Si la visibilité du sport féminin est encore loin d'égaler celle de leurs homologues masculins, la tendance vers une meilleure reconnaissance s'affirme.

Match de basketteuses entre Universités états-uniennes
Match de basketteuses entre Universités états-uniennes © Getty / Icon Sportswire

À quelques heures du coup d'envoi du premier match de rugby féminin diffusé en prime time sur France 2, qu'il semble loin le temps où, à l'occasion des Jeux olympiques de Stockholm de 1912, Pierre de Coubertin exprimait ainsi son opinion sur l'idée d'un tournoi féminin : "_Une Olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrect_e." Heureusement depuis, et n'en déplaise au fondateur du Comité International Olympique, les femmes ont maintes fois démontré qu'elles étaient, bien sur, capables des même pratiques sportives que leurs homologues masculins.

La longue lutte des sportives

Comme pour chaque acquis, la reconnaissance de qualités sportives chez les femmes, aujourd'hui, est le fruit d'un long combat commencéautrefois. Par essence, le sport relève d'une maîtrise du corps, et comme l'écrit Camille Journet sur le site Womensports.fr :

L'appropriation du sport par les femmes s'est "naturellement" heurtée aux représentations normatives du corps et de la féminité qui englobent la sexualité, la beauté et la maternité.

La pratique du sport féminin est un fait rare, réservée à une certaine noblesse jusqu'au XIXe siècle. Même dans ces cercles, le sport féminin est d'avantage considéré comme une amusante lubie que comme un passe-temps honorable.

Les programmes scolaires prévoient l'enseignement de l'Éducation Physique à partir de 1882. La loi indique, alors, que "L'Ecole primaire peut et doit (...) préparer et prédisposer les garçons aux futurs travaux de l'ouvrier et du soldat, les jeunes filles aux soins du ménage et aux ouvrages des femmes".

Face au scepticisme et aux remarques virulentes de l'opinion suite à la première apparition de sportives aux Jeux olympiques, Alice Milliat, ambassadrice du sport féminin fonde la Fédération Sportive Féminine Internationale : elle met en place des compétitions pour les femmes et lutte pour l'acceptation des femmes dans les compétitions officielles.

Les Trente Glorieuses, période faste, voient s'ouvrir plusieurs fédérations nationales aux pratiques du sport mixtes même si certaines disciplines, comme le football, demeurent interdites aux femmes.

Parmi les sports où la parité semble la plus respectée, le Tennis fait office d'exemple : hommes et femmes touchent des primes équivalentes. C'est à Billie Jean King qu'on le doit. En 1973, elle est la meilleure joueuse du monde, et prévient qu'elle ne participera pas à l'US Open si les femmes n'obtiennent pas les mêmes droits que les hommes.

Prime time

Si bien qu'aujourd'hui, France 2 tente enfin le pari du prime time, et diffuse ce soir le troisième match de l'équipe de France féminine pour la Coupe du Monde de Rugby, contre l'équipe d'Irlande, pays hôte. "C'est une manière de donner à ce match la plus grande exposition possible" indiquait au Parisien Laurent-Eric Le Lay, directeur des sports à France Télévision.

Reste à savoir si, quelles que soient les conclusions de cette soirée test chez France 2, principalement en terme d'audience, les portes de la chaîne leur resteront ouvertes. Dans le cas contraire, c'est sur la TNT que les fidèles pourront continuer de suivre la compétition.Le budget de ces dernières étant trop serré pour obtenir les droits de diffusion des grandes compétitions masculines, l'arrangement permet d'avoir quand même quelques cases sportives sur les grilles de programmation.

Selon une étude du CSA, la place du sport féminin n'occupait que 7% du volume horaire de diffusion des retransmissions sportives en 2012. Cette place est aujourd'hui estimée à hauteur de 16 à 20%.

De l'importance de la médiatisation

L'impact de la médiatisation sur la pratique d'un sport est concrète; en 2014, 75 000 femmes sont licenciées dans un club de foot; elles sont 100 000 un an plus tard, après la retransmission de la Coupe du monde féminine de 2015.

De façon générale, plus de la moitié (64%) des femmes pratiquent une activité sportive régulière; pourtant la retransmission des compétitions féminines ne représentent que 14% des programmes sportifs.

Comme l'explique le CSA, la médiatisation d'un sport en télévision dépend de plusieurs critères: sa notoriété, son nombre de licenciés, son imbrication du calendrier de la compétition dans la grille des programmes et enfin son degré de "télégénie".

Du chemin à parcourir

Il existe depuis 2017 une journée internationale du sport féminin, fixé au 24 janvier. C'est le CSA qui en est à l'origine. Le but est de donner un coup d'élan à la médiatisation du Sport féminin et de sensibiliser sur les inégalités qui demeurent. Parmi elles :

  • Les sportives sont nettement moins payées que les sportifs.
  • L'offre sportive est moins diversifiée pour les femmes que pour les hommes.
  • Certains sports ferment la porte aux femmes, notamment les sports mécaniques.
  • L'encadrement sportif est essentiellement masculin.
Les invités
L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.