C’est une démarche particulière que nous allons aborder aujourd’hui, un travail entrepris il y a plus de vingt ans qui n’avait pas comme objectif premier l’agriculture bio mais qui y a conduit de façon « naturelle ».

L’agriculture biologique en tant que résultat
L’agriculture biologique en tant que résultat © Getty / Hinterhaus Productions

Il semble bien, au vu de l’exemple que nous allons aborder, que l’agriculture bio puisse être une conséquence, le résultat d’un travail qui, au départ a été motivé par de toutes autres raisons que le simple refus de la chimie de synthèse. Et cette agriculture biologique a été pensée bien avant la définition du label AB.

Dès les années 1930, un peu partout en Europe, on a vu poindre, de façon marginale certes, le refus des pratiques modernes et industrielles en agriculture. 

Il a fallu attendre 1980 pour que la France, par sa loi d’orientation agricole, reconnaisse officiellement l’existence de cette agriculture sans intrant chimique de synthèse et que naisse un label basé sur un cahier des charges précis et certifiable.

Le marché des produits biologiques étant en croissance quasi-exponentielle, ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui les agriculteurs qui décident de se convertir à ces pratiques.

Et pas seulement en France, la Russie et bien d’autres pays de l’Est sont en pleine conversion. D’ailleurs cela risque d’impacter fortement à la baisse les prix des produits bio mais ceci est une autre histoire.

Revenons à nos moutons, ou plutôt à notre exemple. Il s’agit de François Coutant, agriculteur en polyculture-élevage sur une centaine d’hectares à côté de Marciac dans le beau département du Gers.

En 1994, François Coutant est désespéré, ses sols foutent le camp, l’érosion guette. Chaque fois qu’il laboure et qu’il pleut, il voit partir au ruisseau son capital premier : la matière organique du sol.

Il décide donc d’arrêter de labourer et de garder ses sols couverts de végétaux en permanence, mais pour cela, il lui faut apprendre à désherber sans retourner le sol, il se sert donc à l’époque de la chimie disponible, notamment du désormais célèbre glyphosate. 

Il fait ce que l’on appelle du semis direct.

Mais petit à petit il réalise aussi qu’en optimisant la Vie biologique au sein de ses parcelles il devient de moins en moins dépendant des engrais chimiques. 

En effet, ce sont ces fameux couverts, surtout les légumineuses qui apportent à ses sols l’azote captée dans l’atmosphère et le fumier de ses quelques brebis fait le complément au besoin.

Il réalise aussi qu’en arrêtant de labourer il rend ses sols de plus en plus aptes à infiltrer et stocker de l’eau grâce, notamment au boulot inlassable de ses nouveaux amis les vers de terre dont la population a considérablement augmenté depuis qu’il ne laboure plus. 

Là où ça devient passionnant c’est quand il commence à connaître de mieux en mieux les plantes qu’il fait pousser entre deux récoltes et qu’il peut même se passer de chimie pour les contrôler ou les détruire avant de semer dedans.

Bye bye donc le glypho…

Tout ça en obtenant de bons rendements, mais aussi en baissant ses coûts de production, moins de passages de tracteur, moins de gas oil, moins d’intrants chimiques égalent autant d’économies substantielles.

Comme c’est un garçon curieux et intelligent, il ne cesse de parfaire la connaissance de son écosystème en gardant en permanence à l’esprit les objectifs qu’il vise et qui contribuent à amener ses terres vers l’autofertilité.

Ces objectifs, ce sont ceux dont nous parlons ici depuis le début du « sens de l’humus » : le carbone, l’eau, la biodiversité, la qualité nutritionnelle et bien sûr, cerise sur le gâteau, le bonheur à la ferme.

C’est en œuvrant à atteindre ces buts que François s’est retrouvé ipso facto en agriculture bio.

On peut dire que la certification bio fut un effet collatéral positif de son travail sur le vivant. 

Et il est grand temps que tous les acteurs du monde agricole et alimentaire les prennent enfin en compte.

Car c’est en les visant tous et d’où que l’on soit que nous avons une chance d’obtenir cette agriculture rêvée qui nous permette de bien nourrir tout le monde et au bon prix.

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  • Arnaud DaguinAncien chef étoilé, expert en stratégie alimentaire
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