En 2100, nous devrions être plus de 11 milliards d'humains, une population qui est déjà passé de 2 à 7,6 milliards en 70 ans. L'Homme est directement impliqué dans le dérèglement climatique, et les ressources de la planète ne sont pas inépuisables. Alors, faut-il encore faire des enfants ?

Faut-il faire des enfants ?
Faut-il faire des enfants ? © Getty / Branislav Novak / EyeEm

Faut-il vraiment faire des enfants ?

C'est la question tabou, parce qu'elle implique et parle d'un choix radical, fondamental. Elle parle d'avenir de l'humanité. Parce que dans des raisonnements poussés à l'extrême, on touche à des notions dangereuses. C'est un sujet tabou au point qu'après chaque grande réunion mondiale, liée à l'environnement, on n'en parle pas. C'est trop compliqué, trop difficile sûrement. Et pourtant, des scientifiques, des groupes de citoyens, et vous aussi, puisque la question revient souvent dans "le téléphone sonne" quand on parle d'écologie. 

De plus en plus souvent on pose la question du lien démographie et écologie. En clair, faut-il arrêter de faire des enfants ? Faut-il réguler les naissances dans le monde si l'on veut réussir la transition écologique ? Peut-on réellement sauver la planète quand nous seront 8 milliards ? Bientôt 10 ? Comment mettre en place des programmes de baisse de la fécondité ? Faut-il les mettre en place ? Et on parle de quels pays exactement ? De nous, les pays riches ? Ou de pays à la fécondité bien plus haute ? Quel est donc ce mouvement qui veut sauver la planète en réduisant notre propre espèce ? Et attendez, moi je pensais justement que le problème aujourd’hui, c’était la dénatalité. Que justement, on ne faisait plus assez d'enfants, que la population était en baisse au Japon, en Corée, mais aussi en Espagne, ou en Italie.

Nos invités

  • Gilles Pison, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et chercheur associé à l'Ined. Auteur de l'Atlas de la population mondiale (Autrement, 2019).
  • Jean-Loup Bertaux, directeur de recherche au CNRS ; auteur de Démographie, climat, migrations : l'état d'urgence (Fauves Editions, 2017)

Extraits de l'émission

Jean-Loup Bertaux : "L'IPBES s'inquiète beaucoup de l'atteinte à la biodiversité. Ils ont identifié que la cause principale de cette atteinte est l'explosion démographique qui s'est produit. On artificialise les sols partout, on tue les autres espèces…"

Gilles Pison : "Est-ce que c'est le nombre des hommes qui pose problème ou est-ce la façon dont ils vivent ? Le gros de la régression de la biodiversité est venu d'abord du milliard 'habitants qui vit dans les pays riches. Encore maintenant, c'est la façon de vivre de cette petite minorité qui pose les plus gros problèmes".

Jean-Loup Bertaux : Depuis 1945, on vit dans une politique nataliste en France qui encourage énormément la natalité, qui a été fondé sur le syndrome de la défaite de 1940. On a dit "C'est parce qu'il n'y avait pas assez de Français pour les envoyer à la boucherie". Mais maintenant, ce raisonnement n'a absolument plus aucune raison d'être, parce qu'on est dans une Europe qui nous protège". Même en France, il faut abandonner la politique nataliste.

Gilles Pison : "Si vous ne voulez pas avoir d'enfants, n'en ayez pas. Si vous voulez en avoir, ayez-en, et le nombre que vous souhaitez. Dans nos sociétés, très peu de gens souhaitent avoir six ou dix enfants. En général, on veut un, deux, trois enfants. Pour ceux qui en veulent et qui en auront : éduquez-les pour qu'ils aient un comportement frugal, qu'ils ne pèsent pas sur le climat. Et vous même, mettez-vous y, et tout de suite !"

Les invités
  • Jean-Loup BertauxDirecteur de recherche au CNRS ; auteur de Démographie, climat, migrations : l'état d'urgence (Fauves Editions, 2017)
  • Gilles PisonDémographe, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l'Ined
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