Séparations, éloignement, distance, la pandémie aura éloigné bien des couples. Mais si l'éloignement peut être un fardeau, il est également devenu un échappatoire nécessaire pour bien des personnes après un an de restrictions et d'interdits. Penchons nous aujourd'hui sur ces éloignements choisis.

Si t’es pas vacciné, je te quitte !
Si t’es pas vacciné, je te quitte ! © Getty / urbazon

Au Royaume Uni, le cabinet d'avocats britannique Stewarts a constaté une hausse de 122% des demandes de divorces entre juillet et octobre 2020 par rapport à l'année 2019.   Des facteurs évidemment qui divergent, mais dont le Covid aura certainement accru l'importance, quand il n'est pas lui même le responsable principal.  

Ainsi, comment jauger l'impact de la pandémie sur nos rapports aux autres ? 

Comment le Covid, la vaccination ont-ils influencé nos attentes envers autrui ? 

On ne dialogue pas sur le vaccin. On se fâche. Les vaccinés trouvent que les non vaccinés sont inconscients, égoïstes ou les deux. Les non vaccinés se braquent sous la pression qui est exercée contre le risque de vous brouiller avec toute une partie de votre famille ou vos amis. 

Le risque est de fracturer un pays tout entier. Si des mesures de restriction étaient obligatoires après les vacances ou même avant le risque, ce sont des tensions sociales. Le risque, c'est de France. Deux vies différentes. Ce sont deux France qu'on va essayer d'entendre. 

Refuser de se faire vacciner, un acte politique ? Le témoignage d'Anne-Marie

"On veut nous imposer la vaccination alors que nos dirigeants ne sont pas capables de respecter les engagements qu'ils ont pris en matière environnementale (or on sait que ce virus est une des conséquences de la déforestation) (...) 

Je me suis faite vacciner parce que je pars avec des amis qui eux le sont, et ça les mettait mal à l'aise que je ne le sois pas. Et pourtant dès le départ, je ne voulais pas me faire vacciner par acte politique. J'ai donc choisi de garder mes amis." 

Un premier témoignage qui nous dit que refuser de se faire vacciner peut être un acte politique. 

Nathalie Bajos : "Ce que vient de dire l'auditrice est intéressant à plus d'un titre.D'abord, ça montre bien l'écart entre les représentations qu'on peut avoir et la pratique effective, puisqu'on voit bien que finalement, cette dame s'est faite vacciner. 

D'abord, il faut vraiment distinguer le refus clair et net qui serait de l'hésitation vaccinale qui renvoit à des interrogations toutes très légitimes, compte tenu de la spécificité de cette crise, du virus, du temps  extrêmement court dans lequel on a mis au point le vaccin. 

Il n'y a pas un facteur qui explique le refus vaccinal. Ce n'est pas uniquement une dimension politique, ce n'est pas uniquement une dimension liée à votre distance sociale vis à vis du corps ou du pouvoir médical. 

Laurence Devillairs : "Effectivement, il y a beaucoup de facteurs. Il y a eu une cristallisation de plein de choses. C'est comme si notre société, avec cette pandémie, avait vécu en accéléré des révolutions de la résistance. On est passé, je pense, d'une démocratie du consentement à une démocratie de la défiance. Et d'une certaine façon, la revendication de liberté. 

C'est comme si ne pas se faire vacciner était de la dissidence, de la désobéissance. 

Vers une France divisée ? Le témoignage de Gabrielle

"J'ai assisté à des échanges entre vaccinés et non-vaccinés.  Et il y avait beaucoup d'agressivité de la part des vaccinés vis-à-vis des non vaccinés. Comme quoi les non-vaccinés étaient stupides, il y aurait une quatrième vague de confinement, etc. Et il y avait beaucoup de culpabilisation dans tout cela. Et voilà, je trouve ça dangereux. En fait, la France est en train de nous diviser en deux et je pense que tout le monde y participe un peu, y compris les médias."

L'avis de Laurence Devillairs : "la démocratie, c'est pas la tolérance infinie ou tous du même avis. Ça peut aller jusqu'à l'agressivité. Encore une fois, je ne dis pas que moralement ce n'est pas condamnable, mais on expérimente quelque chose qui n'est pas le monde d'après. Vous savez, ce monde dont on a rêvé quand on était confiné entre nos quatre murs. C'est plus facile de rêver quand on est confiné entre quatre murs."

Je me demande si s'empoigner vraiment ne permet pas d'aller au bout des choses, peut être de faire tomber des discours parce qu'ils sont faibles. 

La suite est à écouter...

Avec nous pour en parler 

Laurence Devillairs, Philosophe, auteure de Etre quelqu’un de bien (PUF)

Nathalie Bajos, Sociologue INSERM/ EHESS, sur le volet intentions vaccinales de l’enquête EpiCov

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