Les commerces dits non-essentiels ont baissé le rideau depuis quinze jours et les dernières prises de parole gouvernementales laissent à penser que cela va continuer. Comment maintenir une activité, même réduite ? Comment garder le contact avec les clients ? Les petits commerçants s'organisent comme ils le peuvent.

Commerce fermé à Paris
Commerce fermé à Paris © AFP / Antoine Wdo / Hans Lucas / Hans Lucas

Le couperet est tombé avant même le conseil de défense demain. On ne s'achemine pas vers une réouverture même partielle des commerces dits non essentiels. Les autorités l'ont laissé entendre. Il est trop tôt.

Si certains commerçants ont le couteau sous la gorge, ils se démènent pour survivre en attendant un possible bout du tunnel le premier décembre.

En attendant, comment fait-on ? Comment faites-vous ? Comment gardez vous le contact avec vos clients ? Comment gardez vous le contact avec vos commerçants ? Le Click And Collect, on s'y habitue. Mais que vous manque-t-il pour être plus performant ? Quels sont les méthodes que vous avez pu mettre en place pour continuer à vendre ? Même si ça ne remplacera pas une vraie ouverture, toutes les idées, les astuces, les inventions, sont bonnes à prendre, elles peuvent aider les autres. C'est le moment de venir les partager.

Le Click and Collect est-il une solution viable ?

Christian est caviste à La Rochelle, il est le premier auditeur à appeler le Téléphone sonne. Sa proposition est simple : "la prise en charge, d'une manière ou d'une autre, des frais d'expédition de ce que nous vendons sur Internet, ce qui aurait le mérite de nous mettre ou en tout cas de limer l'avantage des grandes plateformes comme Amazon, vis-à-vis de petits intervenants comme nous. Prendre en charge les frais d'expédition de manière simple sur présentation des factures que nous fait La Poste contribuerait grandement à nous aider à vendre sur Internet et donc à nous maintenir la tête hors de l'eau".

Christian évoque cette proposition à l'aune des frais qu'il dépense lui-même pour expédier ses colis (de 10 euros pour une expédition en France à 100 euros pour une expédition dans le monde). Mais il précise qu'il est considéré comme un commerce alimentaire, il peut donc rester ouvert. Mais malheureusement, il n'y a personne dans les rues, comme il l'affirme : "on voit 10% des clients habituels". 

Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des Indépendants : "Le sujet est intéressant mais c'est le voile digital qui cache le mur de dettes de certains commerçants aujourd'hui. Et malheureusement, ce n'est pas le sujet : après enquête du SDI (Syndicat des Indépendants), on se rend compte que le e-commerce, donc le Click and Collect, c'est 25% des TPE aujourd'hui. Les TPE n'ont pas attendues le gouvernement pour s'y mettre, mais cela ne représente que 10% de leur chiffre d'affaires. Quand vous voyez les dettes qu'elles doivent assumer, on est très, très, très loin du compte. Et les dispositifs que Bruno Le Maire a annoncé en début de semaine, malheureusement, n'arriveront pas à rétablir une situation". 

Je vous dirais que la solution aujourd'hui que nous aimerions voir mise en place, c'est une réouverture des commerces de proximité et de manière assez urgente. 

Mais le Click and Collect peut-il vraiment sauver les entreprises ? Marc Sanchez est plus que dubitatif et revient sur le dispositif mis en place par Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, qui consiste en un versement de 500 € pour les entreprises pour la mise en place d'un site Internet pour du e-commerce. Mais déjà, "il y a une problématique, c'est que le dispositif sera activé à partir de janvier, notamment la délivrance des sommes. Ce qui veut dire qu'en attendant, il va falloir effectivement encore faire une avance de trésorerie pour monter ça". Mais monter un site et créer une émulation autour avec les réseaux sociaux n'est pas si simple et ne peut pas être fait dans un temps limité. 

Marc Lolivier, délégué général de la Fevad (Fédération de l'e-commerce et de la vente à distance) rejoint Marc Sanchez sur cette question mais précise : "Pour le moral, il faut que les commerçants puissent maintenir une activité. Ce sont des gens qui sont passionnés, on ne peut pas leur dire juste 'attendez des aides'". Marc Lolivier revient sur ce que disait Christian, notre auditeur : "Aujourd'hui, il y a une différence par rapport au premier confinement, c'est que le retrait en Click and Collect existe dans les autorisations de déplacement. C'est quelque chose qui a été demandé par les commerçants".

Internet, c'est une espèce de boîte à outils qui offre plein de possibilités, mais il faut accompagner les commerçants.

Que dire des plateformes collaboratives ?

Il existe également des plateformes de commerces plus locales, comme la plateforme Teekers, fondée par Jean-Georges Tonon, qui appelle le Téléphone sonne pour évoquer la période : "Tous les indicateurs sont en hausse constante". La plateforme a récupéré jusqu'à 200 commerçants depuis le confinement, et une augmentation des commandes, dans la région de Besançon. Teekers rassemble "les commerçants, les acteurs de la proximité qui ont aujourd'hui le droit de continuer à exister, à exercer leur activité, mais également les consommateurs, les utilisateurs de ce type de solution. Aujourd'hui, c'est le seul moyen d'être en contact avec les acteurs de proximité auxquels ils sont attachés. Mais il faut que les acteurs de proximité aujourd'hui soient au même niveau que ce que le consommateur a l'habitude en terme d'usage".

Comme l'avait souligné Marc Sanchez, la question des grandes plateformes est prégnante et importante en ce période de crise et les petits commerçants et petites plateformes s'interrogent tout autant que les consommateurs : "Mais effectivement, entre l'intention et l'action, on se rend compte quand même qu'il y a parfois un décalage important".

Il suffit de regarder les chiffres annoncés ou officieux sur la fréquentation des grandes plateformes pour se rendre compte qu'il y a une forme de schizophrénie.

L'adresse directe aux consommateurs est très primordiale pour le fondateur de Teekers : "on a une volonté d'accompagner les commerçants, mais aussi d'aller chercher le consommateur pour lui dire 'si tu as cette intention, tu trouves à travers notre solution une diversité de produits, une fluidité de fonctionnement, une richesse de services'".

Christelle est une auditrice, elle est propriétaire d'un concept store, près de Lyon, et elle revient sur ce système de Click and Collect, qu'elle a mis en place pour sa boutique le lendemain des annonces du président de la République. Mais ce n'est pas si simple, c'est même très compliqué : "On n'est pas structuré pour le Click and Collect, on n'est pas organisé pour. Aujourd'hui, je n'ai pas de site Internet et c'est trop tard pour en faire un, et je n'en ai pas les moyens. Cela fait sept ans que je fonctionne avec les réseaux sociaux, ce n'est pas un souci. Mais aujourd'hui, c'est devenu une corvée, plus un plaisir". Le temps passé à prendre des photos et mettre en ligne des articles, à répondre aux questions des clients n'est pas rentable par rapport à la vente de ces mêmes articles, nous explique Christelle. "Mais j'insiste : si le 1er décembre, les commerces ne peuvent pas rouvrir, on va à la faillite : c'est 40 à 50% de notre chiffre d'affaires annuel qui s'en va. Et nous n'avons pas récupéré les pertes du premier confinement". 

Si au mois de décembre, on ne peut pas rouvrir, à la fin de l'année, on met tous la clé sous la porte.

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  • Marc SanchezSecrétaire général du syndicat des Indépendants
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