La terre aurait-elle besoin d’être soignée ?

Soigner la Terre, les animaux et les humains
Soigner la Terre, les animaux et les humains © Getty / tanebeau

C’est le Soin en général mon cher Eric que nous abordons aujourd’hui. Le « care » comme on dit chez les anglo-saxons.

Ce n’est pas seulement dans son sens thérapeutique que nous entendons ce mot mais dans un sens plus général, celui de l’attention et de la bienveillance que l’on porte aux gens, aux êtres vivants et même aux choses apparemment inanimées.

Je dis apparemment car, bien sûr, la science nous dit bien que tout est vivant, y compris le monde minéral par exemple.

D’ailleurs nous y reviendrons un de ces jours, si vous le voulez bien.

Le soin, de quoi s’agit-il en matière agricole ?

Et bien quoi de mieux que de le demander à quelqu’un dont c’est le métier de tous les jours ?

Quelqu’une en l’occurrence puisqu’il s’agit de Sarah Singla, jeune agricultrice pratiquant ce que l’on appelle l’« agriculture de conservation des sols » ou bien « agriculture de régénération ».

Ces deux termes, vous en conviendrez, en disent long sur ce qui a pu se passer au niveau de nos sols agricoles depuis ces dernières décennies, mais il me faut vous dire que chez Sarah, en Aveyron, ce choix de la conservation des sols a été fait par son père et il y a plus de quarante ans. 

Elle est donc assez bien placée pour nous dire en quoi cela consiste.

Le soin apporté au sol ça va être de s'occuper du sol, d'être attentionné et de faire en sorte qu'il donne son maximum, qu'on puisse utiliser tout son potentiel. Et ce afin de faire pousser des plantes qui sont en bonne santé, avoir des zones en bonne santé, et des animaux aussi qui sont en bonne santé [...].

« S’inspirer du Vivant plutôt que vouloir lui imposer nos modèles », ce genre de discours, qui commence à poindre un peu partout en agriculture et un peu partout dans le monde, serait-il la clef de voûte d’une agriculture idéale ? 

Mais, quand on soigne, on a besoin de médicaments, l’utilisation de la chimie est-elle systématique dans cette agriculture de conservation ?

L'utilisation systématique de chimie, je dirais non, car on l'utilise si on en a besoin. Quant on parle de soigner le sol, soigner les plantes, c'est plutôt dans un objectif de protection. [...] Moi en tant qu'agricultrice, si jamais demain je vois mes plantes qui sont malades, je vais venir les soigner. [...] On utlisera alors [la chimie] si besoin ; et ce n'est pas nécessairement systématique.

Et oui, seulement si c’est nécessaire et le but du jeu si l’on comprend bien, c’est de faire en sorte que cela soit de moins en moins le cas. 

Le soin en agriculture serait il plus préventif que curatif ?

Sans doute que oui.

Mais n’oublions pas que l’agriculture consiste quand même à faire pousser ce dont nous avons besoin, nous les humains, et qui n’est pas forcément ce que la Nature ferait pousser spontanément, Sarah nous le rappelle au passage.

Depuis qu'on est passé de chasseur-cueilleur à agriculteur, tous les matins nous nous levons pour installer une culture dans le milieu dans lequel elle ne naît pas. Et  la nature tous les matins va chercher à installer la forêt primaire. Donc si en tant que producteur nous n'enlevons pas cette forêt primaire, elle va entrer en concurrence avec le blé ou les autres culture que nous cherchons à faire pousser.

Et oui, nous ne sommes plus des chasseurs cueilleurs et il faut nourrir tout le monde. 

Comment le faire sans attenter à la capacité même de production ?

Avec ou sans chimie du pétrole, tous les endroits historiquement agricoles sont devenus des déserts.

Bien sûr, ça ne se passe pas en une ou deux générations et donc nous n’en n’avons pas conscience en temps réel mais il semble bien que, depuis le début, nos agricultures détruisent les sols, les érodent, et, depuis deux siècles, les polluent. 

On voit bien ici la contradiction, le paradoxe majeur dans lequel nous sommes depuis le néolithique et la seule question qui vaille aujourd’hui : « Comment prendre soin de nos milieux vivants tout en produisant ce dont nous avons besoin ? »

Il semble bien que les bonnes pistes de réponses se trouvent chez ceux qui, comme Sarah et bien d’autres, qu’ils soient en agriculture biologique ou régénérative, s’occupent d’abord de soigner le Vivant.

Alors gardons notre sens de l’humus et prenons soin du Vivant

L'équipe
  • Arnaud DaguinAncien chef étoilé, expert en stratégie alimentaire
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