A six semaines du premier tour de l’élection présidentielle, l’abstention se situerait aux alentours de 30 % selon une enquête du Cevipof

A six semaines du premier tour de l’élection présidentielle, l’abstention se situerait aux alentours de 32 % selon une enquête du Cevipof
A six semaines du premier tour de l’élection présidentielle, l’abstention se situerait aux alentours de 32 % selon une enquête du Cevipof © Getty / PM Images

Les dernières études d’opinion situent autour de 30% à l’élection présidentielle. C’est un chiffre très élevé pour cette élection qui en général mobilise le corps électoral et reste celle qui, en France, résiste le mieux à l’abstention.

Alors comment expliquer que la présidentielle 2017 mobilise si peu, à ce jour ?

Et vous, amis auditeurs, pensez-vous vous abstenir et si oui, pourquoi ? Ou irez-vous, bon an mal an, avec fatalité ou détermination, dans les bureaux de vote le jour J ?

Après le traumatisme de l'année 2002, j'ai décidé de déchirer ma carte électorale. Et depuis j'en ai ras-le-bol des reproches parce que je ne vais pas voter. Notamment lorsque l'on me dit que je dois me taire puisque je ne vote pas. J'ai des convictions et malgré cela, aucun candidat ne satisfait encore aujourd'hui.

A. PEILLON : "C'est un désarroi que l'on entend de toute part. Il a été mis en évidence que les abstentionnistes de 2002 étaient des gens impliqués dans des associations. 2017 marque une nouvelle césure."

C. BRACONNIER : "Ce premier témoignage n'est pas très représentatif du 2ème tour de 2002 puisqu'il y a eu une forte mobilisation au second tour. La remise en cause du non vote s'est faite après 2002. Il ne fait aucun doute que les citoyens sont en colère. Les données sociologiques montrent que ceux qui votent s'expriment aussi autrement et que ceux qui ne votent pas ont du mal à s'exprimer autrement. Donc le vote reste une manière de se faire entendre."

Comment analyser le % d'abstention prévu ?

C. BRACONNIER : "Il faut relativiser parce que les chiffres s'étendent de 25 à 40% (NDLR : prévision du taux d'abstention). Un certain nombre d'indicateurs fiables laissent penser qu'on pourrait avoir une abstention élevée, notamment les indicateurs INSEE.

G. FINCHELSTEIN : "Depuis 1974 en gros, autour de 80% des Français participent à l'élection présidentielle. Pour cette année, il y a aussi des indices très forts comme le nombre d'inscriptions sur les listes électorales, et l'intérêt pour la campagne. Cependant concernant l'abstention, on a mené une étude avec le CEVIPOF et l'INSEE et les trois raisons principales qui la justifient sont l'insatisfaction par rapport à l'offre, le sentiment que voter ne change rien, et le sentiment de colère.

Quand le vote blanc sera-t-il considéré comme un acte citoyen ?

A. PEILLON : Si il y a eu un fort taux de participation en 2007, les analyses disent que le candidat Sarkozy avait apporté beaucoup de passion dans la campagne. La colère qu'exprime l'abstention n'est pas une colère contre les candidats d'aujourd'hui, elle est bien plus profonde. Il ne faut pas mesurer ce qui est annoncé par le CEVIPOF. Le vote blanc est encore une participation. La question que se posent sans doute les Français c'est quel est notre modèle de démocratie ?

Pour la première fois je vais m'abstenir, de manière très politique. C'est un acte qui aura son poids politique si nous sommes très nombreux. Et qui veut dire il faut passer à un autre modèle de République. Rien ne sert aujourd'hui de maintenir un système qui a produit le Front National, une véritable décadence de notre République.

C. BRACONNIER : L'abstention militante, exactement comme le vote blanc, renvoie à une catégorie d'électeurs qui sont politisés. Même si la difficulté vis-à-vis de l'abstention, c'est qu'elle a besoin d'être interprétée a posteriori par ceux qui accèdent aux médias. Tous les abstentionnistes ne sont pas d'accord sur le message qu'ils renvoient. Les déterminants sociaux de l'abstention sont très forts : les ouvriers votent beaucoup moins que les cadres supérieurs, les diplômés plus que les non-diplômés. On a beau, dans certains sondages, voir se dessiner des logiques contraires à ça, cela serait une grosse surprise sociologique.

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