atmosphère bien sûr.
  • L’eau : nos sols agricoles doivent redevenir poreux, infiltrer et filtrer l’eau et la stocker durablement, pour cela nous devons privilégier les pratiques qui tendent vers ces résultats, le moins possible de travail du sol, des couverts végétaux permanents, un maximum de vers de terre car ce sont eux qui rendent nos sols poreux et résilients
  • La biodiversité : nos pratiques agricoles doivent produire de la biodiversité dans des sols vivants où la vie doit grouiller, la biodiversité démarre dans les sols, ce sont  les champignons et les bactéries du sol qui créent les chaînes trophiques au bout desquelles on peut voir les abeilles, les oiseaux etc…
  • La qualité nutritionnelle : voilà un sujet qui est en train de changer de paradigme. On s’est beaucoup soucié durant des siècles de la qualité sanitaires de nos produits, et à juste titre bien sûr. Maintenant nous devons être capable aussi de connaître la valeur nutritionnelle de ce qui est produit, la densité des nutriments contenus dans nos aliments et leur non-toxicité pour notre santé.
  • Le bonheur à la ferme, en effet comment voudrions nous obtenir tout cela si les gens qui le produisent ne sont pas justement rémunérés pour cela ? Si ils sont prisonniers de systèmes où ils ne maîtrisent rien, si ils sont incapables de se projeter et de transmettre leurs savoir faire et leur économie aux générations suivantes ?

Le carbone, l’eau, la biodiversité, la qualité nutritionnelle et le bonheur à la ferme, voilà donc les valeurs de l’agriculture dont nous avons TOUS besoin. Alors, gardons notre sens de l’humus et si nous travaillons tous ensemble, on va y arriver.

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  • Arnaud DaguinAncien chef étoilé, expert en stratégie alimentaire
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