Les agriculteurs seraient-ils des funambules ? Pas tous, mais il est possible d’affirmer que l’agriculture dans sa globalité peut, en fait, se résumer la plupart du temps à une recherche permanente d’équilibre.

L'agriculture, un numéro d'équilibriste ?
L'agriculture, un numéro d'équilibriste ? © Getty / Mint Images

Cet équilibre que l’on définit, dans le jargon de l’agroécologie contemporaine, comme "agro-sylvo-pastoral". Trois termes, collés ensemble pour nous faire comprendre les interactions infinies entre les plantes que l’on récolte, les arbres qui les aident à pousser et les bêtes que nous élevons.

Nous parlons bien de la "polyculture-élevage" ?

Oui, c’est de ce très ancien modèle d’agriculture dont on parle aujourd'hui. 

Un modèle de moins en moins pratiqué à l’échelle de la ferme car il n’a pas répondu aux exigences de productivité et de compétitivité économique qui étaient celles du XXe siècle.

Cela veut-il dire que l’image de la ferme que l’on a tous en tête, avec ses quelques vaches, sa basse cour, ses champs cultivés, son verger, son potager… serait une image d’Epinal ?

Et oui, même s’il en subsiste encore un peu dans nos campagnes, ce n’est plus le modèle majoritaire depuis bien longtemps

La fameuse "révolution verte" des Trente Glorieuses a profondément changé nos paysages agricoles et leur population.

"C’était mieux avant" ?

Mais non, soyons modernes ! Et justement, en parlant de modernité, regardons un peu ce que nous disent à la fois les scientifiques à la pointe sur ces sujets et les pionniers d’une agro-écologie résolument moderne justement.

Cet équilibre dont nous parlons, entre les récoltes, les arbres et les bêtes ne serait finalement pas incompatible avec la recherche de performances

Ça serait même, au contraire, la piste la plus intéressante aujourd’hui pour obtenir une fertilité pérenne de nos sols agricoles.

Simplement, il faut considérer que les performances que nous demandons à nos agriculteurs aujourd’hui ont changé de nature. Bien sûr, il s’agit toujours pour l’agriculture d’être capable de nourrir les populations avec de bons produits et à un prix accessible. Mais ce n’est plus le seul enjeu, bien d’autres sont venus s’y ajouter. 

Et quels sont-ils ces nouveaux enjeux de l’agriculture ?

Et bien nous comprenons maintenant qu’il lui faut aussi capturer et stocker un maximum de carbone dans l’air pour restituer aux sols de la matière organique en quantité. Car ce carbone est le carburant premier de la fertilité et avouez que ça tombe bien, il y en a un peu trop dans l’atmosphère en ce moment. 

C’est une des pistes les plus pertinentes pour lutter contre le réchauffement climatique.

Il faut aussi que l’agriculture structure des sols capables d’infiltrer, de filtrer et de stocker un maximum d’eau. En faire de véritables éponges, en vue d’obtenir la résilience nécessaire face aux aléas climatiques de plus en plus aigus. 

Il nous faut également une agriculture qui produise le plus possible de biodiversité, en commençant dans les sols eux-mêmes bien entendu. Vous le savez maintenant, depuis le temps que je vous bassine avec ça, la biodiversité ça se produit !  Ce sont d’abord les microbes du sol qui démarrent toutes les chaînes trophiques qui nous permettent de voir des insectes et des oiseaux dans le ciel.  Et ça, c’est aussi le résultat de pratiques agricoles.

La tâche paraît immense

Certes, et n’oublions pas, tant qu’à y être, que tout cela doit se faire en sculptant de beaux paysages afin de garder l’attractivité touristique légendaire de notre beau pays. 

Je vous rappelle au passage que le tourisme pèse un poids considérable dans notre économie.

Cerise sur cet énorme gâteau, il est entendu que cette agriculture doit permettre à ses acteurs de vivre correctement, dans de bonnes conditions de travail et de se projeter sereinement quant à la transmission de leurs savoir-faire et de leur économie.

Et vous pensez que tout cela est possible ?

C’est en tous cas souhaitable, car, mine de rien, je viens de vous lister les conditions de notre survie à tous sur cette planète. 

Et il semble bien que si nous souhaitons l’avènement d’une telle agriculture, c’est en creusant la piste de cet équilibre rêvé entre les cultures, les arbres, les bêtes… et nous bien sûr que nous avons quelques chances de l’obtenir.

Alors, gardons notre sens de l’humus et…. Restons en équilibre.

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  • OMAR SOULEYMANShi tridin (radio edit)2019
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  • Arnaud DaguinAncien chef étoilé, expert en stratégie alimentaire
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