Le Président de la République a annoncé dans son allocution de mardi une campagne de vaccination contre le Covid qui devrait débuter fin décembre - début janvier. Au-delà des détails logistiques qui sont pour l'instant inconnus, nos invités répondent à vos questions sur les vaccins, leur élaboration et leur sécurité.

Une campagne de vaccination contre le Covid devrait débuter fin décembre - début janvier.
Une campagne de vaccination contre le Covid devrait débuter fin décembre - début janvier. © Getty / Geber86

Le calendrier est annoncé : Emmanuel Macron annonce une campagne rapide et massive pour fin décembre, début janvier. Est-ce réaliste ? Olivier Véran et Jean Castex ont dit que ce calendrier serait « le meilleur des cas », et nous attendons des annonces concernant la logistique pour la semaine prochaine.

Quand aurons nous un vaccin ? Actuellement, sur la cinquantaine de vaccins à l'essai, seulement 11 sont dans leur troisième phase - la dernière avant l'homologation par les autorités sanitaires. Pfizer et Moderna sont actuellement en tête dans la course aux vaccins.

De quoi dépend la mise des vaccins sur le marché ? La France peut-elle décider seule ou faut-il une concertation européenne ? Pourquoi personne ne vaccine en Europe pour l'instant ?

En France, qui pilotera les opérations ? Il devrait être question de mettre en place un comité de pilotage et un comité scientifique qui seront chargés du suivi de la vaccination. Il existe actuellement un comité vaccin-Covid-19, dont fait partie notre invitée Odile Launay

Qui sera vacciné en priorité ? Emmanuel Macron a parlé de vacciner en priorité les personnes les plus fragiles. Qui sont-ils ? Les mêmes que pour la grippe ? Quid des soignants ?

Certaines personnes seront-elles exclues en raison de risques potentiels ? 

Avec nous pour en parler et pour répondre à vos questions : 

  • Odile Launay, infectiologue, directrice du centre de vaccinologie Cochin-Pasteur, membre du comité vaccin Covid-19.
  • Jocelyn Raude, chercheur en psychologie sociale, psychologie de la santé des maladies infectieuses, enseignant à l’école des hautes études en santé publique.

Extraits de l'émission ci-dessous

Quelle transparence sur ce nouveau vaccin ?

Ce vaccin est un nouveau vaccin contre une nouvelle maladie. Il a été développé en un record de temps en moins d'un an, donc, comment va-t-on pouvoir proposer ce vaccin et pouvoir communiquer sur ses bénéfices d'une part, pour lesquels on commence à avoir des premières données, et sur les risques potentiels d'autre part ? 

Odile Launay : 

Les autorités de santé vont autoriser le vaccin si on considère que la protection est importante et que les risques sont minimes. 

Mais il va falloir continuer à assurer la surveillance et avoir des données sur un plus long terme sur les risques potentiels. Tout va être fait pour que ça soit le plus transparent possible et qu'il ait une communication la plus claire possible [...] Des documents vont être préparés pour que tout le monde puisse y avoir accès. Et puis, il y a aussi les médecins traitants qui sont à votre disposition aussi pour avoir des informations, également les pharmaciens et d'autres professionnels de santé. L'objectif, c'est d'élargir les personnes qui vont pouvoir informer et potentiellement vacciner. 

Jocelyn Raude renchérit : 

On sait aujourd'hui que la communication va être un enjeu essentiel dans la gestion de cette campagne de vaccination. 

"On a quand même en mémoire le relatif échec de la grande campagne de vaccination contre la grippe H1N1 de 2009, pour lequel on avait réussi à vacciner 10% de la population, c'était très en-deçà de ce qu'on avait attendu à l'époque, notamment par rapport au nombre de doses qu'on avait commandé à l'époque. 

Ce qui complique un peu encore la donne dans la situation actuelle, c'est qu'on n'a probablement pas un seul vaccin mais plusieurs, avec une efficacité différente et éventuellement des risques différents d'un vaccin à l'autre.

Le gouvernement devrait-il donner l'exemple ?

C'est une suggestion d'un auditeur, Roland : "Pendant le blitz de Londres, la monarchie britannique était restée à Londres pour donner l'exemple, alors pour essayer d'entraîner une bonne partie de la population, je suggère que la campagne de vaccination commence avec la vaccination du président de la République et puis de tous les ministres sans exception."

Jocelyn Raude nuance : "La force de l'exemple est une pratique extrêmement ancienne, pratiquement aussi ancienne que la vaccination elle-même, puisque Napoléon Bonaparte lui-même avait fait vacciner L'Aiglon, son fils, pour rassurer les Français quant à l'importance de se faire vacciner contre la variole au début du XIXe siècle. Effectivement, c'est une variable importante, mais elle ne garantit pas pour autant que la campagne de vaccination sera réussie."

En fait, il y a toujours un risque à politiser une question de santé publique parce que l'on peut transformer l'adoption d'un comportement de prévention, comme la vaccination, comme un référendum pro ou anti-système.

C'est un peu ce qui s'était passé déjà en 2009 : certaines études avaient montré que les gens plus proches idéologiquement du pouvoir avaient tendance à se faire vacciner bien davantage que ceux qui se sentaient plus proches des partis d'opposition. Il y avait une segmentation de la société qui était faite en fonction de son orientation politique. […] 

Lorsqu'on est proche en terme de sympathie des partis de gouvernement, en gros des socialistes jusqu'aux républicains, on est bien davantage prêts à se faire vacciner que lorsqu'on est plus proche des partis d'opposition, que ce soit l'extrême-droite ou l'extrême-gauche. Et c'est encore pire quand on est dépolitisé : ce sont ceux qui sont les plus réticents à l'heure actuelle à la vaccination contre la covid. 

Les vaccins arrivent très vite, avec une méthodologie nouvelle : quel retour a-t-on sur les effets secondaires ?

Odile Launay : "C'est la principale question, le motif d'hésitation : le fait qu'on a peur des effets indésirables. Alors, que peut dire de ces vaccins ? Certes, c'est des nouvelles technologies, mais c'est des technologies qui ont été mises au point depuis de nombreuses années maintenant pour pouvoir répondre de façon adaptée et rapide à des maladies infectieuses émergentes. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, à peine un an après l'identification du virus, on a déjà des résultats d'efficacité avec ces vaccins. 

On a beaucoup parlé d'ARN messager : c'est une approche qui est tout à fait innovante en vaccinologie. Les laboratoires qui travaillent sur ces technologies, ça fait une dizaine d'années qu'ils travaillent sur ce type de vaccin pour d'autres maladies (le cytomégalovirus, la grippe, la rage...) donc, on ne peut pas dire qu'on a aucun recul. Il y a déjà un certain nombre de personnes dans les essais qui ont été vaccinés avec cette technologie de vaccin. Et il se trouve que c'est extrêmement facile à produire, ce qui explique qu'ils ont pu démarrer très rapidement les essais et avoir dès aujourd'hui des données d'efficacité".

On n'a pas encore les publications scientifiques qu'on pourrait avoir, en temps normal, si on n'était pas aussi pressés face à une pandémie comme celle-là. Est-ce qu'on ne peut pas s'interroger sur des effets indésirables importants et graves ? 

Odile Launay : "Ce qu'on n'a pas, c'est les résultats de la phase 3, celle qui inclue un nombre très important de sujets (à peu près 20 000 auront reçu ce vaccin ARN). [Mais] on a les données sur les premiers essais. Maintenant, les dossiers vont être remis aux autorités réglementaires et ils vont disposer de l'ensemble des données disponibles sur ces vaccins au moment où le dossier va être déposé. [...]

Ce qu'on peut dire de façon plus théorique, c'est qu'aujourd'hui, on n'a pas, a priori comme ça, d'interrogations. 

Les essais ont été conduits sans qu'il y ait eu d'arrêt parce qu'il y avait un effet particulier, mais ça nécessite bien sûr d'avoir un suivi régulier à la fois des participants de ces essais et des gens qui vont être vaccinés.

Quid d'un vaccin de l'Institut Pasteur ?

Des études montrent que les Français se feraient plus volontiers vacciner par un vaccin développé en Europe, que s'il vient des Etats-Unis ou a fortiori, si c'est un vaccin chinois. Ce vaccin de l'Institut Pasteur sera fait avec une technique peut-être plus traditionnelle ?

Odile Launay : "Non, c'est aussi une technologie plus récente qu'on appelle des vaccins vectorisés. Cela veut dire qu'on utilise un virus ou un vaccin (en l'occurrence, pour le vaccin candidat de l'Institut Pasteur, on utilise le virus du vaccin de la rougeole) pour insérer dans ses gènes le gène qui va coder la protéine de surface du virus. Donc, c'est une technologie un peu plus ancienne, mais pour lesquelles on n'a aujourd'hui qu'un vaccin commercialisé : le vaccin contre Ebola. C'est aussi une technologie qui a été développée pour pouvoir répondre de façon rapide à des maladies émergentes

Qui va être vacciné en priorité ?

Odile Launay : "Les vaccins vont arriver avec des doses dans un premier temps qui vont être limitées. On va avoir ce vaccin ARN messager, mais avec un nombre de doses limité, qui est lié à la capacité du fabricant de produire tout de suite un nombre important de doses. Pour savoir quelles sont les personnes qui vont être vaccinées en priorité, nous avons en France une instance qui s'appelle la Commission technique des vaccinations, qui est un groupe de travail de la Haute Autorité de santé et qui va, dès le début de la semaine prochaine, publier ces recommandations en termes de priorisation". 

Le président Macron a annoncé qu'on allait vacciner en priorité les très fragiles et probablement les gens les plus âgés, mais on va aussi assez rapidement ensuite proposer la vaccination aux gens qui ont plus de 65 ans et des pathologies qui les mettent aussi à risque.

Aujourd'hui, on n'a pas encore la façon dont les Français vont être sollicitées mais ça va se faire là dans les jours qui viennent"

L'obligation vaccinale n'est pas du tout envisagée, d'ailleurs, le président Macron l'a bien dit lors de son allocution cette semaine, mais on espère pouvoir inciter les soignants, et en particulier les personnels des Ehpad et des établissements médico sociaux, à pouvoir se faire vacciner, compte tenu du nombre de cas, actuellement encore, dans ces établissements. 

Un manque de dose pour la grippe saisonnière... Doit-on s'attendre à la même chose pour la covid ?

Odile Launay : "Potentiellement les deux virus, la covid et la grippe, peuvent circuler en même temps et si on a à faire face à cette double épidémie, ça va poser des problèmes considérables à la fois pour diagnostiquer, mais aussi pour hospitaliser les gens qui le nécessitaient. Donc il y a eu une communication accrue sur cette vaccination antigrippale. Et les Français, qui d'habitude sont assez réticents vis-à-vis de cette vaccination, se sont tous précipités pour aller se faire vacciner. Et même s'il avait été anticipé qu'il fallait augmenter le nombre de doses de vaccin, cette augmentation n'a pas été suffisante pour permettre finalement de couvrir toutes les demandes"

Jocelyn Raude : "C'est d'autant plus étonnant que ça fait de nombreuses années qu'on a du mal à mobiliser les Français, notamment ce qu'on appelle les groupes à risque (donc en général, les sujets les plus les plus âgés) à se faire vacciner contre la grippe saisonnière. Et il semblerait que la crise que l'on vit actuellement les ait extrêmement motivé à faire vacciner cette année, à tel point que pour la première fois, on a vu des ruptures très rapidement dans les stocks disponibles et la vaccination a pu se faire dans des conditions très rapides, avec des taux de couverture vaccinale très élevés. Ce qui est un peu paradoxal, c'est que cette année, finalement, on aura peut être moins de besoins en termes de couverture vaccinale contre la grippe, tout simplement par le fait qu'il y ait une hygiène collective qui a été grandement améliorée par la situation, notamment le lavage des mains et le port des masques, ce qui fera que cette année peut-être, la morbidité grippale sera beaucoup moins élevée que ce qu'elle a été observé dans les années précédentes. "

Qui contrôle les vaccins ?

Les personnes qui vont contrôler ne seront pas "juge et partie", ce ne sont pas les gens des laboratoires mais des autorités indépendantes qui vont vérifier ce qu'il se passe : "c'est complètement indépendant" confirme Odile Launay, "La surveillance des médicaments est sous la responsabilité de l'Agence nationale de sécurité des médicaments, l'ANSM, qui a ce rôle de surveillance des effets indésirables avec des relevés et des rapports réguliers. Dans le cadre de la mise en place de ce nouveau vaccin, il va y avoir un suivi qui va être intensifié afin d'avoir tous les éléments qui permettent, au fur et à mesure d'identifier, si c'est le cas, un problème". 

On doit avoir une communication complètement transparente, à la fois sur les méthodes, mais également sur les résultats qui vont être enregistrés

Les vaccins qui vont être disponibles en France sont des vaccins qui ont été achetés par la Communauté européenne : il y a eu en fait un achat groupé, avec ensuite une répartition des doses au prorata de la population (la France aura 15 % des doses achetées). L'autorisation va être donnée au niveau de l'Agence européenne pour ces vaccins.

Pour l'instant, il y a six vaccins qui ont été pré-achetés par l'Europe et parmi eux, aucun vaccin chinois ni aucun vaccin russe. 

Les invités
  • Odile LaunayInfectiologue, directrice du centre de vaccinologie Cochin-Pasteur, membre du comité vaccin Covid-19
  • Jocelyn RaudeChercheur en psychologie sociale, psychologie de la santé des maladies infectieuses
L'équipe
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