De retour au centre de l'actualité après l'attaque de Levallois, l'opération Sentinelle est remise en question par les commentateurs, et par une partie des militaires.

Patrouille de soldats de l'opération sentinelle au Trocadéro à Paris en août 2017
Patrouille de soldats de l'opération sentinelle au Trocadéro à Paris en août 2017 © AFP / LUDOVIC MARIN / AFP

L'intervention des forces armées pour des opérations de sécurité sur le territoire français n'est pas un fait récent. Avant Sentinelle, à nouveau au cœur de l'actualité après l'attaque de Levallois Perret le mercredi 9 août, d'autres missions mobilisaient déjà des militaires français aux quatre coins de l’hexagone : la plus célèbre d'entre elles étant Vigipirate qui nécessite environ 3000 soldats depuis 20 ans. D'autres opérations, en cas de catastrophes naturelles, par exemple, sont mise en place quotidiennement.

Néanmoins, jamais d'une telle ampleur. Jamais avec autant d'effectifs mobilisés. Jamais dans une actualité aussi chaude : n'oublions pas que l'Opération Sentinelle est née en réaction aux attentats sanglants qui décimèrent, en 2015, une grosse partie de la rédaction de Charlie Hebdo.

Au moins dix milles soldats composent ce que l'on appelle désormais la "Force Sentinelle". Déployés sur plus de 722 "points sensibles" partout en France, leur mission est double: protéger les citoyens et dissuader les éventuels agresseurs. L'ampleur des effectifs déployés en fait la première des opérations dans laquelle l'armée est engagée . Une démonstration de force, un message : montrer que face à la sauvagerie, la France est bien décidée à se défendre.

Cet étendard est cependant lourd à porter: les protecteurs sont progressivement devenu les cibles. On compte dorénavant six attaques sur ces militaires depuis le début de l'opération. Il s'agit là d'attaque symbolique. C'est l'uniforme qui est visé, et c'est l'image de l'autorité régalienne qu'on cherche à fissurer.

Une opération de grosse envergure

Pourtant, l'opération Sentinelle n'en finit pas de faire couler de l'encre : certains réclament sa révision, d'autres demandent sa suppression pure et simple; invoquant un coût financier (on parle de 170 millions environ) et humains (entre 7000 et 10 000 hommes mobilisés pleinement) trop grand pour des résultats en demi-teinte. Les militaires eux même réclament sa révision.

Les ressources considérables affectées à Sentinelle sont directement liées aux mesures prévues par l'Etat d'Urgence. Instauré suite aux événements du 13 novembre, nombreux sont ceux qui appellent à réformer ce dernier, notamment pour que le nombre de militaires envoyés sur le territoire nationale, soit proportionnel au degré réel de menace.

Lors de son audition devant la Commission de la défense nationale et des forces armées, le général Jean-Pierre Bosser, chef d'état-major de l'armée de terre, favorable à une meilleure adaptation pour l'Opération Sentinelle, s'est exprimé notamment sur l'état d'esprit des troupes :

"Nos jeunes s'engagent pour l'action et pour voir du pays. Quand on leur dit que leur première mission sera "Sentinelle" à la Gare du Nord, cela ne les fait pas rêver. Ils se sont engagés d'abord pour partir au Mali ou sur d'autres théâtres d'opérations extérieures.

Tout en rappelant toutefois que sur l'année 2016, le moral général des troupes était qualifié comme "plutôt bon".

L'avenir de Sentinelle

Suite aux critiques, quelques adaptations ont déjà été effectuées: d'avantage de "postures dynamiques" et moins de gardes statiques, harmonisation des moyens de communications entre Force Sentinelle et Forces de Sécurité Intérieur, meilleure prise en compte du savoir-faire des troupes... etc.

La ministre des armées Florence Parly a déclaré que Sentinelle aller "s'inscrire dans la durée". De son côté, Eric Ciotti, le député des Alpes-Maritimes, croit savoir qu'un plan confidentiel, prévoyant notamment de réduire le nombre d'unités mobilisées est en préparation.

Le général Bosser, toujours face à la Commission, s'est lui aussi risqué à donner une tendance pour le futur de Sentinelle :

"On n'échappera pas, je le pense, à la présence de quelques 3000 hommes répartis sur des points clefs de Paris, comme la tour Eiffel, le Louvre... Ensuite, il faut 3000 hommes en réserve pour monter en puissance en cas de coup dur, n'importe où en France. Enfin, je souhaiterais qu'une troisième fraction de 3000 hommes, aujourd'hui encore déployés, soit consacré à l'anticipation"

Dans le Téléphone Sonne, de 19h20 à 20h, posez vos questions ou réagissez en appelant le standard de l'émission au 01 45 24 7000, ou intervenez sur les réseaux sociaux #telsonne.

Les invités
L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.