Le scandale des œufs contaminés sonne comme une énième dérive de notre système de production alimentaire. Y a t-il un risque dans nos assiettes ?

Plus de 200 000 œufs contaminés pourraient avoir été consommés en France
Plus de 200 000 œufs contaminés pourraient avoir été consommés en France © AFP / Philippe Huguen

Consommateurs, consommatrices, attention ! Attention aux risques neurotoxiques dans des boissons énergisantes peu respectueuses des normes sanitaires, à la présence de corps étrangers dans les lasagnes d'un groupe phare de distribution alimentaire... Aux viandes hachées, invendues et périmées, qu'on replace bien souvent en rayon, ni vu ni connu, avec un nouvel étiquetage... Aux poissons trop exposés au mercure... et maintenant, aux œufs contaminés.

Avec la propagation d’un antiparasitaire, le Fipronil, utilisé d'abord dans les élevages de poules au Pays-Bas, des millions d’oeufs ont été contaminés, dans une quinzaine de pays.

Les œufs contaminés

Le 1er août, l'organisme néerlandais de sécurité alimentaire révèle la présence d'une substance toxique, modérément dangereuse pour la santé: le Fipronil. Le produit, utilisé pour le nettoyage des cages, a été ajouté frauduleusement aux mélanges "classiques". Il s'avère très efficace contre les invasions de poux rouges, des acariens friands de poules qui les affaiblissent, et modifient leurs comportements.

Globalisation des échanges oblige, la contamination franchit vite les frontières et finit par frapper l’hexagone, où "Près de 250 000 œufs contaminés ont été mis sur le marché depuis avril", selon Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, qui s'exprimait vendredi 11 août sur le sujet. La presse en fait ses gros titres : le pays est un consommateur important d’œufs et les précédents scandales alimentaires ont développé la méfiance des français qui consomment, d'ailleurs, 220 œufs par an et par personne en moyenne.

La contamination ne concerne néanmoins que les œufs issus de poules élevées en cage, dont la part dans nos magasins alimentaires se réduit très rapidement, notamment grâce à une prise en considération de plus en plus importante de la cause animale.

Sur son blog, Bruno Parmentier, auteur de "Bien nourrir l'humanité" indique que:

Certaines chaînes comme Monoprix, Atac ou Mac Do ont déjà franchi le pas et banni l'oeuf en cage.

L'animateur du blog invite toutefois chacun à la vigilance, car "De plus en plus d'oeufs sont livrés à des "casseries" avant d'être achetés sous une forme prête à servir pour la restauration collective". Méfiance donc, face aux îles flottantes et autres omelettes préparées. Pour ce type d'usages ; 80% des œufs utiles à la préparation viennent d'exploitation de volailles en cage, et sont donc potentiellement infectés.

D'autre part, certains se demandent pourquoi la France, et son important parc volailler, a t-elle besoin d'acheter des poulets aux Pays-Bas? Et pointent les effets pervers de la grande distribution.

Sécurité alimentaire

On parle de sécurité alimentaire pour désigner une situation où la population a accès à une nourriture en qualité et en quantité suffisante pour assurer une vie saine et active.

La Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale de 1996 affirme :

Nous proclamons notre volonté politique et notre engagement commun et national de parvenir à la sécurité alimentaire pour tous et de déployer un effort constant afin d'éradiquer la faim dans tous les pays

Quatre critères sont retenus pour évaluer la sécurité alimentaire d'un pays:

  • La disponibilité : démographie, surfaces cultivables, production intérieure, productivité, capacité d'importation, de stockage, aide alimentaire, etc.
  • Accès : pouvoir d'achat, fluctuation des prix, infrastructures disponibles, etc.
  • Stabilité : des infrastructures, climatique, politique, etc.
  • Salubrité et qualité : processus de transformation, transport, hygiène, accès à l'eau, etc.

Inutile de céder à la panique malgré les déclarations alarmantes par ci par là: voilà de nombreuses années que l'Homme est confronté au Fipronil. Il est l'un des composants incontournables des lotions anti-puce de nos chiens et chats, ou de la plupart des insecticides trouvable dans le commerce. Les œufs incriminés n'en contiennent qu'une dose si infinitésimale qu'il faudrait, selon les experts, en ingérer une dizaine de milliers pour constater des effets sensibles. Les autorités ont d'ailleurs évalué le risque comme étant "très faible". Mais pas inexistant.

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