Avec sa fondation, Solar Impulse, le psychiatre et aéronaute Bertrand Piccard réfléchit depuis cinq ans à une myriade de solutions - à destination aussi bien des consommateurs que de l'industrie - pour faire face au changement climatique. Il présente, ce soir, les 1000 (et plus) gestes pour protéger l'environnement.

Bertrand Piccard en mai 2019
Bertrand Piccard en mai 2019 © AFP / Bertrand Guay

Pour Bertrand Piccard, "il y a 1000 preuves que la protection de l'environnement est une opportunité économique". En 2016, l'aéroaute et président de la fondation Solar Impulse s'est fixé un pari : réunir 1000 innovations technologiques économiquement rentables pour lutter contre le changement climatique.

Aujourd'hui, Solar Impulse présente ses 1008 propositions. Logiciel pour permettre aux avions de consommer moins de carburant, recyclage de la chaleur de l'eau des douches, robot qui neutralise les mauvaises herbes... Bertrand Piccard milite pour que ces idées soient intégrées au plan de relance élaboré par le gouvernement.

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission

Comment sont élaborés et labellisés les projets de cette fondation ?

Bertrand Piccard : "Au début, on a dû aller les chercher un par un. Personne ne nous faisait particulièrement confiance, on se demandait à quoi servirait ce label, pourquoi nous et pas quelqu'un d'autre, etc. Et puis, peu à peu, il y en a qui nous ont fait confiance, qui ont déposé leurs solutions. Celles-ci ont été labellisées. Ça s'est su et ça a fait des "success stories" : des entreprises qui ont trouvé des clients, des investisseurs, des partenaires financiers, qui se sont fait connaître, qui sont entrées dans des réseaux d'offres publics nationaux ou régionaux… et puis à la fin, alors, c'était vraiment un effet d'aspirateur : des centaines de solutions qui arrivaient. Je pense qu'en tout, il y a à peu près la moitié des solutions soumises qui ont vraiment été labellisées, qui remplissait tous les critères"

Comment les idées ont été labellisées ? "Nous avons un groupe de 350 à 420 experts suivant les moments. C'est eux qui analysent les dossiers qui sont soumis sous l'angle 

  • de la faisabilité : il ne faut pas que ce soit une vague idée pour le futur, ça doit exister aujourd'hui. 
  • Ça doit être financièrement rentable pour celui qui fabrique et pour celui qui utilise. 
  • Et ça doit bien entendu protéger l'environnement sur tout le cycle de vie du produit". 

Ces idées sont "toujours basées sur l'efficience de ressources et de l'énergie. C'est pour lutter contre le gaspillage. Vous savez, il y a à peu près de 75% de l'énergie qui est gaspillée, 50% des ressources naturelles, 50% de la nourriture, 95% des déchets (parce qu'on ne voit même pas que c'est des ressources)… Donc, tout ça permet, au niveau de ces solutions, d'économiser : au lieu de gaspiller, on fait du profit, on crée des emplois et des nouveaux débouchés industriels qui économisent". 

Quelques-unes des 1008 propositions avancées par Solar Impulse 

Bertrand Piccard :

Sur à peu près la moitié des solutions, on se demande pourquoi ça n'a pas existé plus tôt

Quelques exemples concrets :

"Quand on voit l'eau qui part aux égouts, on voit de l'eau. On ne comprend pas tout de suite que c'est de la chaleur et que cette chaleur, c'est de l'énergie qu'il a fallu dépenser dans la maison. 

Il y a des choses à l'échelle de l'individu : il y a des lessives qui marchent si on lave à l'eau chaude, d'autres qui fonctionnent également si on lave à l'eau froide. Et bien, la différence est colossale. La différence pour l'échelle des États-Unis, c'est 4% de la consommation d'électricité de l'entier des États-Unis par année. C'est absolument énorme !"

Bertrand Picard cite d'ailleurs, parmi les solutions labellisées la proposition de Waga : "récupérer le méthane dans les décharges publiques pour en faire de l'énergie utilisable et, en même temps, un nouveau débouché industriel. On fournit de l'énergie et on enlève la nocivité du méthane qui est 28 fois plus grave que le CO2 au niveau de. L'atmosphère Il y a 20 000 décharges publiques dans le monde : vous voyez qu'il y a un vrai débouché industriel à ce niveau-là".

Il évoque aussi une solution imaginée par l'entreprise Schlumberger, qui a labellisé une solution pour de la géothermie en ville et qui permet de mettre des pompes à chaleur dans des immeubles dans des centres villes alors qu'avant, c'était impossible".

À propos de la consommation d'énergie : "Les chauffages aujourd'hui peuvent être quatre fois plus efficients si on remplace les radiateurs qu'on appelle les radiateurs électriques "grille-pains" par des pompes à chaleur avec les nouvelles technologies d'aujourd'hui".

La crise du covid a-t-elle renvoyé l'urgence climatique à plus tard ?

Bertrand Piccard : "C'est exactement le contraire. Si aujourd'hui, on veut être rentable, si on veut créer des emplois, si on veut récupérer de cette catastrophe du covid, il faut justement investir dans des domaines qui sont prometteurs. Il faut investir dans des domaines d'avenir, pas dans ceux qui créent tellement de pollution qu'ils seront interdits d'ici quelques années, comme les moteurs à combustion des voitures, les maisons mal isolées, les vieux systèmes de chauffage, les vieilles ampoules électriques... Ça, c'est périmé. Les milliards de la relance économique doivent justement maintenant financer l'efficience des technologies propres. 

Le progrès est-il la solution ou le problème ?

Bertrand Piccard : "On a des technologies qui détruisent l'humanité. Et puis, on a des technologies qui sauvent l'humanité, donc ça dépend vraiment de ce qu'on en fait". 

Comment concilier écologie et croissance économique ? 

Bertrand Piccard : "Parfois, je dois vous avouer que j'ai un petit peu peur d'être pris pour le gros capitaliste de service en parlant de rentabilité, mais c'est pas ça : on nous a répété pendant très longtemps que la protection de l'environnement était chère, qu'elle nécessitait des sacrifices, qu'elle allait coûter des emplois, qu'il y aurait plus de chômage parce qu'il y aurait moins de consommation et moins de production. Par conséquent, moi, j'essaie justement de ramener de l'espoir en disant "Non, la protection de l'environnement, c'est pas forcément de la décroissance. 

La protection de l'environnement, c'est de remplacer "consommation" et "production" par "efficience".

Et c'est cette efficience qui va rapporter de l'emploi et du profit aux entreprises qui va permettre aux citoyens d'augmenter le pouvoir d'achat parce qu'ils auront moins de factures à payer sera moins de gaspillage. Et de cette manière là, on peut entrer dans un cercle vertueux. On est gagnant-gagnant entre les mesures environnementales et la possibilité de continuer à avoir une protection sociale, des assurances, des salaires et une bonne qualité de vie". 

Les grands groupes jouent-ils également le jeu ?

Bertrand Piccard : "Certains oui, par tous. Engie nous a amené 20 solutions qui sont labellisées, qui améliorent effectivement l'utilisation de l'énergie, des ressources, etc. On travaille avec beaucoup d'entreprises parce qu'elles ont toutes cette vision que l'avenir, c'est l'efficience, c'est les énergies renouvelables, c'est toutes ces nouvelles technologies beaucoup plus propres. Alors, il faut évidemment une certaine transition, ça ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mais il faut les accompagner plutôt que les stigmatiser." 

Les milliards de la relance économique doivent-ils aller vers des entreprises qui ne proposent pas de vrai projet environnemental ?

Bertrand Piccard : "Tous ces milliards de la relance économique doivent très clairement aller vers les entreprises qui font des efforts de diversification et pas vers des entreprises qui sont tournées vers des produits polluants du passé, qui n'ont aucun avenir. Très, très clairement. 

Mais d'ailleurs, Bruno Le Maire a été extrêmement clair à ce sujet, il a dit "Nous allons aider Air France si Air France devient la compagnie aérienne la plus propre au monde", voilà qui est intelligent. 

Est-ce qu'il faut qu'on arrête de faire des voitures thermiques ?

Bertrand Piccard : "Quand tout le monde était sur des chevaux, la voiture était un produit de très grand luxe pour l'aristocratie et les gros millionnaires, avant de se démocratiser totalement. Aujourd'hui, on est dans un stade où la voiture électrique commence déjà à se démocratiser : vous avez des voitures en leasing, des voitures électriques que vous pouvez avoir avec des taux d'intérêt pratiquement à zéro qui vous permettent de rouler avec des voitures électriques, même sans avoir un gros revenus. Et ça va encore se démocratiser davantage. 

Ça va être la même chose pour l'hydrogène. L'hydrogène est encore cher, mais va se démocratiser. Donc, ce qu'il faut, c'est encourager au maximum la transition et le faire le plus rapidement possible. 

Pour vous donner un ordre d'idée, le moteur électrique, c'est 97% de rendement : vous ne perdez que 3 % de l'énergie consommée. Dans un moteur thermique, au mieux, c'est 27% donc vous vous perdez pratiquement les trois quarts de l'énergie et du prix du carburant que vous mettez dans votre réservoir. Donc, c'est clair que ça n'a pas d'avenir". 

Déchets : qu'en faire ?

Bertrand Piccard : "Si l'être humain avait vraiment du respect pour l'environnement, il n'aurait pas besoin de faire mille solutions rentables pour protéger l'environnement et n'aurait pas besoin de réglementations et de législations, etc. On serait dans un monde philosophique idéal. Malheureusement, on n'y est pas. 

Donc, c'est vrai qu'il faut aussi des réglementations pour punir des comportements déviants. À Singapour, vous n'avez pas un mégot et pas un chewing-gum par terre. Dans des pays européens, ce n'est pas du tout comme ça, donc il y a un laxisme qui n'est pas forcément bon. 

Maintenant, si on veut être logique autant qu'écologique, il faut considérer que les déchets sont des ressources. 

Un très grand nombre de solutions labellisées consiste à réutiliser les déchets pour faire de l'énergie, pour faire une deuxième vie, pour faire des nouveaux produits, etc. 

Vous allez voir que très rapidement, on ne jettera plus les déchets parce que ils ont une valeur.

Mais aujourd'hui, les gens n'ont pas encore compris ça et les sociétés que nous avons de n'ont pas encore une taille critique suffisamment élevée pour pouvoir gérer effectivement tous ces déchets et en faire quelque chose de de manière rentable". 

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