Le lancement de la 5G devrait arriver en France d’ici fin 2020. Cette nouvelle génération de réseau, qui pourrait permettre de multiplier par 10 le débit de l’actuel 4G, suscite de nombreuses craintes auprès des scientifiques comme des usagers.

Toutes vos questions sur la 5G
Toutes vos questions sur la 5G © AFP / AKUB PORZYCKI / NURPHOTO

Après de nombreux pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne ou encore les Etats Unis, la Chine et la Corée du Sud, la France s’apprête à accueillir la 5G sur son territoire. 

La promesse portée par l’arrivée de cette nouvelle technologie ? Un service mobile bien plus rapide et efficace que l’actuel. Le débit et la réactivité des services pourraient être démultipliés pour répondre de manière plus efficace à l’accroissement et la diversification des usages. La qualité des médias téléchargés et la quantité des données s’en trouveraient augmentées sans pour autant entraîner un encombrement des réseaux. 

Ses avantages ne s’arrêteraient d’ailleurs pas à une simple amélioration du réseau téléphonique. Des innovations médicales avec par exemple l’arrivée de la télémédecine pourraient voir le jour grâce à la 5G. Les services de transports jouiraient aussi des capacités du nouveau réseau et la régulation du trafic de véhicules pourrait connaitre une nette amélioration. 

Son déploiement provoque pourtant de nombreuses inquiétudes, notamment au niveau de la santé et de l’environnement. 

Les risques de fracture numérique et d’une sollicitation de données mobiles, qui entraînerait une forte consommation d’énergie et donc un impact négatif sur l’environnement, tourmentent les experts. Selon certains savants, la 5G pourrait aussi avoir des effets néfastes sur la santé : apparition de cancers, dommages génétiques et neurologiques … 

De nombreux écologistes se disent ainsi opposés à son lancement et déjà plus de 200 scientifiques ont demandé un moratoire sur la question. 

Les débats autour de la nécessité de cette installation, d’une possible hypernumérisation de nos vies personnelles et de l’exploitation des données numériques ne cessent par ailleurs de foisonner dans les médias et sur les réseaux sociaux. 

Et vous, qu’en pensez-vous ? 

Le passage à la 5G est-il indispensable ? 

Représente-t-il une aubaine ou une dérive technologique ? 

Peut-on conjuguer technologie, santé et écologie ? 

Ci-dessous, extraits de l'émission

Est-ce que la 5G va augmenter la consommation d'électricité ?

Hervé Le Bars : "Comme dans le cas de beaucoup de technologies, lorsqu'une nouvelle génération arrive, elle est plus sobre en énergie pour un même service, c'est-à-dire que pour le même service elle va permettre d'utiliser moins d'électricité. C'est comme une voiture : les voitures ont tendance, au fil des améliorations techniques, à consommer moins pour chaque kilomètre parcouru. En revanche, c'est sûr que si les usages explosent, c'est-à-dire que si vous avez quelque chose qui consomme moins, mais avec davantage d'usages, davantage de terminaux d'inventeurs, etc. évidemment, c'est ce qu'on appelle l'effet rebond dans l'étude des technologies : vous avez finalement, au final, une consommation électrique qui peut être supérieure. Donc, tout dépendra des usages et de la 5G [...] Après, il faut faut situer ça par rapport au reste de la consommation électrique d'un pays. Les grille pain et les fers à repasser consomment aussi beaucoup. Il faut aussi voir ça et comparer les choses."

Alain Sibille renchérit : "Les équipements de la 5G sont beaucoup plus performants, beaucoup plus efficaces et intelligents que dans les générations précédentes. [...] Cette bien plus grande efficacité s'accompagne de besoins beaucoup plus importants et donc, nécessairement, nos technologies sont plus efficaces. Mais il est vrai qu'on aura une consommation énergétique qui va croître." 

La 5G est-elle mauvaise pour l'environnement ?

Alain Sibille : "Ça dépend quelle est la source d'énergie. Si ce sont des sources non renouvelables, voire polluantes, évidemment, ça n'est pas bon pour l'environnement. Si on arrive à avoir des sources d'énergie qui sont plus vertueuses, plus respectueuses, c'est un peu moins bon, mais c'est beaucoup moins dramatique que dans le passé. 

En fait, la problématique est extrêmement globale : la 5G n'est qu'une instance parmi l'ensemble général du développement des communications généralisée et de la technologie des sources d'énergie nécessaire.

Qu'apporte la 5G par rapport à la 4G ?

  • Une meilleure fiabilité

Hervé Le Bars : "Aujourd'hui dans les réseaux mobiles, vous avez souvent des coupures, en particulier quand vous êtes dans des transports ou quand vous êtes dans des zones peu couvertes. Ici, les promoteurs de cette technologie ont cherché à faire en sorte que la fiabilité soit quasi parfaite, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de coupure, y compris en déplacement"

Lorsqu'il y a énormément de monde dans une zone géographique, la 4G a atteint des limites : si une personne téléphone, une autre ne pourra pas téléphoner. Donc, quand vous avez des grosses concentrations de population, la 5G permettra de continuer de parler tous en même temps".  

  • l'internet des objets

Alain Sibille : "La 5G va être un moyen très important de généraliser l'internet des objets ("l'internet des objets", ce sont des applications dans la maison, mais aussi dans le monde industriel). Cette notion de fiabilité qui vient d'être évoquée, associée à une très faible latence, va avoir une grande importance pour des applications dans les domaine de la santé [télémédecine] et du véhicule, pour lequel il faut qu'on ait à la fois une très grande fiabilité, mais également des temps de réaction très courts. Et ça, c'est la vraie innovation. "

  • la fin des zones blanches ?

Hervé Le Bars : "Du fait de ces caractéristiques techniques, la 5G a la capacité de s'adapter à différents environnements, ce que n'avait pas nécessairement la 4G. [...] On peut espérer avoir une meilleure répartition sur le territoire avec des technologies qui sont adaptées à la fois aux courtes distances et aux grandes distances".

Santé : la 5G est-elle dangereuse ?

Hervé Le Bars : "Déjà, je voudrais signaler que le public est tout à fait ignorant du nombre de scientifiques qui font des recherches sur ce sujet de l'interaction entre les ondes électromagnétiques et la santé. C'est un sujet qui est énormément étudié : vous avez actuellement entre 5 000 et 10 000 études scientifiques qui documentent l'interaction entre le vivant et les ondes électromagnétiques radiofréquences. Et il y a tellement de littérature là-dessus qu'il faut des instances pour faire des synthèses, parce que personne ne peut appréhender un tel corpus de science tout seul... "

Selon l'organisation mondiale de la Santé : "A ce jour et après de très nombreuses recherches effectuées, aucun effet néfaste sur la santé n'a été lié de manière causale à l'exposition aux technologies sans fil.
Sur la 5G plus précisément, puisque les fréquences augmentent, l'OMS ajoute : "à mesure que la fréquence augmente, la pénétration dans les tissus corporels diminue et l'absorption de l'énergie se limite à la surface du corps, à condition que l'exposition globale reste inférieure aux recommandations internationales. Aucune conséquence pour la santé publique n'est anticipée.

La 5G avec Huawei : un risque informatique ?

  • Huawei et les USA

Julien Nocetti : "Il est extrêmement délicat de l'affirmer de façon péremptoire parce qu'en fait, la législation américaine n'a jamais apporté de preuve tangible. Il y avait des faisceaux d'indices différents, différents bouts de preuves qui ont été rassemblés et mis ensuite sur le devant de la scène internationale. Mais jusqu'à présent aujourd'hui, les accusations principales américaines, à savoir un risque d'espionnage et de sabotage, n'ont jamais été totalement trouvées ; il n'y a pas de preuve absolument irréfutable que ça se passe de la façon dont Washington le pense".

  • Huawei et le Royaume-Uni

On apprend ce soir que le Royaume-Uni s'apprête à bannir Huawei du déploiement de la 5G

Julien Nocetti : "Le Royaume-Uni est caractérisé par une série de revirements sur la 5G. Il faut d'abord parler des relations entre Huawei et le Royaume-Uni, qui remontent à une vingtaine d'années : des centres de recherche et de développement étaient présents sur le sol britannique ; des anciens hauts responsables politiques et militaires britanniques ont ensuite été embauchés par Huawei... Le dernier revirement en date entre Londres et Pékin se situe dans le contexte de covid-19 avec, au fond, un changement de ton général du Royaume-Uni sur la Chine, qui a accusé Pékin d'avoir couvert la responsabilité sur l'origine du virus. Et deuxièmement, sur la pratique liée à Hong Kong"

La 5G en France

"C'est sur 2020 qu'en principe, le déploiement doit être effectué. La France est un peu critiquée sur le fait qu'elle a un peu de retard par rapport à certains pays étrangers. 

Le déploiement ne se fera pas en totalité sur toutes les zones du pays, non seulement par rapport aux zones blanches, mais même sur des villes pour lesquelles la 5G sera déployée en premier et ensuite, ça se fera progressivement. 

Un dernier point avant de conclure : il faut être conscient que la 5G ne va pas être massivement déployée tout d'un coup. Et après, plus rien ne changera. Comme la génération précédente, le déploiement est progressif. Non seulement il est progressif en terme de couverture, mais aussi en termes de fonctionnalités. Par exemple, au début et pendant quelques années, c'est vraiment la partie radio qui va être déployée et le cœur de réseau, lui, sera déployé un peu plus tard. Tout simplement parce que ce sont des investissements très importants : les opérateurs ne peuvent pas tout faire tout de suite. Les choses se feront progressivement sur les années qui viennent." 

Le reste à écouter...

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