La récolte de miel français a été divisée par deux en 2021 à cause des mauvaises conditions météorologiques liées au dérèglement climatique. La production de miel français est en grande difficulté. Pourra-t-on continuer à manger du miel français ?

Pourra-t-on continuer à manger du miel français ?
Pourra-t-on continuer à manger du miel français ? © Getty / Tomekbudujedomek

Les mauvaises conditions climatiques, directement liées au dérèglement climatique, ont eu un effet désastreux cette année sur la récolte de miel français. Selon l’Union nationale de l’apiculture française, "c’est la pire année de l’apiculture française", alors que l’année 2020 avait été exceptionnelle pour le miel français, avec une production de 7000 à 9000 tonnes en 2020, contre 18 000 à 20 000 tonnes en 2021. 

Les longues périodes de gel, de froid et de pluies du printemps et d’une partie de l’été sont en cause. Résultat, les abeilles n’ont pas pu bénéficier des floraisons. Les récoltes de miel de colza, de romarin, de thym, de bruyère blanche, de garrigues, de châtaigniers ont été maigres, ainsi que la production de miel de montagne, et celles d’acacia ont été nulles. 

Seul le miel de lavande tire son épingle du jeu. L’Unaf appel l’Etat à décréter le régime de calamités agricoles afin de venir en aide aux apiculteurs. Pourra-t-on continuer à manger du miel français ? La production va-t-elle être remplacée par du miel étranger ? 

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'entretien

Que va-t-il se passer cette année concrètement dans les magasins concernant le miel français ? 

Alex Decourtye : L'année 2020 était une très bonne année avec 31 000 tonnes produites donc on a un peu de stocks. En revanche, c'est vrai que les associations de développement régional qui nous font remonter les inquiétudes des apiculteurs, on confirme que c'est probablement la pire année de leur vie d'apiculteur.

D'où vient le miel de l'étranger ? 

La plupart des pays qui en importent sont l'Ukraine, l'Espagne, l'Allemagne, la Chine, mais le miel chinois ne représente que 6% des importations en France en 2019. Les grandes plateformes en Europe restent l'Ukraine et l'Espagne

Y a-t-il de plus en plus d'apiculteurs ? 

Franck Aletru : Tout à fait. C'est un geste d'abord environnemental de la part des néo apiculteurs, mais il y a aussi des personnes qui changent de vie et qui décident de s'installer, et qui, compte tenu du risque du dérèglement climatique, sont extrêmement prudentes avec leurs installations. 

Aujourd'hui, on ne va pas s'installer avec 500 ruches. Les installations sont atomisées en quelque sorte.  Il y a un poudrage des ruches sur le territoire, ce qui est très bien pour la pollinisation puisqu'on a un maillage sur l'ensemble du territoire. 

Il y a deux cas de figure : les petits apiculteurs qui eux voient leur nombre augmenter, il y a une passion, un sentiment de devoir vis-à-vis de l'environnement et d'un autre côté des gens qui décident de changer de vie. 

Que se passe-t-il lorsque la floraison n'est pas bonne ? Est-ce que les abeilles meurent ?

Si elles ne trouvent plus rien dans la ruche et dans les fleurs, effectivement elles vont mourir de faim.  

F.A : Et c'est là qu'intervient l'apiculteur, son rôle est d'éviter une famine. Il faut absolument leur apporter un sirop sucré qui leur permettra de tenir jusqu'à la floraison prochaine. 

Y'a-t-il une disparition des abeilles ? 

A.D : Il faut distinguer l'abeille domestique élevée par les apiculteurs des abeilles sauvages. L'abeille domestique a des problèmes de surmortalité. Il y a une enquête qui est faite depuis des années chez les apiculteurs français, on sait que chaque hiver un apiculteur français va perdre de 15 à 30% de ses colonies en moyenne.

Les abeilles sauvages elles, comme beaucoup d'espèces connaissent une érosion de la biodiversité. Le nombre d'espèces s'est réduit par exemple au Royaume-Uni. Entre 1980 et 2013, on a enregistré moins 40% d'espèces d'abeilles sur ce territoire. 

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Quelle est la part de pertes attribuée aux pesticides ? Et au réchauffement climatique ?

F.A : L'impact des pesticides en 2021 en perte de production et en période de production n'a pas été le facteur majeur. Nous nous sommes retrouvés dans une situation avec des floraisons - il y avait des fleurs, mais le climat n'était pas propice. Il y avait donc des fleurs mais pas du tout de nectar. 

Si les abeilles qui sont nos mères venaient à disparaître, c'est l'humanité qui va disparaître 

Les invités
  • Frank AletruPrésident du Syndicat National d'apiculture
  • Axel DecourtyeEcotoxicologue, responsable de l’Unité protection des abeilles à Avignon, directeur scientifique et technique de l’institut de l’abeille, membre de l’ACTA
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