Cet après-midi, le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer a tenu une conférence de presse quant à la situation sanitaire dans les écoles. Une seule nouvelle mesure est prévue pour faire face à la hausse des contaminations : la fermeture de classe dès le premier cas de Covid-19, au lieu de trois auparavant.

Dans une salle de classe d'école primaire en mars 2021
Dans une salle de classe d'école primaire en mars 2021 © AFP / Jc Milhet / Hans Lucas

"Le nombre de cas est en nette augmentation ces dernières semaines" a annoncé, lors d'une conférence de presse cet après-midi, le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer à propos des écoles. Selon les chiffres du ministère, le nombre d'élèves contaminés à la Covid-19 est passé en une semaine de 15 000 à 20 000, quand il augmentait de 1 800 à 2 500 cas chez les personnels. Néanmoins, le ministre souligne que l'incidence reste plus faible chez les élèves, qui sont moins contaminés que les lycéens. 

Pour y faire face, le ministre a annoncé aujourd'hui une nouvelle mesure : les classes seront désormais fermées à partir d'un cas positif, contre trois cas auparavant. Pour l’instant, on dénombre 3200 classes fermées sur plus de 500 000. La fermeture complète des établissements scolaires demeure une solution de dernier recours et n'est pas au programme pour le moment. Les cours en extérieur sont encouragés lorsqu'ils sont possibles. Un dispositif sera déployé dès le mois d'avril pour vacciner les membres de l'Éducation nationale. En revanche, le gouvernement ne prévoit pas de nouveau protocole dans les cantines et n'appliquera pas de demi-jauges dans les collèges et lycées des départements sous mesures freinage. 

Les écoles, collèges et lycées sont-ils des lieux particulièrement propices à la propagation du virus ? 

Faudrait-il fermer les établissements scolaires dans les zones en tension comme le demandent certains élus ?

Les mesures de dépistage mises en place sont-elles efficaces pour y endiguer les contaminations ? 

Avec nous pour en parler :

  • François Bourdillon est l'ancien directeur général de Santé Publique France.
  • Sophie Venetitay est enseignante et secrétaire générale adjointe du SNES-FSU.
  • Rodrigo Arenas est co-président de la FCPE.

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission 

Un déni de réalité concernant la réalité des contaminations ?

Sophie Venetitay : 

En raison du déni de réalité du ministre de l'Education nationale depuis des mois, on se retrouve à gérer les effets d'une épidémie historique. 

"Pendant des mois, le ministre a nié la réalité de la contamination en milieu scolaire. Pendant des mois, on nous a dit qu'il n'y avait pas besoin vraiment d'un protocole sanitaire renforcé puisque jusqu'ici, les protocoles sanitaires étaient ce que Jean-Michel Blanquer appelait lui-même des "protocoles sanitaires si possible", c'est-à-dire des mesures qui n'étaient pas obligatoires. Et pendant tout ce temps là, l'épidémie a circulé".

François Bourdillon : "Il y a une certaine forme de déni parce que les enfants sont moins sensibles au covid, on faisait assez peu de dépistage à l'époque et les enfants ne font pas de cas graves. Donc finalement, c'était pas si important. Or, lorsqu'on regarde les chiffres, en particulier ceux de Santé Publique France, on s'aperçoit qu'on voit qu'il y a un certain nombre d'enfants qui sont contaminés et de manière assez importante : 

la semaine dernière, 38 000 enfants de moins de 18 ans étaient contaminés.

Il y a un vrai déni, qui était peut-être mis en place pour renforcer le discours sur l'ouverture des écoles et pour ne pas les fermer. 

Toujours est-il qu'il y a une contamination au sein des écoles : entre enfants, enfants envers professeurs, enfants envers famille. Et l'inverse est vrai d'ailleurs aussi. 

Et si on veut lutter contre l'épidémie de covid, il faut s'organiser pour essayer de casser les chaînes de transmission". 

Les écoles doivent-elles rester ouvertes ?

Rodrigo Arenas : "Évidemment, nous souhaitons que nos enfants aient une scolarité, mais pas à n'importe quel prix. 

Aujourd'hui, qui est en train de trier le prix du "coûte que coûte" ? Ce sont les enseignants, les enfants, les personnels qui font le ménage, les Atsem… 

La question qui se pose aujourd'hui, ce n'est pas "Est-ce qu'on ferme les écoles ?", c'est "Combien de milliards ont met sur la table pour permettre que les écoles soient ouvertes ou que la scolarité puisse continuer ?" 

Parce qu'il y a des effets d'annonce qui sont faits à grand renfort de conférences de presse mais on ne parle jamais monde n'a pas de moyens financiers. Or Jean-Michel Blanquer a rendu 200 millions d'euros du budget de l'Education nationale à son collègue du Budget, 200 millions d'euros qui auraient été extrêmement utiles, ne serait-ce que pour fournir des masques chirurgicaux gratuits aux enseignants et aux élèves". 

Un action floue face au virus dans les établissements scolaires

  • Des lycées en "demi-jauge"

Sophie Venetitay : "Ce qui se passe dans les lycées est très révélateur de la façon dont est gérée cette politique sanitaire, puisqu'on a entendu cette expression "50% en présentiel" ou "demi-jauge". Alors quand on n'est pas dans l'Éducation nationale, on se dit c'est formidable, ça veut dire qu'on va diminuer le nombre d'élèves dans les classes. En fait, il y a une très grande disparité de situations. 

Concrètement, aujourd'hui, dans des lycées, vous avez effectivement des classes qui sont en demi groupe, mais vous avez aussi d'autres situations où vous avez toujours la classe en entier, qui vient un peu moins mais qui est quand même quand même là tout le temps. Donc, ça veut dire qu'il y a du brassage. 

Et c'est finalement parce qu'il n'y a pas eu de consignes claires au niveau national qui s'appliqueraient dans les 19 départements dits confinés que chacun organise ce fameux 50% comme il le souhaite". 

  • Un manque de tests en collèges et lycées

Sophie Venetitay : "Aujourd'hui, dans les collèges et les lycées, on ne teste pas. Olivier Véran nous dit "La stratégie nationale, c'est tester, alerter, protéger". Si dans les collèges et les lycées, vous ne testez pas, vous ne pouvez pas isoler ensuite comme il faut et casser les chaînes de contamination. Donc, encore une fois, on a les discours et les actes. Et du côté des actes, il n'y a rien de suffisant". 

  • "L'école n'est pas une priorité"

Rodrigo Arenas : "Nous avons vu un plan de relance de la France qui s'est établi à 110 milliards d'euros à l'Assemblée nationale. Rien pour l'école. Ça veut dire qu'aujourd'hui, l'école n'est pas une priorité. 

Pour toutes celles et ceux qui défendent l'école de la République, ça veut dire qu'il faut se mobiliser pour exiger ces moyens-là. Nous invitons toutes celles et ceux qui sont les défenseurs de l'école de la République à taper dans les casseroles tous les mercredis à 18 heures pour demander que l'Etat prenne la mesure financière des besoins qu'il y a dans l'école, pour que les enseignants fassent leur métier"

Les tests en milieu scolaire

Sophie Venetitay : "Les tests salivaires se déroulent essentiellement dans les écoles primaires et maternelles. Ça a été extrêmement compliqué à se déployer, et tard[if]. Dans le second degré, il n'y a pas de tests salivaires : on en reste à ces fameux tests rhinopharyngés qui sont très mal acceptés. 

On se retrouve, six mois après le début de l'année scolaire, sans véritable stratégie de test dans l'école. 

Est-ce qu'on s'est donné les moyens de dépister et de gérer l'épidémie dans les collèges et les lycées ? La réponse est non : sur les tests comme sur bien d'autres choses, le compte n'y est pas".

Rodrigo Arenas : "Il y a environ 300 000 parents à la FCPE ; parmi eux, il y en a qui pourraient prêter main forte [pour faire les tests salivaires aux enfants] ; encore faut-il que les moyens soient sur la table et qu'une direction soit lisible et crédible pour faire en sorte que l'effort national se mobilise. Or, aujourd'hui, qu'est ce qu'on est en train de faire ? 

On est en train d'organiser la débrouille. On est en train d'organiser une sorte de république féodale où chacun, avec sa volonté et ses moyens du bord, essaye d'apporter une réponse qui doit être d'ordre national.

Les cantines doivent-elles rester ouvertes ?

François Bourdillon : "Les restaurants, les cafétérias d'entreprise et les cantines à l'école sont des lieux de transmission, c'est très connu, donc la distanciation sociale est fondamentale (puisque par définition, on enlève le masque lorsqu'on mange) et il faut savoir la respecter. Il faut être assez drastique dans ce domaine-là. 

Beaucoup de mesures positives ont été faites pour essayer d'étaler les heures de repas. Mais lorsque l'on n'a pas suffisamment d'espace, je pense qu'il faut prendre certaines solutions qui ont été réalisées dans certains pays, notamment celle de mettre des barnums dans les cours de récréation de manière à imposer la distanciation entre les élèves pour essayer de réduire le niveau de contamination. Et ceci est urgent, notamment dans les régions les plus touchées où la transmission à l'école est maintenant bien réelle". 

Sophie Venetitay :

la cantine est un est un gros point noir. 

[…] Tout à l'heure, lors de sa conférence de presse, Jean-Michel Blanquer n'a pas abordé la question des cantines. C'est révélateur de la façon dont est gérée l'école. Ça fait six mois qu'on dit que c'est un problème. Six mois qu'on fait, qu'on propose des choses. Six mois que Jean-Michel Blanquer n'évoque jamais ces sujets-là. "

Des enseignants en colère et inquiets

Sophie Venetitay : "Il y a de l'exaspération. Il y a de la colère et de la peur aussi, parce que ça fait six mois qu'on dit "attention, la situation est particulière, ça ne va pas être une année normale". Et face à toutes nos inquiétudes, à toutes nos remarques, la seule réponse qu'on a eu de la part du ministre, c'est "Vous voulez fermer les écoles" alors qu'en fait, non, on ne veut pas fermer les établissements scolaires : on veut se donner les moyens de ne pas les fermer. 

Et puis, quand on dit aussi "Attention, il y a des mesures à prendre", la deuxième réponse du ministre de l'Education nationale, c'est de nous dire "Mais regardez, on est les meilleurs en Europe". Ce ne sont pas les réponses qu'on attend sur le terrain. Sur le terrain, on voit les cas positifs se développer, on voit ce qu'il ne se passe pas à la cantine, donc la principale réponse qu'on attend, c'est : "Comment est-ce qu'on fait pour tester ? Comment est-ce qu'on fait pour isoler ? Comment est-ce qu'on fait pour avoir des capteurs de CO2 ? Bref : 

Comment est-ce qu'on fait pour avoir une vraie politique sanitaire dans l'école, qu'on n'a pas eue jusqu'ici parce que le ministre a refusé de voir la réalité en face ? 

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