Les écoles, collèges et lycées devraient rouvrir leurs portes progressivement à compter du 11 mai, a annoncé le président Emmanuel Macron ce lundi soir. Les facs, quant à elles, resteront fermées. Pour les directeurs d'établissements, un nouveau casse-tête commence.

Réouverture le 11 mai, un casse-tête pour les directeurs d'école
Réouverture le 11 mai, un casse-tête pour les directeurs d'école © AFP / Manon Caveribère / Hans Lucas

Les interrogations restent nombreuses quant aux modalités de réouverture des établissements. Pointant la logique économique à l’œuvre ou l'impossible respect des gestes barrières, beaucoup d'enseignants et de parents d'élèves dénoncent une décision très périlleuse.

Les universités resteront fermées jusqu'à la rentrée prochaine. Dans ces conditions, la tenue des examens et concours de fin d'année est une question pour l'instant sans réponse.

Pour les directeurs d'établissements, "le début d'une nouvelle étape", engagée à partir du 11 mai, constitue un casse-tête d'une intensité nouvelle

Comment les enfants et adolescents vont-ils progressivement retrouver le chemin des écoles ? Comment les gestes barrières peuvent-ils être respectés ? Comment les étudiants vont-ils pouvoir valider leur diplôme ou passer leur concours ?

Masques, tests, distance sociale avec les jeunes enfants

Jean-Marie nous appelle, il est enseignant, père de 4 enfants. Il revient sur les distanciations de sécurité : comment faire avec 25 à 30 élèves dans un espace de 40 à 50 mètres carré ? Quid des masques et des tests ? Aline Becker, directrice d’école maternelle à Antony, syndiquée SNUipp-Fsu : "Très concrètement, je n'imagine pas que de très jeunes enfants vont être en capacité de garder des gestes barrières et une distanciation sociale. D'autant qu'ils auront passé deux mois sans leurs camarades, sans les adultes de l'école avec qui ils ont l'habitude d'échanger."

Je vois mal comment on va pouvoir leur expliquer, à 3, 4, 5 voire 10 ans qu'ils doivent garder une distance d'un mètre les uns des autres. L'école est un lieu de vie, un lieu d'échange.

Qu'est-ce qu'on vous dit quand vous posez cette question, en tant que directrice ? Aline Becker : "Pour l'instant, on n'a aucun élément de la part de la direction. On a eu une allocution du président de la République qui a annoncé une date. On a eu le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer qui a dit que la rentrée post-confinement serait progressive, aménagée, adaptée. Mais on n'a pas d'éléments concrets, on n'a aucune idée de la manière dont le ministre souhaite que cela se passe. Nous, par contre, nous avons beaucoup de questions, d'inquiétudes".

Aline Becker confie être enseignante dans une zone difficile et évoque la difficulté quant à la continuité pédagogique dont on a parlé. Ce "sont des enfants fragilisés qu'il va falloir accompagner". Mais concrètement, comment adapter les classes ? Aline Becker a 23 élèves dans sa classe : peut-on imaginer des horaires aménagés ou des groupes particuliers ? "De toute façon, je pense pas que l'on va pouvoir reprendre avant le mois de septembre avec des classes telles qu'elles fonctionnaient avant le confinement, donc entières. Cela ne pourra être qu'avec un petit nombre d'élèves si cela se fait. Mais est-ce qu'il faudra cibler les élèves les plus en difficulté, les plus loin de l'école, ou est-ce qu'il faudra les familles qui ont le plus besoin comme on l'a fait avec les enfants du personnel soignant ? Tout cela, on ne le sait pas."

"Je ne pense pas qu'on va demander aux enfants de maternelle de porter des masques toute la journée. Pour le moment sur les masques, nous n'avons pas de réponses. Mais je pense que pour l'instant, les choses ne sont pas encore pensées au ministère de l'Education. Est-ce que d'ici le 11 mai, la France aura assez de tests pour dépister tout le monde, en tout cas pour les tests biologiques ? On ne sait pas".

Nous avons besoin de réponses, mais je ne pense pas qu'à l'heure actuelle, le gouvernement soit en mesure de nous les donner. 

Comment cela va se passer à l'université ? 

Jonathan appelle le Téléphone Sonne et aborde la question de l'université : comment vont être validées les années universitaires pour le passage à l'année supérieure ? Des examens vont pouvoir se faire à partir du domicile, mais lorsqu'on connait les problèmes de réseaux, comment faire ? François Germinet, président de l’université de Cergy Pontoise va répondre à ces questions : "Ce n'est pas uniforme : il y a des licences avec des gros effectifs et d'autres avec des petits effectifs, ou des IUT et des licences professionnelles. Ces étudiants sont parfois en stage, donc ils ont validé la plupart de leurs enseignements et attendent la validation de leurs stages. Il y a également les étudiants en master. 

Bref, il y a autant de situations que de diplômes et entre les disciplines, il y a des possibilités d'examens à distance, avec des devoirs supplémentaires ou des quiz. Il existe aussi les examens à distance de telle heure à telle heure, surveillés par caméra. Ce n'est pas forcément ce qui plait le plus aux universités et aux étudiants, mais s'il n'y a pas de choix, malheureusement... Le plus important aujourd'hui, c'est que l'année soit validée. Les étudiants ne reviendront pas en salles, mais les cours continuent, avec ressources ou cours par visioconférence."

Est-ce qu'il y aurait une option B avec des examens en septembre ou des rattrapages ? "Le rattrapage va permettre des solutionner un certain nombre de cas, par exemple, si des étudiants n'ont pas pu composer dans de bonnes conditions à distance. Peu d'universités ont encore des rattrapages en juillet, la plupart ayant leur deuxième jury en juillet. L'objectif des universités, c'est de finir la totalité des examens et de faire la validation des années pour que les étudiants puissent commencer leurs années suivantes tranquillement."

Que dire des concours de médecine entre la première et la deuxième année, moment-clé des études de médecine ? "Pour le moment, les universités envisagent toujours le concours de la PACES le plus tard possible, en présentiel, c'est-à-dire en juillet. Après, le problème de ces concours est qu'ils réunissent des milliers d'étudiants qu'on ne pourra pas mettre dans les mêmes salles. Donc il faudra diviser cela en salles ou amphithéâtres plus petits mais le plus tard possible. A ce jour, la décision finale n'est pas prise."

Le langage et les compétences sociales : ce qu'Internet ne peut pas remplacer

Pour Angélique qui a le même profil, dit-elle, qu'Aline Becker nous appelle en saluant au passage ses élèves et parents d'élèves, les professeurs ont quelque chose qu'Internet ne peut pas remplacer : le langage et les compétences sociales. Elle dit être envahie de mails et de messages de parents d'élèves et de collègues inquiets de ce qu'il va se passer. Mais combien de temps cela prend de réorganiser une école entière ?

"Mais on me demande demain de recommencer, je suis opérationnelle. Je viens avec mon savon, etc. Les gestes barrière, on les a déjà pendant les épidémies de grippe, de gastro. On le fait au quotidien, on a l'habitude en maternelle. On se lave les mains très régulièrement, à en avoir des crevasses. Dès les premiers beaux jours, on fait l'école de la nature, mais on se lave constamment les mains. Chaque école a des modalités, des structures de classes, des infrastructures différentes. C'est compliqué de fournir des réponses, parce que c'est du cas par cas. Mais les plus petits, en maternelle, ont peur dès que l'on met un masque. Et sur les gestes barrière, les enfants eux-mêmes ne pourront pas les appliquer tout simplement parce que les petits en maternelle s'adorent (et nous aussi on les adore)."

"La seule chose dont on est sûrs, c'est que l'on a aucune certitude."

Aline Becker insiste en effet sur le fait qu'il ne peut y avoir une décision venant du ministère qui pourrait s'appliquer partout, de façon stricte. Il faut s'appuyer sur l'expérience des ATSEM, des professeurs. Mais ils ne peuvent pas gérer ce retour à l'école seuls, sans l'appui du ministère qui doit donner des consignes de sécurité pour que les enfants et les parents (qui rentrent eux aussi dans l'établissement et dans les classes) soient protégés. 

Le ministère doit nous donner des garanties pour qu'il n'y ait pas de mise en danger. Mais on n'a pas de réponses à ce niveau-là. 

Fabienne Sintès évoque la possibilité avec Aline Becker d'un refus de la part des enseignants et des directeurs d'école d'ouvrir s'il y a mise en danger. "Si l'on dit qu'on ne rouvre pas alors que l'on a une consigne du ministère, c'est ou un abandon de poste ou une situation de droit de retrait. Ce serait une lourde responsabilité de la part du ministère de nous mettre dans une situation qui nous amènerait à ça. Donc on espère sincèrement que dans 15 jours, il y ait des discussions entre des représentants de fédérations de parents d'élèves, les représentants syndicaux, les partenaires sociaux, pour que l'on puisse voir si l'on peut rouvrir. J'ai beaucoup d'inquiétudes et de questions et on espère que le ministère prendra en compte d'abord la sécurité sanitaire."

La peur et l'inquiétude des parents d'élèves

Y a-t-il des parents qui renonceraient aujourd'hui à mettre leurs enfants à l'école ? demande Fabienne Sintès après l'appel de Sébastien, inquiets pour ses deux enfants en primaire. Aline Becker : "De mon côté, les parents d'élèves ne nous ont pas affirmés qu'ils ne mettraient pas d'enfants à l'école. Mais nous avons des situations difficiles dans certaines familles, avec des enfants qui vivent à 4 ou 5 dans un studio ou un F1. Je connais ce type de situations, tout le monde ne vit pas le confinement de la même manière. 

Ils sont dans l'espoir que la situation revienne à la normale, et que leurs enfants reprennent un mode de vie normal, mais ils ont également peur d'une situation sanitaire pire que celle que l'on connait actuellement."

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Les invités
  • Aline BeckerDirectrice d’école maternelle à Antony, syndiquée SNUipp-Fsu.
  • François GerminetPrésident de l’université de Cergy Pontoise, membre du CA et Président du comité numérique de la CPU
L'équipe
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