Les échanges entre journalistes et politiques ont souvent été difficiles: mais la nouvelle ère numérique permet désormais aux leaders de contourner les grands médias.

Emmanuel Macron (à son arrivée à l'usine Whirlpool d'Amiens, le 26 avril 2017, en pleine campagne électorale pour la présidence de la République
Emmanuel Macron (à son arrivée à l'usine Whirlpool d'Amiens, le 26 avril 2017, en pleine campagne électorale pour la présidence de la République © AFP / MEHDI TAAMALLAH / NURPHOTO

Les premiers mois du mandat présidentiel ont été l'occasion de constater la méfiance qu'entretient l'Elysée vis-à-vis des médias traditionnels. L'exemple des journalistes accrédités lors des déplacements d'Emmanuel Macron directement désignés par son staff ne constitue pas un simple fait isolé. La volonté déclarée du Président de rendre "sa parole rare" a acté une certaine distance à l'égard des médias. Celle ci s'est encore accentuée maintenant que l'on connait sa volonté de lancer son propre média, son propre organe. Et le choix de passer par les réseaux sociaux pour diffuser en direct son déplacement début août dans un centre de vacances des Yvelines est désormais caractéristique de cette nouvelle donne.

C'est qu'avec le boom d'Internet et des nouveaux moyens de communication, les hommes politiques peuvent désormais s'émanciper des médias traditionnels pour diffuser leur message. La suppression de l'interview du 14 juillet, la salle de presse de l'Elysée déménagée à l’extérieur : les sujets qui semblent opposer le gouvernement et les journalistes ne manquent pas.

"A l’Elysée, on fait valoir que la « pensée complexe » du président se prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes." Le Monde.

Réseaux sociaux et plateformes interactives

À chacun de ses déplacements, Emmanuel Macron est accompagné d' (au moins) un membre de son équipe qui est chargé, armé de son smartphone, de filmer en live les interventions du Président. Le tout avec la bienveillance d'une partie des commentateurs qui préfèrent vanter la communication aux petits oignons de l'Elysée, plutôt que de se risquer à une analyse de fond.

Mais le Président de la République n'est pas l'instigateur du basculement de la communication politique dans l'ère du numérique. Son équipe s'est largement inspirée des campagnes de Barack Obama en 2008, de Bernie Sanders, de Podemos ou encore de Ciudadanos en Espagne. Elle s'est appuyé sur le logiciel 50+1 déjà utilisé par les équipes de François Hollande en 2012.

Benoit Hamon a depuis suivi l'exemple Macronien puisqu'il a, à son tour, décidé de mettre en place une plateforme numérique pour la création de son nouveau mouvement et la communication entre les différents comités locaux du M1717. Il n'est pas le seul à chercher d'avantages de visibilités sur la toile. C'est via sa chaîne Youtube que Jean-Luc Mélenchon communique peut-être le plus. Les vidéos du leader de la France Insoumise comptabilisent environ cinquante mille vues en moyenne. Lui qui avait déjà montré son goût pour la technologie avec l'épisode du discours par hologramme . Marine Le Pen et Florian Philippot sont également passés par la plateforme vidéo.

Le bâtisseur de Nation

Certains ont même fait des différences de maîtrises des nouveaux outils de communication l'une des raisons de l'échec des partis traditionnels aux dernières élections présidentielles : les équipes de François Fillon et celles de Benoit Hamon ayant accusé un retard notable en la matière sur celles de leurs concurrents. En règle générale, les mouvements politiques créent leur plateforme, les uns après les autres. Ils développent ainsi un nouveau moyen de communiquer en direct avec les militants et les sympathisants, mais aussi un système permettant de tester de nouvelles propositions en faisant remonter des réactions avec une efficacité incontestable.

Parmi les outils utilisés, de nombreux softwares sont maintenant disponibles, à l'image de Nation Builder, l'un des mastodontes du secteur. Cette plateforme "tout en un" permet de gérer une base de données importantes (militants, contacts), ainsi que le site web du parti. Un logiciel de big data simplifie grandement le travail des militants et leur mobilisation. "Aujourd'hui, nous apprend Libération, en dehors de Mélenchon, l'outil a surtout les faveurs des personnalités de droite. Ainsi, Fillon, Juppé, NKM et Le Maire ont opté pour Nation Builder". Nul doute qu'à gauche des outils concurrents, mais similaires, sont employés. C'est l'avènement de la "démocratie participative".

L'application s'est également dotée d'autres fonctionnalités : générateur de formulaires, automatisation des appels téléphoniques, appli pour le porte-à-porte....

Dans le Téléphone Sonne, de 19h20 à 20h, posez vos questions ou réagissez sur la communication numérique en politique en appelant le standard de l'émission au 01 45 24 7000, ou intervenez sur les réseaux sociaux #telsonne.

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