Pokemon Go, réseaux sociaux... Quel rapport entretenons-nous avec le virtuel dans nos sociétés qui se numérisent ?

Pokemon Go, réseaux sociaux... Quel rapport entretenons-nous avec le virtuel dans nos sociétés qui se numérisent ?
Pokemon Go, réseaux sociaux... Quel rapport entretenons-nous avec le virtuel dans nos sociétés qui se numérisent ? © Reuters / Mark Kauzlarich

En quelques années, le virtuel a fait une entrée fracassante dans notre quotidien. Il est présent dans la grande majorité des foyers français puisque 99% sont équipés d’une télévision. Et on lui consacre beaucoup de temps : les 12-17 ans passent en moyenne 4h30 par jour devant un écran. Le numérique pénètre nos vies et chamboule nos relations sociales. Alors que le phénomène Pokémon Go suscite l’intérêt des uns et le dégoût des autres, que faut-il penser de la vitesse à laquelle la société connectée déconstruit nos liens habituels ? Dans son dernier ouvrage, le philosophe Bernard Stiegler s’en effraie. Il se demande comment ne pas devenir fou, quand le virtuel nous extirpe de la réalité du quotidien.

Lorsque l’on sait que Steve Jobs lui-même limitait l’usage des smartphones, tablettes et ordinateurs à ses enfants, il y a de quoi se poser des questions. Passer du temps devant les écrans n’est pas sans risque. Les films et les jeux vidéos contiennent des images de plus en plus violentes. S’exposer à celles-ci augmente la prédisposition à commettre des actions violentes en société. C’est ce que confirment plus de 3 000 études à ce sujet.

La culture Net menace aussi nos capacités de réflexion. Le développement de la « pensée zapping », la lecture « en diagonale » et le gavage d’information modifient la manière dont notre cerveau se concentre. Les réponses sont immédiates et internet agit comme une « captation de l’attention profonde » selon Bernard Stiegler.

Autre risque de l’entrée en masse du numérique : l’effacement des limites entre temps de travail, temps de repos et temps de distraction. Le sociologue Antonio Casilli a créé la notion de « digital labor » selon laquelle nous travaillons sur les plateformes numériques sans même le soupçonner. Lorsque l’on partage une information sur internet, lorsque l’on cherche un contenu sur Google, lorsque l’on « like » sur Facebook, ou lorsque l’on "retweet " sur Twitter, on produit « un contenu doté d’une valeur intrinsèque qui est captée par les plateformes numériques, et qui leur profite » expliquait Casilli dans une interview à Libération. Nous sommes donc tous créateurs de richesse lors de notre navigation quotidienne sur le web. Le sociologue propose ainsi de taxer les entreprises du numérique, ce qui pourrait financer un revenu universel.

Le virtuel a aussi des effets positifs. La psychologue Vanessa Lalo démontre qu’un jeu comme Pokemon Go a des bienfaits non-négligeables sur les relations sociales. Il y a un réel plaisir à se retrouver ensemble. On pourrait penser que les jeux virtuels nous enferment à la maison ; mais cette application nous fait investir la rue. Elle permet aussi de se fixer des objectifs au quotidien, dans un contexte économique brumeux. Une « thérapie du virtuel » émerge même dans les hôpitaux, avec un avenir prometteur.

Alors, l’ère digitale, danger ou aubaine ? Quel est le rapport de notre société au virtuel ? A-t-on créé une fausse dichotomie entre réel et virtuel ? Faut-il limiter ou valoriser l’usage des ordinateurs et tablettes dans les salles de classe ? Quelle politique du numérique faut-il développer ? Dans quel sens la puissance publique doit-elle intervenir ? Et faut-il qu’elle intervienne ?

Vos questions et réactions dès 18h au 01 45 24 70 00 et dès maintenant sur le site de l'émission et les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, #telsonne

Invités :

Antonio A. Casilli - Sociologue, maître de conférences en humanités numériques à Telecom ParisTech et chercheur au Centre Edgar-Morin de l’EHESS

Vanessa Lalo - Psychologue clinicienne, spécialiste des usages numériques

Bernard Stiegler - Philosophe, auteur de « Dans la Disruption, comment ne pas devenir fou ? » [Les Liens qui libèrent / Mai 2016] (par téléphone)

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