Des services d'urgences fermés la nuit en France, une pénurie aggravée de médecins et praticiens, la 4e vague secoue à nouveau le personnel soignant. Avec l'impératif de la vaccination obligatoire, les soignants sont d'autant plus scrutés et sous pression, au détriment parfois de leur bien être ?

Après 18 mois d'une crise sanitaire mondiale sans précédents et l'enchaînement de 4 vagues successives en France, les hôpitaux sont toujours sous pression
Après 18 mois d'une crise sanitaire mondiale sans précédents et l'enchaînement de 4 vagues successives en France, les hôpitaux sont toujours sous pression © AFP / FREDERICK FLORIN

Après 18 mois d'une crise sanitaire mondiale et l'enchaînement de 4 vagues successives en France, les hôpitaux tiennent encore fébrilement. Entre des pénuries annoncées à différents postes, sages-femmes ou encore de médecins urgentistes, le personnel soignant doit procéder à des restrictions. Un mal être profond décrit par un grand nombre de professionnels, laissant présager une réelle difficulté à surmonter les dégâts entraînés par le Covid. 

Dès lors, quelles sont les conséquences du Ségur de la santé mené par le gouvernement ? 

Comment préserver au maximum l'ensemble des services hospitaliers ? 

Avec nous pour en parler :

  • Fabrice Leburgue, directeur des centres hospitaliers de Saintonge et de Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime) et représentant national du Syncass-CFDT.
  • Emmanuelle Seris, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France et chef de service des urgences Smur de Sarreguemines et Bitche dans le Grand-Est.
  • Denis Betand, secrétaire général de la CGT Santé.

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission

Vers plus de télémédecine pour désengorger les hôpitaux ?

Emmanuelle Seris :

À titre personnel en tant que médecin proche des patients sur le terrain, la télémédecine me révolte

La généralisation que l'on fait de la télémédecine qui, pour moi et pour une bonne partie des professionnel de santé qui ont à cœur de pratiquer leur art de manière correcte et adaptée, n'est absolument pas une solution. Mais c'est quelque chose de dégradé en cas d'incapacité effectivement à avoir recours à un médecin, soit du fait des effectifs, soit en cas de désorganisation du système de santé".

Un patient, ça se sent, ça se touche, ça se regarde marcher… On n'a absolument pas la même capacité diagnostique en télémédecine, ça reste complètement une solution dégradée. Ça n'est pas du tout du vrai soin, ce n'est pas un diagnostic étayé comme ça devrait l'être.

Fabrice Leburgue ajoute : "La téléconsultation, le télé suivi, les systèmes numériques sont faits pour faire face à une difficulté dans l'offre de soins - en réalité, ça ne fonctionne que si c'est complémentaire d'une offre de soins existante et ça ne va pas remplacer quelque chose. 

Le problème, c'est que c'est souvent les mêmes territoires qui ont à la fois des problèmes de numérique (zones blanches…), de médecins généralistes qui ne sont plus présents dans ces territoires (en particulier les territoires ruraux) et puis les petits hôpitaux en difficulté aussi qui se démédicalisent, avec des personnels de moins en moins stables et qui, d'ailleurs, ne sont pas toujours en capacité d'utiliser au mieux les techniques numériques qui permettent une bonne prise en charge". 

On voit bien qu'en fait, ce sont les mêmes territoires qui ont tous les "désavantages" : ils ont un problème d'accès au numérique et aussi un problème de démographie médicale, aussi bien en ville qu'à l'hôpital.

Denis Betand renchérit : "Il faut rappeler qu'une grève des urgences avait commencé en 2019. Les personnels disent qu'on n'a pas les moyens en effectifs ni matériels pour pouvoir répondre aux besoins de la population. Donc ça n'est pas d'aujourd'hui, simplement la crise du covid a mis en exergue l'absence d'effectifs, l'absence de moyens et les dysfonctionnements dans les hôpitaux".

Emmanuelle Seris : 

Sur l'ensemble du territoire français, c'est un été qui est cataclysmique. On est dans une crise sanitaire majeure qui n'est pas liée à la pandémie, qui est liée effectivement à une crise de l'hôpital qui date de bien avant. 

Nous sommes en grève depuis plus de deux ans pour dénoncer le manque de moyens, dénoncer le déshabillage total du territoire avec l'inégalité d'accès aux soins qui est criante depuis des années, qui a été encore exacerbé par la loi HPST. […] En fait, c'est une logique néo libérale, commencée déjà depuis une quinzaine d'années, qui a vraiment été une logique active politique de sape de l'hôpital public et qui aboutit maintenant à une crise sanitaire majeure, avec une dynamique motivationnelle qui est complètement brisée chez les soignants. Et effectivement, on en voit les conséquences cet été".

La suite à écouter.

Les invités
  • Fabrice LeburgueDirecteur des centres hospitaliers de Saintonge et de Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime) et représentant national du Syncass-CFDT
  • Emmanuelle SerisCheffe du service des urgences des hôpitaux de Sarreguemines-Bitche (Moselle), déléguée syndicale Grand-Est et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France
L'équipe