Dans une tribune au "Monde", des médecins alertent sur les graves troubles du comportement et de l’attention qu’ils observent de plus en plus chez les tous petits.

Omniprésence des écrans, quelles conséquences sur le développement de l'enfant ?
Omniprésence des écrans, quelles conséquences sur le développement de l'enfant ? © Getty / Rebecca Nelson

Si vous êtes fumeur vous avez forcément vu cette image au dos de votre paquet de cigarettes : un bébé "clope aux lèvres". À quand la même image mais avec un smartphone ou une tablette ?

La question a lieu d'être car les dangers de la surexposition des jeunes enfants aux écrans sont bien réels et de mieux en mieux connus. Des enfants qui à trois ans ne recherchent plus les autres, passant de l'apathie à la surexcitation. Retard de langage et de développement, troubles de l'attention, du sommeil... La liste est longue.

Une semaine sans écran

Un auditrice, Véronique, témoigne au téléphone. Elle est institutrice avec des enfants en maternelle :

À la moindre occasion, quand il faut attendre, les enfants ont soit le téléphone soit la tablette. [...] Les écrans hypnotisent. Du coup les enfants parlent moins ; ça leur boycotte en quelque sorte la parole qu'ils pourraient avoir avec leurs parents.

"On constate tous les jours l'effet addictif des écrans" souligne Anne-Lise Ducanda "Si l'enfant en fait une demi-heure puis va jouer aux petits soldats il n'y a pas de problème... Mais l'enfant délaisse ses jouets, même s'il a des jouets super-adaptés pour son âge : ce qu'il veut c'est les écrans. Il pleure, il hurle, il casse tout."

Ça a l'effet d'une drogue, c'est impressionnant.

Elle dit aussi : "L'écran, c'est l'outil que les parents ont trouvé pour calmer l'enfant, l'occuper. C'est important d'apprendre aux enfants à attendre, s'ennuyer."

Les écrans, un outil pour calmer et occuper les enfants
Les écrans, un outil pour calmer et occuper les enfants © Getty / Eric Audras

Ecrans et troubles de l'attention

Anne-Lise Ducanda : "On a des enfants qui en 5 minutes retournent un bureau. Ils touchent à tout, prennent tout, jettent tout. Ils sont très agités".

Carole Vanhoutte est elle aussi médecin en PMI ; elle évoque les cas, rencontrés en cabinets d'orthophonie, d'enfants devant les écrans de 6 à 7 heures d'exposition par jour, et ce parfois dès la naissance.

Est-ce vraiment trop ? Oui, car même si les estimations varient selon les pays, les académies américaine et canadienne estiment par exemple que le temps d'exposition (même passif, avec la télé allumée dans le salon par exemple) est d'une heure par jour, au maximum deux heures.

De l'importance du jeu pour le développement de l'enfant

Carole Vanhoutte : "Quand on demande aux parents, soit de diminuer, soit de supprimer complètement les écrans, on s'aperçoit que l'enfant redémarre. Le simple fait d'arrêter les écrans permet aux familles de repartir en interaction ; c'est un argument de poids qu'il faut faire passer aux familles."

Retard de langage

L'ensemble des connexions des neurones se fait entre 0 et 3 ans. Carole Vanhoutte explique que "plus l'enfant va être sollicité, plus l'enfant va être en interaction - avec les parents, les autres, mais aussi les objets". Elle rappelle l'importance de la symbolique des objets, déterminante pour la construction de l'enfant.

Le jeu est fondamental parce qu'il permet à toutes ces interactions-là de se faire. Les écrans détournent l'enfant et notamment le regard de l'enfant. Pour être vraiment dans le langage, il faut un parent attentionné, avec qui l'enfant parle de la même chose, montre la même chose... Ça se joue dès la maternité.

Trouble du spectre autistique

Il y a une augmentation exponentielle d'enfants qui sont diagnostiqués comme appartenant au trouble du spectre autistique (difficulté de communication, regard fixe...). Ils sont envoyés dans des centres, mais une fois qu'on diminue leur accès aux écrans, rapidement, les enfants ne présentent plus ces troubles.

Les "mains-papillons"

Anne-Lise Ducanda rapporte aussi à l'antenne le témoignage d'une enseignante, qui a constaté depuis quelques années ce qu'elle appelle des "mains papillons" : une grande partie de ses élèves n'arrivent pas à fermer leurs doigts, ni à se servir d'un crayon, ni à laisser une trace sur le papier parce que leurs mains sont comme des petits papillons sans force. Parce que pour utiliser la tablette, il est nécessaire d'ouvrir la main et de frôler l'écran... Donc les enfants savent faire ces gestes mais plus refermer leurs doigts sur un objet.

Comment expliquer l'absence de campagnes de préventions ?

Marie a deux enfants, elle témoigne au téléphone : "On ne voit pas d'affiche de prévention, comme sur d'autres risques" comme le danger des fenêtres, les accidents domestiques, l'heure du coucher...

Les professionnels de la santé petite enfance tentent de se faire entendre - mais pour l'instant sans succès - auprès de l'ordre des Médecins ou de la Haute Autorité de Santé... Il y a très peu en effet de messages des services publics alertant les parents sur les méfaits des écrans sur les jeunes enfants.

Néanmoins, il existe bien des campagnes, même si elles ne sont pas assez présentes : celles des 3-6-9-12 de Serge Tisseron, ou encore celle des 4 "pas" de la psychologue Sabine Duflo.

► LIRE AUSSI | Précisions sur les règles des 3-6-9-12 ou des 4 "pas" ?

Sanctuariser l'école maternelle sans écrans ?

Anne-Lise Ducanda rappelle un article du New York Times de 2014 (A Silicon Valley School That Doesn't Compute) :

Tous les cadres des sociétés high-tech de la Silicon Valley (Google, Youtube, Apple, Facebook, HP...) payent des fortunes (jusqu'à 18000€/an) pour mettre leurs enfants dans des écoles complètement dépourvues d'écrans et d'ordinateur !

En France, pourtant, en France, le gouvernement demande que le numérique rentre dans les programmes dès trois ans. Et dans les programmes, il est écrit que l'enfant doit savoir utiliser l'ordinateur, la tablette et la souris.

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